<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-3910526089042195027</id><updated>2011-12-11T07:46:51.196-08:00</updated><category term='Riddell'/><category term='Heidegger'/><category term='elections'/><category term='small business'/><category term='strategy'/><category term='Ten Core Worksheets'/><category term='Democracy'/><category term='Asia'/><category term='counterterrorism'/><category term='UN Security Council'/><category term='comparative politics upper year'/><category term='NATO'/><category term='activism'/><category term='analysis'/><category term='counterinsurgency'/><category term='planning'/><category term='Theatre'/><category term='refugees'/><category term='undergraduate programs'/><category term='Arab-Israeli Conflict'/><category term='internet'/><category term='Student participation'/><category term='Canada'/><category term='personal finance'/><category term='National Socialism'/><category term='Youth'/><category term='international relations. comparative politics'/><category term='Play'/><category term='Nazism'/><category term='future'/><category term='Worksheets'/><category term='underdog'/><category term='business'/><category term='strategic sailor'/><category term='Coolsaet'/><category term='teaching comparative politics upper year'/><category term='Yound Audiences'/><category term='mistakes'/><category term='politics'/><category term='bilinguilism'/><category term='strategy organizational politics'/><category term='official languages act'/><category term='Mim'/><category term='foreign policy'/><category term='Participation'/><category term='roman'/><category term='strategic thinking'/><category term='role play simulation'/><category term='Bullying'/><category term='political science'/><category term='underdog strategy'/><category term='Active pedagogy'/><category term='Terrorist/Insurgent Thinking and Joint Special Operational Planning Doctrine and Procedures'/><category term='curriculum review'/><title type='text'>Research and Creative Writing</title><subtitle type='html'>Research on political strategy and tactics and their many applications.  Occasional article on other topics.</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Laure Paquette, PhD</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04656679095781855378</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='26' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_fWf7ntlM_zE/SbPj9SZvRUI/AAAAAAAAAAQ/spvdQpJNpxA/S220/Paquette,+Laure.jpg'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>30</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3910526089042195027.post-1461981766172649193</id><published>2011-12-11T07:45:00.000-08:00</published><updated>2011-12-11T07:46:51.248-08:00</updated><title type='text'>MIM</title><content type='html'>Pour certains, ce sont les odeurs qui les poursuivent.  Une infirmière m’a dit que c’était l’odeur d’un abcès crevé qu’elle n’oublierait pas.  Un policier, l’odeur des corps calcinés dans un incendie.  Moi, ce sont les bruits.  Les bruits me poursuivent. La monnaie dans la poche de mon premier patron. L’accent particulier de Mladen quand il m’appelait par mon nom d’amour. Fréchette qui se raclait la gorge quand il ne voulait pas se prononcer. Et puis, surtout, le vrombissement des hélices d’hélicoptère, quand le service des greffes a emporté les organes de Luc.&lt;br /&gt;Mon histoire à moi, elle a fini quand Luc s’est effondré seul, dans son appartement de luxe.  Hémorragie cérébrale, aucune chance de survie dans son cas.  J’ai convaincu sa femme de faire le don.  Pourquoi me suis-je donné la peine?  Je n’étais que sa blonde, cela ne me regardait plus.  Mais je l’ai fait j’ai parlé aux enfants, j’ai donné un sens…Après cela, tout s’est fait très vite à l’hôpital. Je me suis ramassée à fumer devant l’entrée principale et j’ai vu l’hélicoptère arrivé, et les médecins et les infirmières prendre leur course.&lt;br /&gt;Bon, j’ai commencé par la fin.  Je devrais peut-être commencer par le commencement.  Mon premier souvenir, au moins, il est clair.  Ma mère me faisait manger, j’avais une petite bavette en ratine, avec un petit lapin ou un petit canard, j’en vois encore dans les magasins.  Elle se servait d’une cuillère à bébé.  Elle me donnait pour la troisième ou la quatrième fois une cuillérée de navet pilé avec des carottes et des patates.  J’haïssais çà, mais elle m’en faisait souvent parce qu’elle, elle aimait çà.  J’ai tourné ma tête de côté, mais elle m’a mis le navet dans la bouche.  J’ai craché sur la bavette, mais elle a ramassé la purée pour me la remettre dans la bouche. Finalement, je lui ai craché au visage.&lt;br /&gt;Le deuxième souvenir, c’est quand j’avais quatre ou cinq ans.  Je me suis sauvée de chez nous, de la petite maison blanche de rien du tout.  Il y avait bien cinq ou six blocs avant d’arriver au boulevard Sauvé, la rue la plus passante du voisinage.  La police m’a retrouvée de l’autre côté.  Je devais être bien vite pour une petite fille.  Peut-être aussi qu’il n’y avait pas grand circulation non plus au moment où j’ai traversé.&lt;br /&gt;En première année, je suis revenue de l’école à Noël avec une petite bûche, faite en rouleaux de papier de toilette recouverts de colle-maison, peints en rouge et saupoudrés de paillettes argentées. Maman ne l’a même pas regardé.  Elle jasait avec une de ses sœurs en visite.  Je l’ai jeté à la poubelle.  Elle n’a pas remarqué. Ce soir-là, je n’ai pas mangé.  &lt;br /&gt;« Tu ne manges pas, Mireille, tu n’as pas faim? » &lt;br /&gt;« Non. » &lt;br /&gt;« T’aimes çà, le spaghetti. » &lt;br /&gt;Je ne dis rien. Elle ne comprend pas plus. Je sors de table. Le lendemain matin, je mange huit ou dix toasts. &lt;br /&gt;Quand j’ai eu huit ou neuf ans, nous revenions en voiture d’une visite chez le médecin. Il pleuvait à boire debout, cet après-midi-là.  C’était l’été, et il faisait chaud.  On est arrêté pour prendre de la crème glacée.  Elle m’a dit : &lt;br /&gt;« Voici cinquante sous.  Va nous chercher deux cornets à la vanille. »  &lt;br /&gt;« Il y a des éclairs, maman.  J’ai peur de l’orage. »  &lt;br /&gt;« Ce n’est pas grave. Vas-y. Vas-y. »  &lt;br /&gt;J’ai été trempé avant d’entrer dans le magasin.  Maman m’ouvrait la portière en revenant.  &lt;br /&gt;« Non, je ne veux pas de la crème glacée dure, comme çà. Je veux de la molle, d’à côté. »  &lt;br /&gt;J’ai dégoutté sur le siège de voiture, regardant le comptoir d’à côté, que ma mère n’avait pas remarqué à cause de la pluie.  Je suis retournée en chercher. &lt;br /&gt;Ce soir-là, j’ai été malade.  Elle a dit à papa que c’était parce que j’avais mangé deux crèmes glacées, une dure, une molle.  Elle m’a fait manger des biscuits soda pendant trois jours.  Je me suis réveillée en sueur, cette nuit-là, après un cauchemar plein d’orages. Je n’ai appelé personne.&lt;br /&gt;Une autre fois, beaucoup plus tard, Maman avait un paquet de gomme à la cannelle dans sa sacoche. Cannelle, ma saveur favorite. Elle en donnait un morceau à la fois, et elle en prenait elle aussi. En voiture, on est arrivé au dernier morceau. Elle m’a dit : &lt;br /&gt;« Il n’en reste qu’un morceau. » &lt;br /&gt;Elle savait bien ce que j’allais dire. J’étais déjà dressée.&lt;br /&gt;« Prends-le, d’abord. » &lt;br /&gt;Elle l’a développé et elle l’a mis dans sa bouche.&lt;br /&gt;Dès que j’ai pu, et cela n’a pas été long, j’ai pris refuge dans un parc.  Je me suis évadée dans mes fantaisies.  C’était les années de La Patrouille du Cosmos à la télé.  J’aurais pu vendre des scénarios, je me suis vécue des années complètes dans mes propres contes. Entre la bibliothèque municipale et la solitude où j’étais libre de m’évader dans mes rêves, je suis devenue ce que je suis. Entretemps, c’était étouffant.  J’étouffais. &lt;br /&gt;J’étouffais parce que j’épiais, je surveillais, je talonnais. Je cherchais une raison. Je cherchais une explication. Elle m’épiait, elle aussi, mais sans savoir qui j’étais, sans s’intéresser à ce que je faisais, ce que je pensais, ce que je sentais. Je ne couchais jamais chez une petite amie, je ne pouvais aller nulle part sans elle, je ne pouvais jamais dire si j’aimais la musique rock, ou le suède, ou le sport. Ma mère me surprotégeait parce qu’elle refusait d’admettre qu’elle ne voulait pas de moi, qu’elle aurait voulu ne pas avoir d’enfant.  Elle aurait voulu être seule dans son petit mariage bourgeois.&lt;br /&gt;Heureusement, elle n’avait pas compris que la bibliothèque était un bien plus grand danger que les amis, la parenté.  Elle n’a pas pensé à surveiller mes lectures.  Sauf pour les bandes dessinées. Elles étaient défendues, mais je les ai lus à la lampe de poche, dans la garde-robe du petit voisin.  La bibliothécaire aux cheveux blancs m’attendait tous les jeudis pendant l’année scolaire, tous les jours pendant l’été. Elle a guidé mes lectures, la Comtesse de Ségur, Jules Verne.  &lt;br /&gt;J’ai appris à la jouer autrement, maman. J’ai ruiné le lave-vaisselle parce que j’ai coupé le caoutchouc qui scellait l’ouverture.  J’ai percé d’une grosse aiguille à laine le cuir de la berceuse.  J’ai brisé tous les carreaux des vitres d’hiver, un beau jour de printemps. Elles étaient accotées contre la maison, et je les ai brisé carreau par carreau, comme on brise la glace d’une flaque d’eau. J’ai piqué, aussi, quand j’ai eu dix ou onze ans.  Je ne suis pas fait pincer. J’ai arrêté, parce que personne ne le remarquait. &lt;br /&gt;Ma mère ne comprenait pas ce qui arrivait. Elle ne s’imaginait pas que ce qui arrivait. Elle me demandait des explications. Je n’en avais pas, je ne comprenais pas.  J’avais appris à enterrer chaque pensée, chaque parole, là où personne ne viendrait les chercher. &lt;br /&gt;Mais je me suis mise à imaginer, puis à planifier mon évasion, dès que j’ai su qu’il existait autre chose que la maison.  Je me souviens, j’avais vu une fois la sœur de la voisine lui rendre visite.  Elle était célibataire, elle travaillait, elle avait une petite voiture bleu ciel.  Je pouvais faire comme elle. J’ai compté les mois et les années jusqu’à ma majorité.  Les années ont été longues après cela. Deux mois avant dix-huit ans, quand j’ai été sûre que ma mère ne me poursuivrait pas, je suis partie. Je n’avais pas d’argent, je n’avais pas d’emploi, je n’avais pas fini mon secondaire. Je n’avais pas grand-chose, je me suis mariée. &lt;br /&gt;On pense que ce n’est plus nécessaire, se marier pour survivre. Bien au contraire. M’enrôler, me marier ou m’accoter.  Voila les trois possibilités auxquelles j’avais pensées. Je n’avais pas assez d’imagination pour penser à vivre autrement qu’encadrée. L’armée ne m’allait pas.  Ils avaient dit qu’ils paieraient mes études, mais ce n’était pas sûr.  M’accoter, ben, je ne savais pas séduire.  Une amie m’avait offert une fois, sur une plage, un haut de bikini.  J’avais regardé çà comme si c’était un crachat sur le trottoir.  Me marier, avec un homme qui ne s’imaginait pas pouvoir trouver une fille autrement, çà a marché. Le fait de payer avec mon corps ma pension ne me faisait pas peur.  Je n’y ai même pas pensé, j’allais avoir le papier qui rendait tout cela légitime. Et puis, je payais déjà ma famille avec mon identité.  Pour connaître autre chose, j’ai été obligée d’attendre Mladen. &lt;br /&gt;À qui me suis-je donnée? Au premier venu, mais je n’ai pas mal choisi, bien sûr. J’avais lu trop de romans Harlequin. Je me suis marié à un petit gros très gêné, avec deux dents de lait de trop qui lui poussaient directement dans la gencive du haut.  Un étudiant en médecine, c’était surtout cela qui était important.  Il se préparait une spécialisation des poumons, cela parait bien, mais il me parlait tout le temps des crachats de toutes les couleurs. Je n’ai jamais pu le sentir avant de s’être changé et d’avoir pris une douche, après le bureau. Je l’ai laissé me fouiller le bas du ventre pendant sept ans. Mes menstruations, c’était mes vacances.  &lt;br /&gt;J »ai pris la pilule.  Je ne sais pas pourquoi, parce que je l’évitais le plus possible. Quand je devais coucher avec lui, je le faisais éjaculer entre mains, sur ma poitrine, sur mon flanc.  J’avais des condoms partout dans la maison, en cas. Ce que je craignais le plus, c’était qu’il m’engrosse. Avec un enfant, je serais pour toujours liée avec lui. Il n’a pas pénétré très souvent. Je l’ai dressé assez facilement.&lt;br /&gt;Pendant qu’il travaillait, j’étudiais. Après quatre ans, j’avais fini mes études.  J’ai sacré là mon rôle de reine du foyer après les examens.  J’ai vidé le compte commun, je suis sortie de là avec quatre mille dollars dans mes poches. Lui a gardé la maison, les meubles, les rideaux assortis, et l’hypothèque.  Le soir même, j’avais une garçonnière dans une cave, un futon, et des vêtements en tas par terre.&lt;br /&gt;Je suis allée tout de suite m’inscrire à trois ou quatre agences de personnel temporaire, où mon atout principal était ma manière de prendre tout le monde de haut.  Je ne gagnais pas plus de neuf dollars de l’heure, mais j’étais payée toutes les semaines.  Je savais dactylographier, pas plus que çà. Mais j’arrivais à l’heure, je travaillais ferme.  Je tapais des étiquettes pour photos techniques, en duplicata, huit heures par jours, cinq jours par semaine. Saisissant. Deux mois plus tard, j’avais l’offre d’un poste permanent avec «la société».  La société, c’était Multicorps, un géant des pièces automobiles.  Une vaste entreprise embourbée dans la bureaucratie, d’après ce que je voyais.&lt;br /&gt;J’avais mon bac, mais je ne comprenais encore rien du monde.  Je crois bien n’avoir rien compris pour un autre deux ans.  Les dactylos prenaient la pause ensembles, fumaient. Une fois, un jour de paye, sa blonde est venue chercher le gérant du service, pour aller déposer son chèque, j’imagine. Une dactylo l’avait vu : « Eh! Sa blonde est venue le chercher, tant mieux, il va baiser, il va être de bonne humeur demain.»  Tout le monde avait ri, moi aussi, mais je n’avais pas compris.  Je ne savais pas en quoi baiser pouvaient mettre de bonne humeur.  Moi, je ne remarquais que le prix des nouilles chinoises au supermarché du coin, j’économisais parce que je voulais m’acheter une télé.  &lt;br /&gt;J’ai été dactylo six mois, puis le gérant adjoint est parti et j’ai eu son poste. Cela m’obligeait à travailler avec Jean, le directeur. Mauvaise hygiène dentaire. Chemises trop petites d’une pointure.  La cigarette coincée entre ses deux dents d’en avant. Exigeant que les dactylos aillent chercher leur paye de Noël de sur ces genoux à lui.  Faisant tinter la monnaie dans ses poches, quant il trouvait une fille belle. Appétissant.&lt;br /&gt; Ce que j’ai surtout appris avec lui, c’est que qu’un propriétaire d’entreprise est toujours content d’avoir un gérant qui fait la vie dure à tout le monde, tant que les résultats y sont, pour ne plus entendre parler de rien.  Alors, le gérant peut s’arroger tous les petits privilèges, ceux qui rendent la vie agréable, ceux qui allègent la tâche. J’ai compris çà en trois semaines, mais j’ai duré deux ans.&lt;br /&gt; Comme gérante, j’ai passé deux ans à diriger onze personnes plus vieilles que moi, avec plus de compétences que moi, avec plus d’expérience que moi, avec plus de confiance en soi que moi.  Je m’habillais plus vieille que j’étais, en m’imaginant que cela changerait quelque chose.  Pendant les fins de semaines, j’allais m’étourdir dans les bars obscurs, habillée trop serrée pour être à l’aise, ne comprenant toujours pas que les hommes pouvaient chercher quelque chose de plus, n’osant pas faire plus que les agacer.  Je jugeais mes amants de l’heure selon leur haleine et la force de leur barbe.  Ils ne me demandaient pas mon numéro, je ne leur offrais pas.  Nous étions quitte, j’espérais surtout ne pas les revoir.&lt;br /&gt;Un espoir qui ne fut déçu qu’une seule fois, des années plus tard. Je sortais d’un restaurant à la mode à ce moment-là.  Lui livrait les caisses de bières pour les bars du centre-ville.  C’est au torse puissant que je l’ai reconnu.  Ces épaules, ces avant-bras, ces mains. Moi, je pense bien que c’est ma voix d’alto qu’il a reconnu, quand je lui ai dit sans demander de déplacer son camion.  Lui, il lui avait poussé une bedaine, et moi, ben, des talons hauts. Je me suis souvenu de la manière dont il avait écrasé avec ses doigts sa poche de thé en la sortant de sa tasse – il avait insisté pour qu’on prenne le déjeuner ensemble, alors que moi, je ne l’avais même pas invité à passer la nuit chez moi.  Il était resté. Il avait dormi. Il m’avait sourie en me revoyant. Il sentait bon en sortant de la douche. Après lui, je ne les ramenais plus chez moi. J’ai vu ses mains, au bout de chaque doigt un gros ongle bordé de noir. J’ai eu une pointe au cœur, quand j’ai vu qu’il m’avait reconnu.  Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai compris que cette pointe, c’était la nostalgie.  Nous n’avions pas couché, j’avais prétexté n’importe quoi, et il n’avait pas insisté.&lt;br /&gt;J’ai vécu pire que çà.  Les infirmières du mouroir Saint-Joseph qui faisaient la barbe tous les jours à mon chum, en oubliant toujours de lui faire le cou; de la conjonctivite qui galopait pendant les derniers milles; de sa souffrance sans jamais rien demander.  Mladen n’insistait pas, il n’insistait jamais pour rien, c’était un doux, celui-là, le genre d’homme qui ne donne son cœur qu’une fois dans sa vie.&lt;br /&gt;Et puis, j’ai travaillé pour Marie Peters. Marie Peters!  Ma meilleure amie, pendant longtemps ma seule amie.  Elle m’avait engagée, très tôt, comme adjointe, et c’est de là que toute ma carrière est partie. Je n’étais pas son genre, à elle, elle avait depuis longtemps la même petite amie.  Marie Peters savait toujours ce qu’elle pouvait se permettre, et ce qu’elle ne pouvait pas.  Ne jamais donner des armes à ses adversaires, c’était sa devise devise.  C’est elle qui  m’avait habilement glissé sous son égide, parce qu’elle savait ce que risquait une jeune femme dans ces bureaux-là.  Un jour, lorsque quelqu’un m’avait demandé de livrer à un client important des documents à sa chambre d’hôtel, après le travail, c’est elle qui m’avait arrêté.  « Ne te mets pas dans ces situations-là.  Tu ne peux jamais redire sur un client.» Une autre fois, elle était revenue sur ses pas pour entrer dans le même ascenseur que moi, parce que j’aurais été seule avec un des directeurs qui avait été muté après avoir essayé de plotter une fille.  Pourtant, quand je suis sortie du party de Noël avec un jeune homme du service des dossiers, après avoir dansé avec lui toute la soirée, elle n’avait rien dit. Je lui ai demandé, des années plus tard, en l’assurant de ma chasteté soutenue, pourquoi.  Elle a ri de moi. « Je voulais que tu aies le choix de coucher avec qui tu voulais, chère, plutôt que de devenir le joujou du bureau. » Je n’avais pas compris.&lt;br /&gt;Je l’ai vu avec son amie juste une seule fois, il y a bien des années maintenant.  C’était un dimanche, elle s’est fait déposer au bureau par une femme plus vieille qu’elle, grisonnante, avec l’air d’une maîtresse d’école.  J’ai toujours pensé qu’elle s’était trouvé quelqu’un de bien, en fin de compte.  Mieux et plus stable que moi. En tout cas, elle n’avait rien de masculin, la petite amie.   Marie n’en a jamais parlé, au bureau.  &lt;br /&gt;Je me souviens de ce premier matin ouvrable avec elle.  On a commencé cette journée-là comme toutes les autres qui ont suivies: une revue de sa correspondance, l’ordre dans lequel elle verrait les personnes, les réunions du jour. Elle a dit : « Il n’y a rien qui se fait en réunion, oublie çà tout de suite. Ce qui compte, c’est le travail qui se fait avant, et après.» Elle voyageait beaucoup, évidemment, pour voir régulièrement tous les clients importants.  Elle n’arrêtait jamais : pendant un voyage, j’arrivais au bureau pour trouver sur le répondeur de longs messages, ou bien un téléphone matinal avant de partir de l’hôtel, quand il fallait, me rejoignant, à la maison.  &lt;br /&gt;Marie avait trimé dur pour en arriver où elle en était, avant de me prendre en main.  Elle avait parmi les autres directeurs une sale réputation.  Moi, elle a vite fait de me mettre au pas.  Ce n’est pas que je me curais les dents au bureau, j’étais issue d’un milieu trop bourgeois pour cela. Mais j’ai dû apprendre à écrire une lettre d’affaires, à régler une question avec la comptabilité, à mettre sur pied un projet important.  J’avais l’intelligence émoussée par l’inconscience, au début, l’inconscience et l’habitude d’haïr tout le monde. Je ne connaissais rien du monde des affaires, et je n’avais pas la bonne formation.  « J’aime mieux commencer avec quelqu’un d’intelligent, et l’entraîner moi-même, que de commencer avec un bac en commerce et être obligée de faire désapprendre tout ce qu’il pense savoir.» Au début, je ne pouvais que la suivre sans trop souvent la perdre de vue.&lt;br /&gt;Marie Peters m’a jeté à l’eau tout de suite, c’est après sont venus les détails. D’abord, ma santé.  Elle m’a dit de reprendre l’exercice physique, soit le matin, soit à l’heure du midi -- c’était pour le stress, disait-elle, et pour l’efficacité. Et puis, elle m’a fait quitter mes faux bijoux.  Elle m’a proposé son coiffeur.  Mes complets trop vieux pour mon âge passaient mieux.  Enfin, c’est le maquillage plus discret, ce que les esthéticiennes appellent le maquillage naturel, qui a remplacé mes rouges à lèvres trop vifs et mon fard à paupières bleu ciel.&lt;br /&gt;Mais c’est surtout sa manière avec les clients que j’ai le plus appris.  Je me souviens, quelques semaines avant de la quitter pour un poste autonome d’expert-conseil, je l’avais vu accepter les plaintes d’un client très important, un manufacturier en pièces automobiles.  Il était déjà monté quand il est entré dans le bureau de Marie. &lt;br /&gt;« Madame Peters, j’ai mon voyage. Je suis votre client parce que vous possédez une expertise réelle.  Mais j’ai téléphoné à votre petite mademoiselle, là… »&lt;br /&gt;« Mim, oui, mon adjointe est excellente, vous savez, je suis fière de savoir que vous la consultez. Vous faites bien.»&lt;br /&gt;« Ouais, c’est bien beau. Mais nous avons parlé au téléphone cinq minutes, je lui ai posé une question, et j’ai reçu d’elle deux semaines plus tard une lettre et un compte de deux mille dollars. »&lt;br /&gt;« La question portait sur quoi? »&lt;br /&gt;« je ne veux vous en reparler, je ne veux recevoir un compte de quatre mille de vous. »&lt;br /&gt;« Est-ce que la réponse était juste? »&lt;br /&gt;« Oui, je sais bien que vous savez toujours de quoi vous parler. A part de Deslauriers De Lobtinière, vous êtes les meilleurs en ville. »&lt;br /&gt;« Merci, cela me fait toujours plaisir d’entendre la satisfaction de nos clients. »&lt;br /&gt;« Oui, mais ce compte de deux milles dollars? »&lt;br /&gt;« Vous savez, depuis notre restructuration, nous devons rendre compte de notre temps pour chaque quart d’heure, et on inscrit les numéros de dossier à coté de la feuille de charge… »&lt;br /&gt;« Si c’est hors de votre contrôle, je suis aussi bien de porter plainte au conseil d’administration. »&lt;br /&gt;« Ne vous gênez pas.  J’ai l’impression que le conseil préfère recevoir les plaintes directement de la clientèle. »&lt;br /&gt;« J’ai de la misère à avaler le fait que cette lettre a pris six heures de travail. »&lt;br /&gt;« Mim, te souviens-tu de cette question, ou as-tu besoin de consulter ton fichier? »&lt;br /&gt;Je n’avais encore rien dit.&lt;br /&gt;«Pas besoin du fichier, je me souviens, c’est trois heures de recherche, une consultation avec un fiscaliste, une heure pour lui, une heure pour moi, et puis j’ai rédigé la lettre, je l’ai passé à la secrétaire, et je l’ai revisé. »&lt;br /&gt;« Combien de pages avaient la lettre? »&lt;br /&gt;« Sept pages. »&lt;br /&gt;« Vous voyez, cher monsieur, que l’on s’occupe de la moindre question que vous posez, le plus vite possible.  Ce n’est pas une lettre que vous avez reçu, c’est un rapport en règle que Mim vous a fait parvenir. »&lt;br /&gt;« Je voudrais que cela ne recommence pas. »&lt;br /&gt;« Je vais mettre une note au dossier que l’on vous avertisse d’avance lorsqu’une requête exige plus de, disons, cinq cent dollars de facturation? »&lt;br /&gt;« Mille, c’est amplement. »&lt;br /&gt;« Parfait. Je vais dicter la note au dossier tout de suite. Je vous envoie une copie conforme, sans frais, bien sûr, puisqu’il s’agit d’une clarification. »&lt;br /&gt;« Merci. »&lt;br /&gt;« Superbe.  Je vous raccompagne à l’ascenseur. »&lt;br /&gt;« Ce n’est pas la peine. »&lt;br /&gt;« Je vous en prie, vous vous êtes déplacé pour venir me voir, c’est la moindre des choses. »&lt;br /&gt;Et alors qu’ils sortaient du bureau, je l’ai entendu lui dire : « Votre cravate vous va très bien, est-ce une soierie italienne? »&lt;br /&gt;Mon Dieu! Que les patrons qui se donnent la peine de développer les talents de quelqu’un sont rares. Alors que tous les autres ne voyaient en moi qu’une dactylo ou un commis, elle avait saisi mon potentiel. Je lui ai donné sept bonnes années, mais à la fin, je ne voulais que la quitter. Je rongeais mon frein autant que du temps de mon premier mari, que du temps de mes parents.  Je ne cherchais qu’à satisfaire ma propre volonté.  Elle a bien compris, et quand j’ai fini de travailler avec elle, elle a su conserver ma bonne grâce. Moi, d’habitude, les anciens patrons…Si l’amitié entre nous s’est développé, c’est cause d’elle, ce n’est pas à cause de moi.  &lt;br /&gt; Une amitié difficile à entretenir de son coté.  Au début, nous nous comprenions. On pouvait parler du bureau, des imbécillités des chefs de service, des caprices de la clientèle. Ce qu’elle avait vécu auparavant, en début de carrière, je le vivais à sa place maintenant, et on voyait bien que les attitudes face aux femmes n’avaient pas beaucoup évolué en vingt ans. &lt;br /&gt;Mais à la longue, elle s’est mise à parler d’autre chose. Quand je ne comprenais pas, elle me disait que le développement personnel est nécessaire à toute carrière. Elle m’avertissait le plus possible. Oh, elle ne réussissait pas à parer tous les coups. Une fois, une réunion se liguait contre moi, elle l’avait su trop tard pour m’avertir, et j’ai eu de l’air folle en public. Cette fois-là, j’avais trouvé çà bien difficile, et six mois ont passé avant que je puisse lui en parler.&lt;br /&gt;« Je sais, tu as parfaitement raison, où étais-je moi, qui aurait du t’aider, t’avertir? »&lt;br /&gt;« Penses-tu que c’est à cause de ta maladie? »&lt;br /&gt;Elle souffrait de la sclérose en plaque.&lt;br /&gt;« Mais non, je pense que j’ai sincèrement cru que tu étais au courant, et quand tu m’en parlais, et que c’était évident que tu ne savais rien, je pense que j’entendais tout simplement ce que je croyais être le cas. »&lt;br /&gt;Je n’ai pas compris de quoi elle parlait.  Alors j’ai manqué de vigueur et d’enthousiasme. Chaque fois qu’elle me téléphonait, je mettais plus de temps à lui rendre l’appel. Je me suis arrangée pour saboter nos dîners du vendredi, qui avaient été sacrés pendant des années, pour ne plus avoir affaire à elle. Et puis, quand sa petite amie est morte, j’ai mis un bon dix jours à lui envoyer une carte de sympathie.   &lt;br /&gt; Alors, quand je l’ai vu arriver après la mort de Mladen, je lui ai demandé pourquoi elle était venue.&lt;br /&gt;« Parce que c’est inconcevable pour moi de laisser quelqu’un souffrir seul. »&lt;br /&gt;Mystère, un autre mystère. &lt;br /&gt;Je pense qu’elle a réussi à augmenter ma valeur marchande.  Ma valeur marchande…Lorsque j’ai entrepris le service de la recherche, c’était juste pour aider au développement de certains produits.  Je me suis assise, un beau jour, et j’ai commencé à mettre sur papier une espèce de processus pour analyser les problèmes de notre clientèle.  Nous, nous avions trois sections : les conseillers en administration, les ingénieurs, et les conseillers en marketing, mais c’était que les conseillers en administration qui avaient les meilleures chances de faire de l’argent. Sauf qu’ils ne performaient pas.  Moi, j’avais mon idée là-dessus.  Depuis le temps que je travaillais avec Marie, j’avais compris comment m’y prendre pour analyser rapidement un problème et proposer une solution.  Je suis retournée, en bonne autodidacte, dans mes cours sur l’antiquité grecque que j’avais lue avec les sœurs. &lt;br /&gt; J’étais bien la première à être surprise de voir que les religieuses avaient pu m’enseigner quelque chose d’utile.  Ce n’est qu’avec le temps que je me suis bien rendu compte que tout peut servir.  Bref, je suis retourné à ce vieux concept de la mètis, de la façon de penser des vaincus et des femmes, que les Grecs de l’Antiquité avaient mis de côté.  C’est bien de cela que je me servais presque tous les jours, des ruses de l’intelligence.  Sauf que, au moment où je m’y suis mise, personne ne l’avait encore codifié.&lt;br /&gt; C’est avec çà que j’ai fait fortune.  Personne n’y avait pensé, dans les couloirs du pouvoir, parce que les impuissants et les femmes n’y avaient accès que dernièrement.  Les petits et les pauvres qui avaient réussi à passer dans les couloirs du pouvoir réel étaient si peu nombreux qu’ils s’empressaient de se fondre dans la moyenne, afin de passer le plus vite possible parmi les riches et d’oublier leurs antécédents le plus vite possible.  Pas moi. Snob, je l’étais, mais je conservais au cœur une certaine préoccupation pour ceux qui avaient souffert dans la noirceur et l’isolement. Çà, au moins, je connaissais çà.&lt;br /&gt; Si je ne donne pas ici d’exemples, c’est que je ne veux pas vendre le morceau pour rien, même pas dans un journal intime.&lt;br /&gt; Une fois le filon découvert, j’ai eu tout de suite immensément confiance que cela marcherait, mais cela m’a pris du temps à découvrir comment.  Je me suis jetée à l’eau tout de suite. Je me suis mise à lire tout ce que je pouvais.  Toutes les méthodes étaient bonnes pour exploiter l’idée. Une fois développée, bien sûr, j’ai eu toutes les misères du monde à convaincre les patrons que je pourrais en faire quelque chose de rentable.  &lt;br /&gt;Je me suis mise à arriver au bureau vers quatre heures du matin.  Je me couchais tôt, j’entrais au bureau lorsqu’il n’y avait personne pour avoir le temps de réfléchir, et ensuite je me mettais devant mes brouillons, à dessiner, à reprendre, à faire avancer.  À l’arrivée du premier employé, je rangeais tout cela soigneusement sous clé.  Au début, les séances de travail ne duraient que trente ou quarante minutes.  Je dessinais avec peine mes petits diagrammes, mais je manquais de clarté dans les idées.  J’entendais Sœur Claudette citer Boileau : « Quand une chose est comprise clairement, les mots pour le dire viennent aisément. »  &lt;br /&gt;Je rédigeais avec soin phrase par phrase les éléments du processus.  J’échafaudais tout çà.  Je me reprenais, je recommençais. Il n’y avait personne pour me conseiller, et tout le monde pour me dire que je perdais mon temps.  J’ai appris presque tout de suite à faire ce travail sans rien dire, sans témoin, pour ne sortir à la fin que le produit fini. Que personne n’a compris.&lt;br /&gt; J’ai mis trois ans de ce travail de bon matin avant d’avoir quelque chose que je puisse toucher du doigt, pour ainsi dire.  Je n’avais rien que des diagrammes cellulaires que je suis allée montrer à notre plus vieux chercheur.  Un laid petit gros qui bégayait et qui arborait des boucles: je ne veux pas dire une permanente, mais une boucle au lieu d’une cravate, comme les hommes  en redingote en portent dans les peintures.  Son nom était Edouard Rappoport, un immigrant russe de la vieille école, mais tout le monde l’appelait d’un surnom crû, mais universel: Rot.  Il aimait raconter comment il avait mangé à sa faim pour la première fois en descendant du navire, à Halifax, et à l’affection pour le Nouveau Monde qui lui était venu après son premier rapport, très sonore, très satisfaisant.  Cela lui est resté.&lt;br /&gt; « Rot, j’ai quelque chose à te montrer. »&lt;br /&gt; « Viens-t’en, ma belle chérie. »&lt;br /&gt;Rot m’appelait toujours sa belle chérie, il appelait toutes les femmes ses belles chéries, de la plus jeune à la plus vieille.  Depuis son veuvage, il portait son affection vers ses deux filles, ingrates comme celles du Père Goriot, et vers toutes les femmes qu’il rencontrait.&lt;br /&gt;« Je pense à développer un nouveau processus de gestion, mais un processus au sens large. »&lt;br /&gt;« Tu as quelque chose sous le bras, montre-moi çà tout de suite. »&lt;br /&gt; Rot s’intéressait aux nouvelles idées, mais il voulait toujours les voir par écrit.  Je pense qu’il ne faisait pas confiance aux paroles. Sous le bras, j’avais enroulé mon long diagramme du processus. Tout un diagramme :  il comptait onze pages à la verticale.&lt;br /&gt; « Cela a du te prendre des heures, faire çà. »&lt;br /&gt; En effet, j’y avais mis beaucoup de temps, à essayer autant à me comprendre moi-même que de faire comprendre cela aux autres. J’étais restée plusieurs fois debout une partie de la nuit, incapable de dormir à cause de l’afflux des idées.&lt;br /&gt; « Explique-moi cela. »&lt;br /&gt; J’ai fait de mon mieux, je savais que c’était là le grand test. &lt;br /&gt;« Donne-moi donc un exemple. »&lt;br /&gt;J’en avais un fin prêt.&lt;br /&gt;Il m’a regardé par-dessus ses lunettes.  Il n’a dit qu’un mot.&lt;br /&gt;« Brillant.  C’est toi qui a pensé à çà ? »&lt;br /&gt;« Ben, oui. »&lt;br /&gt;« Wow. »&lt;br /&gt;« Tout le monde va pouvoir se servir de çà, des bûcherons aux p.-d.-g. »&lt;br /&gt;Sur le coup, je n’y croyais presque pas. Plus tard, je trouvais cela rassurant, d’entendre cela alors qu’autour de moi, on se demandait pour quoi je passais tant de temps tôt le matin avec mes papiers et mes crayons. Je pensais mieux sur papier.  Moi, l’ordinateur me retenait.&lt;br /&gt;« Il y a là un changement fondamental dans les façons de faire, Mim. »&lt;br /&gt;« Oui, c’est un changement très simple, mais très puissant – au lieu d’analyser sans arrêt l’acteur, on analyse l’action.  À partir de ce moment-là tout devient beaucoup plus facile à comprendre, et cela règle tout un tas de problèmes. »&lt;br /&gt;« Çà n’a l’air de rien, mais cela opérer des changements à bien des niveaux.  C’est comme quand Galilée a postulé que la terre tournait autour du soleil, plutôt que de dire que les planètes tournaient toutes autour de la terre.  Les observations devenaient alors très simples, presque élégantes.  Ton processus, il est élégant. En plus.»&lt;br /&gt;En voilà un revirement, depuis mes efforts rationnels et scientifiques, à l’élégance, maintenant.  Mais Rot avait parfaitement raison : l’élégance était un critère important pour les utilisateurs, qui chercheraient quelque chose de simple, mais aussi d’agréable à employer.&lt;br /&gt;« Maintenant, il te faut faire l’expérience, au moins une fois, pour voir si cela marche. »&lt;br /&gt;Merde.  Je savais que nous en viendrions là un jour, aux applications concrètes, et c’est ce qui me faisait peur.  Je ne voulais pas dévoiler mes travaux à qui que ce soit.  J’avais tout d’un coup une espèce de pudeur, une crainte que l’on ne me découvre sous un nouveau jour, que l’on ne me perçoive vraiment, pour la première fois.  Mais le projectile était lancé, je ne pouvais plus m’empêcher d’aller aussi loin que possible.&lt;br /&gt;Je n’avais que trop raison. J’ai vécu cela en montrant çà à l’équipe des conseillers en gestion.&lt;br /&gt;Je suis entrée dans la pièce, et il y avait une vingtaine de personnes, dont une seule autre était une femme, âgée de plus de soixante ans.  Elle a présenté avant moi.  Elle était habillée comme un pied, avec une jupe beaucoup trop courte, presqu’une mini, découvrant ses jambes arquées.  On n’a pas trop fait de cas de ce qu’elle disait.  Dans l’après-midi, c’était à mon tour. En me levant, l’organisateur m’a dit que j’avais  1heure et quart devant moi, au lieu des quarante-cinq minutes qu’on m’avait dit.     &lt;br /&gt;C’est dire qu’on essayait tout pour me saboter.  Mon esprit de contradiction s’est cambré.  « J’vas d’y montrer, » comme disait mon grand-père.&lt;br /&gt;J’ai commencé par expliquer mon projet, en donnant des exemples concrets qui seraient sûrs de leur parler.  J’avais fait des diapositives pour qu’ils puissent suivre la structure plus facilement.  Et puis, est venue la période de questions. Ils se sont jetés sur moi comme une meute de chiens.  &lt;br /&gt;« Je peux penser à au moins deux explications alternatives pour tes exemples. »&lt;br /&gt;« C’est le pattern qu’il faut expliquer, pas juste les exemples individuels. »&lt;br /&gt;« Ce serait utile pour les situations concurrentielles, il me semble. »&lt;br /&gt;« Pour tel et tel exemple, j’y étais, et cela ne s’est pas passé comme çà. »&lt;br /&gt;Et puis, je le savais :&lt;br /&gt;« Pourrait-on avoir les diapos, j’ai un client avec qui j’aimerais en parler. »&lt;br /&gt;Après avoir passé deux jours à me présenter à chaque pause à quelqu’un d’autre, j’ai été assiégée pour le reste de la rencontre.  J’ai présenté un mercredi. Le lundi suivant, mon processus était devant la clientèle.&lt;br /&gt;Toujours est-il que j’ai décidé de faire mon premier essai avec les outils avec une situation qui était déjà résolu.  Je me suis dit que, comme cela n’intéressait personne, cela ne nuirait à personne non plus.  Il s’agissait d’un de nos plus gros clients, retiré maintenant, Pierre Pélageau.&lt;br /&gt;Pierre Pélageau était un franco-Ontarien qui avait hérité de son père une seule fonderie.  Ayant travaillé dans l’entreprise familiale pendant ses étés comme étudiant, il avait occupé plusieurs postes dans l’entreprise.  Arrivé à trente ans, il détenait la vice-présidence. Une décennie plus tard, c’était la direction générale de l’entreprise.  Une fois en place, il avait acheté trois autres fonderies.  Il s’était ramassé avec plus de deux cents employés syndiqués, et un chiffre d’affaires annuel de dix millions. &lt;br /&gt;Pour sa grosseur d’entreprise, il avait des pratiques bien particulières.  Plutôt que d’emprunter ou de vendre des action pour aller chercher son capital, il hypothéquait une fonderie pour pouvoir acheter la suivante.  Même dans ses pires crises  financières, il préférait préserver sa pyramide de contrôle, comme il disait.  Parce qu’il avait conservé ses bureaux-chefs en Ontario, il exploitait la liberté que cela lui donnait quant aux rapports rendus publics.  Il avait dit à un journaliste autrefois qu’il préférait vendre l’entreprise au complet, plutôt que d’en perdre le contrôle. C’est dire qu’il avait un sang-froid exemplaire : il recommençait à emprunter à l’interne même quand les taux d’intérêt augmentaient vite, et il avait risqué plus d’une fois des gros montants. Les analystes chez nous mettaient son jugement en question. Dans la presse des affaires, les têtes d’affiche fusaient : « Pélageau pourra-t-il encore une fois sauver sa peau ? »  Les milieux banquaires accueillaient avec plaisir les rumeurs de sa banqueroute.  Mais Pélageau n’avait jamais froid aux yeux : il coupait les emplois au besoin.  &lt;br /&gt; Moi, je ne le croyais pas matérialiste. Ce n’était pas le yacht ou le Picasso ou la villa sur la Méditerrannée qui l’intéressait. Non, à mon avis, Pélageau voulait bâtir une entreprise qui lui ferait honneur, qui serait un monument à la mémoire de son père parti de rien, qu’il adorait depuis sa jeunesse. Et puis, Pierre Pélageau se mêlait de politique, pas pour un avantage commercial qu’il préférait se fabriquer lui-même, mais parce qu’il croyait qu’un homme politique devait un tribut à un chef d’entreprise.&lt;br /&gt; Selon mes nouvelles idées à moi, Pélageau aurait dû prendre certaines décisions importantes sans hésiter, perçues dans le cadre qui leur revenait, celui d’un plus grand projet.  Ses décisions quotidiennes, en tout cas, marchaient assez bien. Mais il refusait de partager avec quiconque une trop grande part de ses réflexions sur son entreprise.   Et puis, il était sujet à des considérations autres que purement financière.  Son orgueil familial lui servait de profit lorsque l’entreprise marchait moins bien.  Moi, je savais que c’était en situation de crise qu’on avait le plus besoin de moi.&lt;br /&gt;Pélageau s’était embourbé dans des conflits de travail avec ses syndiqués québécois.  Si les syndicats avaient fait la grève en juillet, pendant que les fonderies marchaient à fond, c’aurait été le désastre.  Si les syndiqués lui avaient donné le temps de changer certaines machines à sa fonderie à l’extérieur, encore une fois il aurait eu de la misère à survivre avec une grève.  Mais Pélageau voulait avoir une intégration régionale de ses fonderies, avec une spécialisation des travaux selon le type de matériau et de pièces à produire.  C’était çà, son objectif. Ce n’était pas un praticien parfaitement raisonnable en affaires.  Par contre, il avait une vision particulière, et cette vision expliquait bien des choses.  En bon franco-Ontarien, il ne comprenait pas le nationalisme de ses employés québécois, ni l’aigre-doux des relations syndicales dans la belle province. Et si ses concurrents l’avaient compris, ils auraient tous agis autrement. Ils l’auraient dépecé.&lt;br /&gt;La façon dont Pélageau menait ses relations de travail n’avait rien de rassurant pour ses employés.  Son attitude était nettement celle d’un adversaire et d’un ennemi aux droits syndicaux.  Au tout début de sa carrière, Pélageau ingénieur avait inauguré des procédés expérimentaux qu’il avait ensuite donné à la sous-traitance, recherchant une main d’œuvre plus spécialisée, et l’annonce avait été faite en pleine négociation syndicale. Niaiseux. Pendant la grève qui avait suivi, Pélageau avait annoncé l’acquisition d’une nouvelle fonderie dont le personnel n’était pas syndiqué.  En trois ans, il a encaissé cinq arrêts de travail.  &lt;br /&gt;Les syndiqués s’inquiétaient du développement technologique qui les obligerait peut-être à déménager d’une ville à l’autre pour conserver leurs emplois, et aussi pour les pertes d’emplois successives.  Pélageau, comme bon lui semblait, faisait un point de presse où il annonçait qu’il congédierait tous les travailleurs pour bris de contrat qui oseraient s’y opposer.  Le sydicat était en maudit de se faire prendre les culottes à terre. Ce n’était rien pour améliorer l’atmosphère.  Pélageau procédait à sa production urgente pendant les deux semaines des vacances établies par la convention collective, passant outre l’embauche des syndiqués intéressés. La fonderie à haute technologie, surnommée forteresse Pélageau parce qu’elle avait des murs hauts de huit pieds, un fossé tout autour, et des barbelés, était secouée par les conflits.  Visiblement, M. Pélageau se rappelait des histoires de son père, qui avait été mineur à Asbestos pendant la grève des années quarante, mais il se considérait chevronné, et il ne voyait plus les énormités qu’il commettait. &lt;br /&gt;Ses travailleurs ont longuement protesté au ras les barbelés, et la fonderie est devenue le symbole des sacrifices que l’on exigeait d’eux.  Je l’avais vu venir. La police a été obligée d’intervenir.  Et Pélageau a jeté de l’huile sur le feu en congédiant cent cinquante travailleurs.  La chef des syndiqués, Ginette Lépine, s’est senti obligée de faire appel à la solidarité d’autres syndicats.  Les grèves tournantes ont faites la une des journaux.  Les divisions syndicales ont fait rage dès la seconde offre de Pélageau – la peur avait saisi les travailleurs – et les dirigeants ont du faire volte face.  Ils ne l’ont jamais oublié.  &lt;br /&gt;Pélageau s’est ramassé avec la réputation d’être rapace, et il n’a jamais craint l’opinion publique.  Voilà avec qui je devais travailler, le client le plus important que l’on m’ait donné dans ma carrière. Sans même y penser deux fois, je me suis précipitée avec mes nouvelles idées. C’est juste si je ne lui ai pas proposé de faire du tricot pour les sinistrés de la Croix-Rouge.&lt;br /&gt;Je lui ai, en fait,  proposé une stratégie. Je lui ai dit d’arrêter de se mettre à dos tout le monde qui ne pensait pas comme lui, mais de se prendre plus pour un juge dans un concours de beauté. Je lui ai dit quoi faire au moins un peu. Non pas qu’il ne savait pas ce qu’il voulait, mais il y avait bien moyen de mettre ensemble ses objectifs et les objectifs de ses employés.  Je l’ai convaincu de prendre la moitié de ce que ces conflits de travail lui coûtaient par année, et de le donner en augmentations et bénéfices pour les petites gens. Je lui avais dit de ne pas narguer inutilement les syndicats, mais de respecter plus (ou de manquer moins souvent) aux conventions collectives. Cela aussi, cela lui a sauvé de l’argent, un argetn qu’il cherchait pour faire expansion technologique. Il a menti aux syndicats, avant mon temps, mais pas après. Un peu plus tard, il a changé sa politique et il a été plus honnête. &lt;br /&gt;Le stress me tuait, c’est évident. Je me plaignais à Mary Peter d’avoir mal dans le dos, mal à l’épaule, mal aux pieds et un bond jour elle en a eu assez.  &lt;br /&gt; « Écoute, ma chère, je t’ai parlé à plusieurs reprises de mes massages, alors va donc le voir, tu iras mieux, tu pourras travailler de plus longues heures à ton bureau. »  J’ai téléphoné au mari d’une amie, Wayne, qui était lui-même masseur, et il m’a recommandé Mladen Milanovic (prononcé Milanovitch, comme la gymnaste étoile du temps, Nadia Comaneci, c’est Comanetch).  « Oui, il est très complet dans son approche, il sait ce qu’il fait, il est bien. » Alors j’ai pris rendez-vous.&lt;br /&gt; La clinique était en bas de la rue des bureaux étaient, et lorsque je suis arrivé devant la clinique, il s’agissait d’un édifice ordinaire, en briques grises.  La porte vitrée donnait sur six marches, qui menaient à un demi-sous-sol.  Je n’ai jamais souffert de l’humidité.  À l’étage, il y avait une esthéticienne et une coiffeuse, mais Mladen était seul dans sa clinique.  La salle d’attente était meublé de deux divans, du genre dont on ne peut pas se lever facilement parce qu’ils sont et trop profonds et trop mous.  Il me donnait mal dans le dos, mais Mladen ne faisait que rarement attendre ses patients.&lt;br /&gt; Lorsque je suis arrivé, Mladen sortait de la seconde pièce de rangement.  J’ai tout embrassé du regard : le t-shirt blanc, les pantalons blancs aussi, pour faire clinique et, pour moi, un peu rassurant.  Grand, un bon cinq pieds et dix, des cheveux châtains, des yeux pers, un nez de faucon, des lunettes, les lèvres modelées.  Le physique musclé: des épaules, des bras, des jambes, une poitrine. Ah, une poitrine…J’ai dû me secouer.&lt;br /&gt;J’ai mis mon manteau sur les crochets à l’entrée, j’ai enlevé mes souliers et je les ai placé sur le petit tapis de plastique.  &lt;br /&gt;« Je suis Mim Massey-Dome, vous devez être Mladen? »&lt;br /&gt;« « Mladen », oui. »&lt;br /&gt;« Ah, le L se prononce comme un i grec. »&lt;br /&gt;« C’est çà, je suis Mladen Milanovic. »&lt;br /&gt;« C’est un nom inhabituel, à quel groupe ethnique cela appartient-il ? » &lt;br /&gt;J’avais l’habitude de poser la question, j’aurais du me retenir sur ce point, la rectitude politique…&lt;br /&gt;« Je suis de mère croate et de père bosniaque. »  &lt;br /&gt;Bonté, c’était slave, je m’en doutais, mais il était sans doute réfugié de guerre.&lt;br /&gt;« Ouille ! »&lt;br /&gt;« Ce n’est pas si pire que çà, » en riant.&lt;br /&gt;« Vous n’avez presque pas d’accent, vous êtes ici depuis longtemps ? »&lt;br /&gt;« Mais oui, je suis venu il y a plus de sept ans, je suis canadien maintenant.  Mais vous, » il vouvoyait comme les Européens, « il me semble vous avoir vu quelque part? »&lt;br /&gt;« Votre visage me revient, aussi, mes bureaux ne sont pas loin, avez-vous affaire à la consultation administrative ? »&lt;br /&gt;« Non.  Habitez-vous le quartier ? »&lt;br /&gt;« Pas tout à fait, je suis dans les rues derrière la falaise, en s’éloignant du lac… »&lt;br /&gt;« Est-ce que vous fréquentez le gymnase de la rue Cole ? »&lt;br /&gt;« Oui, mais très tôt le matin, dès l’ouverture à 5 heures… »&lt;br /&gt;« C’est là que je vous ai vu, vous faites de la musculation, n’est-ce pas, de temps en temps ? »&lt;br /&gt;Je ne me souvenais pas du tout de lui, mais j’étais la seule femme jusque vers six heures, alors ces messieurs avaient tout le loisir de me reluquer, surtout que j’avais pris l’habitude de ne pas porter mes lunettes.  Je ne voyais donc pas où ces messieurs me regardaient, et cela me permettait d’être seule au monde, finalement. C’est un fléau, avoir des gros seins, cela attire tous les regards…&lt;br /&gt;« Ah, je ne vous ai pas reconnu, c’est que je ne porte pas mes lunettes au gymnase, si je reconnais les gens avant d’être presque par-dessus eu, c’est que je les reconnais à leur silhouette. »&lt;br /&gt; Un très beau jeune homme.  Il m’a donné un questionnaire à faire remplir, et puis nous avons discuté de mes besoins. Enfin, pas tous.&lt;br /&gt; « J’ai été agressée dans le passé, et j’ai donc besoin d’établir des limites particulièrement claires avec vous. »&lt;br /&gt; « Comme pour tout traitement, vous avez le droit d’interrompre le traitement, de poser n’importe quelle question, à n’importe quel moment du traitement, aujourd’hui ou à n’importe quel moment à l’avenir. »&lt;br /&gt; « Je vais vous expliquer ce qui me ferait interrompre le traitement.  Le mari d’un de mes amis est masseur plutôt que massothérapeute, il n’a pas votre formation.  Un jour, il me massait pour peut-être la septième ou huitième fois, et il a massé les ganglions lymphatiques dans l’aine, sans me le demander au préalable.  Nous n’avions jamais parlé de ces ganglions-là.  Il est vrai que je ne l’ai pas arrêté.  Mais une fois rhabillée, je lui ai demandé pourquoi il ne m’avait pas demandé la permission.  Il m’a répondu qu’il massait toujours ces ganglions-là lorsqu’il massait sa femme.  Ce n’était surtout pas la bonne réponse… »&lt;br /&gt; « Vous dites qu’il n’était pas massothérapeute, où a-t-il reçu sa formation ? »&lt;br /&gt; « Au Vermont. »&lt;br /&gt; « Ah !  S’il avait été formé ici, il aurait su que cette région-là exige un consentement particulier.  C’est d’ailleurs ce que je ferais avec vous, si jamais cela se présentait.  Mais votre questionnaire n’indique pas qu’il y aurait lieu de travailler là.  Il existe certaines blessures qui donnent des douleurs très particulières dans la région génitale, mais il n’y pas de raison de croire que vous en souffrez.  Nous pouvons passer à l’examen du mouvement chez vous, et puis on établira ce qu’il y a à faire dans votre cas. »&lt;br /&gt;Son examen était comme celui de tous les autres masso que j’ai connu, mais pour certains mouvements, son chemisier se retirait de la ceinture de ses pantalons, et une belle petite plage de chair, juste au-dessous des côtes, devenait visible.  Elle avait l’air velouté.  Mon Dieu, qu’est-ce que qui m’arrivait, moi qui ne pensais jamais à rien.&lt;br /&gt; Le premier traitement, ce qui m’a surtout frappé, c’est que, une fois la main posée sur moi, il ne l’enlevait jamais.  Même quand il devait changer de position, passer d’un côté de la table de traitement à l’autre, il posait la main sur le dos, et il faisait le tour de la table comme cela.  Je savais toujours où il était.  Magnifique.  J’étais comme dans un cocon.  Nous avons pris rendez-vous après le premier traitement pour deux semaines ensuite.  Je lui ai dit que je voulais travailler aux deux semaines pendant un certain temps.  Sa pratique n’allait pas très bien, il prenait du temps à se monter une clientèle, mais j’ai parlé de lui à bien des gens.  Je les voyais bien sourire, en m’écoutant…&lt;br /&gt; Ce qui m’a perdu, finalement, je pense, c’est nos conversations.  Nous parlions tout au long du traitement, et ces conversations sont devenues de plus en plus personnelles.  Après les préliminaires avant que je ne me déshabille et que je ne m’étende sur la table, Mladen ouvrait toujours la conversation de la même manière.  &lt;br /&gt;« Alors, comment s’est passé vos deux semaines ? » &lt;br /&gt;On s’est vouvoyé très longtemps.  Cela n’a pas empêché d’arriver aux confidences.&lt;br /&gt; «J’ai eu affaire à quelqu’un à qui j’en ai longtemps voulu, cette semaine.  Mais j’ai découvert quelque chose d’évident, j’imagine, pour les autres, mais qui ne l’était pas pour moi : pardonner à quelqu’un c’est-à-dire avoir le respect de la personne et de l’accueillir telle qu’elle est, lâchant le ressentiment, c’est avant tout bien pour soi.  Aime ton ennemi comme toi-même, je pensais que c’était pour les autres.  Mais là j’ai compris que c’était vrai avant tout pour moi. »&lt;br /&gt; « Çà, c’est une leçon que mes compatriotes n’ont pas encore appris! »&lt;br /&gt;On a ri, tous les deux.  En fait, plus le temps passait, plus on riait comme des fous.  Nous étions ivres, je crois, et on ne peut comprendre le reste de nos comportements que comme ceux deux passagers d’un bateau ivre.&lt;br /&gt; Mladen reprenait vite son sérieux.  &lt;br /&gt;« Je ne crois pas à la vengeance, mais il m’est arrivé de mettre dans le trouble.  La famille de ma femme avait une entreprise, une compagnie qui posait des pavés faits de briques. Tant que j’étais étudiant, je n’avais presque aucun revenu, et ils m’ont émis plusieurs années de suite un reçu d’impôt pour plusieurs milles dollars, ce à quoi j’avais droit sans payer d’impôt, et ils cachaient du revenu ainsi. »&lt;br /&gt; « Ils ne te versaient pas d’argent directement ? »&lt;br /&gt; « Non, ils ne faisaient qu’émettre ce reçu.  Et bien, l’année où je me suis séparé de ma femme, je les ai avertis que je refuserais ce reçu.  Ils ne l’ont pas repris pour le modifier.  Alors lorsque j’ai fait mon rapport, j’ai désavoué ces revenus.  Lorsque Revenu Canada m’a demandé si cela était déjà arrivé, j’ai dit la vérité. »&lt;br /&gt; « Mon Dieu, rien de pire que le fisc !  Une fois identifiés comme fraudeurs, les bureaucrates vont revenir à la charge chaque année.  Ils n’auront jamais la paix ! »&lt;br /&gt; « J’ai l’impression qu’ils ne l’ont jamais eu.  Ils ont fini par déménager en Australie. »&lt;br /&gt;On a ri comme deux fous ivres.&lt;br /&gt;Il n’y avait pas que ce genre-là de confidence.  Il me parlait de ses petites amies aussi.  Il me parlait des petites jeunes avec qui il sortait, ces petites jeunes qui n’avaient peut-être que sept ou huit ans de moins que lui, mais avec qui il sortait.  Je ne pensais à rien, mais il me disait parfois:&lt;br /&gt;« C’est bien agréable d’être intime, mais qu’est-ce que cela me donne, à plus longue échéance. Il faut pouvoir converser. »  &lt;br /&gt;Mais nous parlions aussi de beaucoup d’autre chose, on parlait de tout, de politique, d’économique.  J’avais l’impression parfois qu’il m’admirait comme on admire les professeurs, à l’université, avec une goutte d’idéalisation.&lt;br /&gt;Un peu plus tard, c’était des confidences encore plus intimes. Mladen abandonnait sa réserve professionnelle.&lt;br /&gt; « Alors, comment cela a été, depuis deux semaines ? »&lt;br /&gt; « Bien.  J’ai des problèmes au bureau, mais en gros cela va bien. »&lt;br /&gt; « Moi, ma femme me crée des problèmes.  Ben, mon ex-femme, nous sommes divorcés.  En fait, je viens de recevoir une lettre de son avocat. »&lt;br /&gt; « Ah, oui ? »&lt;br /&gt; « Oui. Elle veut que son nouveau mari adopte mon garçon. »&lt;br /&gt; « Hein?  Elle veut que tu permettes l’adoption de ton fils par un autre ? »&lt;br /&gt; « Ben, oui… »&lt;br /&gt; « Mais le vois-tu ? »&lt;br /&gt; « J’ai essayé bien des fois, mais à chaque fois que j’arrivais chez elle pour le voir, le garçon était ailleurs, ou bien la maison était complètement vide. »&lt;br /&gt; « Mais quel est l’ordre de la cour ? »&lt;br /&gt; « La cour a dicté mes visites hebdomadaires, mais elle a déménagé dans le sud de l’Ontario, vers Kitchener, sans rien dire.  Alors j’ai pris mon cours de massothérapie à Toronto pour pouvoir le voir. »&lt;br /&gt; « Cela a du te coûter beaucoup plus cher que le collège qui est ici. »&lt;br /&gt; « Ben, oui, mais cela ne m’importait peu.  Je veux dire, je vivais déjà avec tellement peu d’argent, je m’endettais tellement vite… »&lt;br /&gt; « Et puis, le garçon ? »&lt;br /&gt; « Mon avocat m’a dit que je pouvais me battre, mais je n’avais pas d’argent, et la famille de ma femme en avait beaucoup. Alors… »&lt;br /&gt; « Mais tu dois vouloir le voir, ce garçon ? »&lt;br /&gt; « Oui, mais cela fait quatre ans que je ne l’ai pas vu, et puis il n’avait que deux ans.  Je veux faire ce qu’il y a de mieux pour lui.  Et je ne veux pas empêcher la relation positive avec son père. »&lt;br /&gt; « Mais ce garçon, il va te revenir, un jour, te poser tes questions. C’est sûr qu’il va découvrir tôt ou tard qui tu es. »&lt;br /&gt; « Sa mère lui a caché mon existence, il pense que le mari est son père. »&lt;br /&gt; « Du moins, c’est ce qu’elle t’a dit. »&lt;br /&gt; « Oui, c’est ce qu’elle m’a dit.  Je suis allé chez l’avocat, et elle a catégoriquement refusé de signer la paperasse, elle disait que c’était contre mes intérêts. Mais la ils viennent de m’envoyer une nouvelle lettre, me menaçant. »&lt;br /&gt; « Wow. »&lt;br /&gt; La fois suivante, il m’a montré la lettre.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Le 15 août 2004&lt;br /&gt;Monsieur Mladen Milanovic&lt;br /&gt;284, rue Pearl&lt;br /&gt;Monsieur,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Objet : Formulaire d’abandon de droits parentaux&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous avez accusé réception du formulaire susmentionné le 4 juillet 2004.  Nous n’avons toujours pas reçu ce formulaire.  Si vous ne nous rendez pas le formulaire d’ici le 1er septembre, nous allons demander à la cour d’exiger de vos le versement de la pension alimentaire.  Le versement de la pension alimentaire ne dépend pas, comme vous le savez, des contacts que vous entretenez ou pas avec votre fils.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Veuillez, Monsieur, agréer mes salutations distinguées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Me Pierre Lépine &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; « Mais qu’as-tu fais avec cela ? »&lt;br /&gt; « Et bien, je leur ai envoyé une copie de mes rapports d’impôt pour les trois dernières années. Cela montre que je n’avais pas reçu beaucoup de revenus ces derniers temps, je ne faisais que lancer ma boutique, après les années d’études. »&lt;br /&gt; « Cet avocat ne sait même pas que tu ne vois pas ton fils.  Si tu paies, tu as le droit de le voir.  Et de toute façon, vont-ils exiger une pension alimentaire alors qu’ils voudraient que tu n’aies plus aucun contact avec l’enfant ?  Devant la cour, tu pourrais expliquer les manigances de la mère. »&lt;br /&gt; « Après quatre ans, je ne suis plus capable d’essayer d’entretenir un lien, de l’affection pour le petit.  Il faut que je le laisse aller, je ne suis plus capable d’endurer la situation, il faut que je le laisse aller. »&lt;br /&gt; «En tout cas, conserve tous tes papiers pour t’expliquer avec lui le jour où il te reviendra. »&lt;br /&gt; J’en avais parlé avec une de mes amies, Marie Peters, qui se faisait traiter par lui.  Elle n’a pas compris au début.&lt;br /&gt; « Mais c’est un gentil garçon, rien de plus, un gentil huteaudeau, c’est tout.  Il me parle de ses petites amies. »&lt;br /&gt; « Je sais bien Marie Peters, mais je le crois, je ne sais pas, un peu trop investi dans ses massages. »&lt;br /&gt; « Il y a quelque chose de très maternel, en lui, ma chère, c’est d’ailleurs ce que l’on recherche chez un masso.  Tu te fais toute une histoire avec cela. »&lt;br /&gt; « Tu as raison, mais cela me dérange. »&lt;br /&gt; Mladen revenait souvent dans la conversation, et elle m’a dit un jour : &lt;br /&gt; « Tu as peur d’être obligée de ne plus le voir, parce qu’il est devenu trop proche, trop important. »&lt;br /&gt; « Mais non, tu sais bien que je suis autonome, il y a des massothérapeutes plein la ville… » &lt;br /&gt; Je savais bien que c’était vrai.  Je commençais à le craindre, en quelque sorte. Nous devenions amis, et cela me posait question bien autrement qu’un simple thérapeute.&lt;br /&gt; C’est à force de lui faire confiance que je me suis ramassé avec un flash-back sur la table de masseur.  Au début cela n’avait l’air de rien.  Je suis entrée dans la pièce, et comme je me déshabillais, j’ai remarqué qu’il n’y avait qu’un drap, au lieu de deux, sur la table.  Merde, que je me suis dit, je suis déjà déshabillé.  &lt;br /&gt; « Mladen, je vois qu’il n’y a qu’un drap, pourriez-vous m’en apporter un autre ? »&lt;br /&gt; « Pardon, j’ai fait la lessive et j’ai oublié d’ajouter le second drap. »&lt;br /&gt; C’est un oubli très naturel, et puis il était unique thérapeute, pas dans une clinique. Je vois bien que ce genre de choses arrive.  Il me passe le drap à travers l’entre-ouverture de la porte. J’étends le drap toge, et puis le second, et je m’étends.  &lt;br /&gt; Mladen frappe à la porte de la salle de traitement, et je lui dis d’entrer.  &lt;br /&gt; « Je m’excuse encore une fois de cet oubli. »&lt;br /&gt; « Ce n’est rien. »&lt;br /&gt; Sauf que je crains de ne pas pouvoir respirer, que je crains mes réactions qui vont surgir, monter en flèche.  Je ne suis plus sûre de ce qui va venir, tout d’un coup.  Je lui dit : « Sauf que je suis en train de faire un flash-back. »&lt;br /&gt; « Est-ce que tu voudrais que je sorte ? »&lt;br /&gt; « S’il vous plaît. »&lt;br /&gt;Mladen sort, mais je ne suis pas plus capable de faire face à mon problème.  Les flashs continuent, et il ne semble pas avoir de solution immédiate, bordel.  Je rappelle Mladen.&lt;br /&gt; « Disons que je vais essayer de tenir le coup.»&lt;br /&gt; « Est-ce que tu désires toujours poursuivre le traitement pour aujourd’hui ? »&lt;br /&gt; « Oui, oui. »&lt;br /&gt; « Y a-t-il quelque chose de plus que je peux faire ? »&lt;br /&gt; « Non.  Je veux juste t’avertir qu’il m’arrive de faire des crises d’angoisse dans des situations comme celles-ci, je ne peux pas prévoir.  Elles arrivent de nulle part, et elles repartent tout d’un coup, et il n’y a rien à dire, rien à faire, finalement.  Mais elles peuvent être violentes, je pourrais me mettre à trembler si fort que je claquerais des dents, que je craindrais de tomber en bas de la table de traitement.  Je ne me suis jamais blessée, par contre.  Mais je ne crois pas actuellement que ce soit à craindre. »&lt;br /&gt; J’ai poursuivi le traitement, et je faisais vraiment attention pour cacher mon sentiment le plus possible, pour retenir le flot, pour l’endiguer.  Une fois rhabillée, je lui ai expliqué : « Je sais d’expérience qu’il est possible que j’ai une réaction après coup.  Il y en a deux possibles qui sont pertinentes à mon prochain rendez-vous.  Soit que tout ira bien, et que je vais pouvoir revenir.  Soit que ma réaction sera moins prévisible, et que je trouve difficile de revenir.  Il y a deux possibilités à ce moment-là.  Soit que je vais avoir besoin de te téléphoner pour t’avertir de ce qui se passe, parce que je pourrai identifier des besoins spécifiques et clairs.  Soit que je te dirai au téléphone qu’il soit possible que j’aie un flash-back en m’en venant, ce qui veut dire que je pourrais possiblement être en retard, ou annuler à la toute dernière minute.  Voilà. »&lt;br /&gt; « Je voudrais une fois de plus m’excuser… »&lt;br /&gt; « Il n’y a vraiment pas de quoi, Mladen.  Je veux dire que ce n’est pas de ta faute.  Ce n’est pas plus de ta faute que si j’avais une allergie rare, dont je ne t’avais pas parlé, que tu ne connaissais même pas, et que ton eau de Cologne aurait provoqué.  Tu t’es comporté d’une façon parfaitement ordinaire, parfaitement adéquate. Ce qui arrive devait arriver, voilà tout. »&lt;br /&gt; Lorsque je suis sortie de la salle de traitement, le prochain patient de Mladen attendait déjà.  Il avait les yeux rivés, bien sûr, sur la porte de la salle de traitement.  Je me suis dit qu’il avait l’air un peu inquiet, avec le dos très droit au lieu de s’affaler sur le divan, et le regard qui embrassait tout d’un coup.  Je me suis dit aussi qu’il s’était trompé sur la nature du massage, car il mangeait Mladen des yeux.  Ce n’était pas la première fois, je m’imagine que Mladen avait l’habitude d’expliquer la nature de son travail aux gens d’une ville qui n’avait encore pas son petit massage parlor, services de détente pour hommes d’affaires surmenés.  Ce n’est que lorsque j’ai été sortie de la clinique que j’ai poussé un profond soupir de soulagement.  Il m’avait fallu tout mon petit change pour maintenir la façade, pour empêcher tous ces souvenirs de me submerger.  J’ai pris un café très fort dans le premier restaurant que j’ai vu, très fort, avec quatre sucres.&lt;br /&gt; Cela ne m’aura pas pris très longtemps.  Après deux ou trois jours, j’ai été obligé de lui téléphoner.  Ce qui s’est passé en moi, je l’ignore, mais tout ce temps que je croyais que nous étions purement platonique, je m’étais vraiment trompé d’adresse.  &lt;br /&gt; « Je voulais juste t’avertir que mon angoisse avait continué d’augmenter, donc il est possible que je ne me présente qu’en retard, ou même pas du tout, je ne peux pas prédire ce qui va se passer. »&lt;br /&gt; Le vrai problème, c’est que je voyais cette étape de le laisser me voir en flash-back, en crise d’angoisse, comme un maladif pas en avant dans notre intimité.  Je serais aussi intime avec lui, après, que si nous avions fait l’amour, plus même parce que je pourrais faire l’amour sans que le gars n’entende parler de rien, mais une massothérapie, cela requiert autre chose.&lt;br /&gt; En me rendant à pied, j’ai du m’arrêter pour ne pas perdre connaissance deux ou trois fois.  Dans le quartier des affaires, trouver ou s’asseoir inopinément, faut le faire.  Je me suis juchée deux fois sur les petites bordures de rien des vitrines, peut-être un pouce de large en tout et partout, sans compter la barre de poussière que je m’attendais à voir sur ma jupe bleu marin.  J’ai pris deux ou trois profondes respirations la main sur le bouton de porte, et j’ai chancelé en entrant.  Mladen s’est levé de derrière le bureau de réception dès qu’il m’a vu.  J’ai rencontré son regard, et j’ai été obligée de m’asseoir sur la dernière marche de son entrée.&lt;br /&gt; « Est-ce que cela va ? »&lt;br /&gt; « Oui, Mladen, c’est juste que je suis faible.  Il m’arrive d’avoir les jambes faibles quand je suis angoissée. »&lt;br /&gt; « Veux-tu que je t’aide ? »&lt;br /&gt; « Non, merci.  Écoute, en général, je reste consciente peu importe les manifestations d’angoisse, mais je te dirai ce que tu auras à faire. Ne t’inquiète de rien, je te dirai ce dont j’ai besoin.  Il se peut que cela me prenne du temps à pouvoir te le dire.  Il se peut que je ne puisse pas parler ou comprendre, mais cet état est temporaire. »&lt;br /&gt; Mladen, Mladen, Mladen, je te cherche mais je ne sais pas où tu es maintenant.  J’aurais voulu n’importe quoi plutôt que de voir tout à coup que tu étais disparu.  J’ai été avec toi jusqu’à la fin, bien sûr, mais je me sens encore comme si tu n’étais que déménagé ailleurs, je ne sais pas comment dire.  Après six mois, je suis tout de même passé devant la devanture de ton ancienne clinique, et cela m’a fait un coup de voir que la pancarte n’y était plus, même si un nouveau masso y était.  On a du vendre ton ordinateur, ta table, tout l’ameublement de tes locaux en même temps, sans compter la clientèle qui te restait après ta maladie.  J’aurais voulu passer au second, dire bonjour à ta mère, mais je ne savais que trop bien que je n’existais plus pour elle, Rose Milanovic, coiffeuse et propriétaire de l’édifice.  Aux premiers jours, jusqu’à ton camion lui appartenait, c’est tout juste si tu n’allais pas encore chez elle faire ton lavage.  Je ne fais que revoir nos moments ensemble, et je ne sais que regretter ce qui s’est passé ensuite.  Je voudrais croire en Dieu, il me semble, cela me réjouirait, cela me réconforterait, je pourrais au moins croire que je te reverrais vaguement, un jour.  Mais je suis une de ces femmes qui ne sont pas capables de conserver le souvenir sans avoir la présence physique.  Ce que j’ai le plus aimé, le plus chéri, en toi, c’est ton corps, c’est ta force, c’est ta santé, mon chéri, et c’est encore cela qui me manque le plus.  Bien sûr, c’est que tu m’as aimé avec ton corps, c’est que tu m’a embrassée toute entière, qui fait que je t’ai aimé, mais sans ta présence, son odeur, le goût de ta salive sur mes lèvres, je ne sais pas si je peux te rester fidèle, rester fidèle à ta mémoire.   Je voudrais sentir à nouveau la chaleur de ton corps les matins d’hiver, où je me blottissais les orteils contre toi.  Je voudrais pouvoir à nouveau repasser mes mains sur ta poitrine, sur tes hanches, sur tes cuisses.  Je voudrais te traiter de paresseux, à nouveau, parce que tu ne me laissais pas quitter le lit pendant des fins de semaines entières…&lt;br /&gt; Mais il faudrait bien que je me rende au moins jusqu’à la première fois que nous avons fait l’amour.  Comme je le craignais, je me suis mise à faire de l’angoisse devant Mladen. J’ai compris, plus tard, pourquoi j’avais fait ces angoisses: c’est que je sentais bien l’attirance grandir, mais j’en avais peur, elle ne me convenait pas, je voulais me voir ailleurs, et pourtant je poursuivais toujours le traitement. À part le fait que je me suis écrasée en essayant de me rendre au comptoir, j’étais en train d’écrire son chèque lorsque je me suis sentie partir.&lt;br /&gt;« Est-ce que çà va, veux-tu que… »&lt;br /&gt;Et moi de dire : « Oh, oh, oh… »&lt;br /&gt;« Dis-moi ce que je peux faire… » &lt;br /&gt;Mais Mladen avait déjà raté l’occasion, je me suis ramassée à genoux, je n’ai pu que regarder le comptoir me passe devant les yeux à la verticale, à mesure que mes genoux fléchissaient.  Je me suis retenue sur le plancher, à deux mains, et je ne pouvais que haleter.&lt;br /&gt;« Est-ce que tu as besoin d’aide? Puis-je te soutenir ? » A dit Mladen.&lt;br /&gt;« Non, non. Surtout pas, je vais en revenir, ce ne sera pas long. »&lt;br /&gt;« Laisse-moi t’aider à t’asseoir, au moins. »&lt;br /&gt;« Non, non, cela va. »  &lt;br /&gt;Je me relève difficilement, je chancelle à mi-chemin, mais je suis toujours bien revenue sur pied.&lt;br /&gt;« Je vais me changer, » dis-je, en essayant d’avaler pour me soulager la gorge.  J’ai chancelé.&lt;br /&gt; Lorsque Mladen est entré, j’aurais voulu le préparer, lui dire quelque chose, mais non.  Les tremblements ont commencé tout de suite, c’est comme si je tombais dans un trou noir et profond.  Mes mains tremblent, mais tout de suite les tremblements deviennent plus violents, et ce sont les mains entières qui s’agitent comme de la guenille.  J’essaie de me retenir, je serre les dents, j’ai au début l’impression de simplement frissonner, mais cela continue d’empirer.  Ma mâchoire raidit, et puis mes dents se mettent à claquer.  Pas discrètement, mais le genre de claquement que l’on entend à trois pas de distance.  Des castagnettes.  Les jambes elles aussi tremblent, puis s’agitent de mouvements que je ne contrôle pas.  Là j’ai dit :  &lt;br /&gt;« Il se peut que je tombe en bas du lit. »  &lt;br /&gt;A ce moment-là, Mladen a étalé ce qu’il avait de couvertures et de coussins autour de la table, sans rien dire.  Il n’en avait pas assez pour faire le tour de la table de traitement, mais il n’est pas sorti.  Il a du craindre de me laisser seule.  Là c’est tout mon corps qui s’est mis de la partie, j’ai rebondi depuis les hanches sur la table, les épaules aussi, rien de synchroniser, comme un épileptique ou comme un pantin dont on saisit les ficelles tout à coup, pour ne les relâcher et les reprendre, sans arrêt.  J’ai dû me mettre à tanguer.  J’ai entendu un bruit sourd, mais c’est juste si je l’ai entendu. Après coup, j’ai bien vu que Mladen avait repoussé une chaise juste avant que je ne me ramasse au sol.  Cela n’a pas interrompu mes violents tremblements, mais une fois par terre, j’ai perdu le fil des évènements.  Mladen m’a parlé mais je n’entendais que des jappements, comme si les fils échancrés des écouteurs m’empêchaient de l’entendre de façon suivie.  Je tremblais, je tremblais, et puis j’ai saisi les draps autour de moi et je me suis précipité contre le mur du fond, dans le coin, et je crois bien avoir essayé de me faire la plus petite possible.  Encore des jappements, mais cette fois, à force de répétition, j’ai bu qu’il me parlait.  C’était des mots, mais je ne les reconnaissais pas.  J’ai pense un instant qu’il me parlait en anglais.  J’ai dit : &lt;br /&gt;« Je ne comprends pas. »  &lt;br /&gt;Je tremblais, je tremblais, je parlais avec peine, les mâchoires me claquaient toujours.  Et puis j’ai entendu Mladen dire : &lt;br /&gt;« Puis-je venir près de toi ? »  &lt;br /&gt;« Non, non, non. » &lt;br /&gt;J’ai crié ma réponse.  Il est sorti.  J’avais froid, mais j’étais toute rouge, je continuais d’haleter.  Mladen est venu près de moi, et il a lancé sur moi une couverture.  Il l’a lancé comme on lance un filet de pêche, afin de ne pas me toucher.  Il s’est accroupi pour être à ma hauteur, mais il n’a pas avancé.  Il m’a regardé m’enrouler dans la couverture.  Il a compté mes respirations, et il a dit :  &lt;br /&gt;« C’est mieux, Mim, tu va mieux.  Tu es très brave, tu vas aller mieux. » &lt;br /&gt;J’évitais de le regarder, j’avais peur de rencontrer ses yeux, j’étais gêné de toute cette aventure.  &lt;br /&gt;« J’ai un peu soif. »&lt;br /&gt;Mladen est revenu avec un verre d’eau, et aussi une débarbouillette trempée. Quand j’ai pris le verre, j’ai touché un peu sa main avec la mienne.  J’ai bu.  Il a dit : &lt;br /&gt; « Bravo, tu es très forte, bravo, ma chère petite Mim. »  &lt;br /&gt;A cinq pieds et dix, je n’avais pas eu grand monde dans ma vie pour m’appeler « Ma belle petite. » Il a dit :  &lt;br /&gt;« Lorsque tu seras plus remise, étends-toi pour te reposer. »  &lt;br /&gt;J’ai déposé le verre de carton à côté de moi, je me suis étendue tant bien que mal, enroulée dans mes draps et ma couverture, mais il n’y avait que ma tête qui dépassait.  J’ai fermé les yeux.  Il a posé doucement la débarbouillette sur mon front.  L’eau était fraîche, cela m’adoucissait la vie.  Il l’a reprise, et il l’a reposé sur le coté de mon visage.  Il a recommencé.  Et puis, j’ai senti la chaleur sur une joue.  Il m’a embrassé le coté qu’il venait d’éponger.  Je n’ai pas osé ouvrir les yeux, j’étais au bord des larmes, confuse, et épuisé, et épeurée, tous ces évènements me dépassaient.  Et puis, presque en réflexe, je l’ai cherché avec ma main.  J’ai trouvé sa main, il a du encore une fois la poser près de moi que je puisse la trouver à tâtons.  J’ai dit : &lt;br /&gt;« Merci. »  &lt;br /&gt;Il a renversé sa main, de sorte que ma paume était sous la sienne, et il a posé son autre main sur le dos de ma main.  J’étais embrassé.  Il a dit : &lt;br /&gt;« Je t’aime, Mim.  Je ne voulais pas te le dire, mais maintenant, cela faisait de longs instants que je le sentais, et puis, le moment est venu où cela ne m’appartenait plus. »&lt;br /&gt; Comment ne pas répondre à un homme comme celui-là ?  Car c’est tout ce qui s’est passé ce jour-là.  Il est resté assis à coté de moi pendant une grosse heure que j’ai mis à me remettre.  Et puis, il est sorti, sans rien dire de plus, que je puisse m’habiller.  Il m’a demandé un taxi, que je puisse rentrer directement chez moi sans danger.  J’ai voulu lui dire quelque chose, mais il a dit : &lt;br /&gt;« Non, rien de plus, ma chère.  Tu en as eu beaucoup à absorber aujourd’hui.  Nous reparlerons de tout çà quand tu seras reposée. » &lt;br /&gt;Il m’a demandé de lui téléphoner pour lui dire que j’allais bien.  Il m’a donné son numéro de téléphone.  Je suis repartie dans le taxi emmitouflée dans sa tuque et son foulard.  Ils sentaient bon le bois de santal.  Je ne savais plus quoi penser.  Je lui ai téléphoné, mais j’ai été bien contente de n’avoir affaire qu’à son répondeur.  Il n’a pas rappelé.  Je le soupçonne d’avoir laissé le répondeur prendre l’appel, pour ne pas me surcharger.  Mais j’étais obsédée, je ne pensais qu’à lui, j’étais confuse, je ne savais plus quoi penser.&lt;br /&gt; Mais j’en ai parlé à tout le monde.  Avec mon amie Marie Peters, en commençant.  &lt;br /&gt;« Marie Peters, il a dit qu’il m’aimait. »&lt;br /&gt;« Quoi ? »&lt;br /&gt;« Mais oui, il l’a dit. »&lt;br /&gt;« Mais qui ? »&lt;br /&gt;« Mais Mladen, mon masso. »&lt;br /&gt;« Ton masso? »&lt;br /&gt;« Mais oui, mais oui, mais oui. »&lt;br /&gt;« Écoute, tu ne vas pas le revoir, maintenant qu’il t’a fait des aveux pareils ! »&lt;br /&gt;« Je pense que je l’aime, moi aussi. »&lt;br /&gt;« Hein?  Tu ne m’as jamais parlé de lui en ses termes-là, tu veux t’éclater, c’est tout. »&lt;br /&gt;« Et puis, si c’était tout ? »&lt;br /&gt;« Mais çà ne tient pas debout, Mim, écoute, tu n’y verras goutte, tu ne peux pas te lancer dans une aventure pareille! »&lt;br /&gt;« Je veux au moins voir où cela va me mener, tu vas m’accorder cela, au moins. »&lt;br /&gt;« Mais tu ne le connais même pas, lui as-tu fais la conversation, une seule fois, même ? »&lt;br /&gt;« Mais si, pendant le traitement… »&lt;br /&gt;  « Pendant le traitement !  Est-ce que vous êtes capable de vous parler en dehors de la clinique, seulement ? »&lt;br /&gt;« Mais oui, mais oui, il m’aime, que veux-tu ? »&lt;br /&gt;« Quel genre d’homme, avec quelle maturité, te dirait des choses pareilles dans un contexte professionnel ! »&lt;br /&gt;« Mais je te dis que je ne veux pas l’épouser, je veux juste… »&lt;br /&gt;  « Tu veux juste coucher avec c’est çà, j’ai très bien compris. Mais pourquoi, tout d’un coup? Cela fait combien d’années que tu es célibataire? » &lt;br /&gt;Soudain, j’ai vu qu’elle avait compris.  &lt;br /&gt;« Tu as peur de ne jamais pouvoir faire confiance à quelqu’un d’autre, c’est çà, hein.  Tu as du faire confiance parce que tu t’es laissé prendre au jeu, et maintenant tu te dis que voilà ta seule chance.  C’est çà, hein, J’ai bien compris? »&lt;br /&gt;Je n’ai pas répondu.  Je n’ai que repris ma sacoche, et je suis reparti sans finir mon café.&lt;br /&gt; Mais Marie Peters avait tort, j’avais vraiment trouvé quelqu’un de bien, un homme rare et unique dans son genre, et nos prochaines rencontres l’ont bien prouvé.&lt;br /&gt; D’abord, j’ai voulu faire un traitement de plus.  Mais plus le temps passait, plus je ne pouvais pas sentir la possibilité de le revoir.  Et puis, l’angoisse ne faisait que grandir. Finalement, j’ai laissé un message comme quoi je ne pouvais pas conquérir mon angoisse suffisamment pour le rencontrer.  Je me suis trouvé un autre masso, plus efficace encore.  Dès que j’ai vu Carlo, que Marie Peters m’avait recommandé, je me suis dit : « Celui-là en tout cas, je ne tomberai pas en amour avec. »  Marie Peters approuvait le tout, hein. Carlo était excellent, mais très court, très mince, très nerveux.  Tout allait bien jusqu’à ce qu’il se marie, et alors Carlo est parti en voyage de noce pendant un mois, au Chili avec son épouse.  Pour le remplacer, il a pris, vous l’avez deviné, Mladen.  Ouf!  Quand je l’ai su, j’ai fait la grimace sur la table de traitement.  Je me suis dit que le sort faisait en sorte que je ne pouvais faire autrement que de faire face à lui, de régler ce qu’il y avait entre nous.&lt;br /&gt;J’ai décidé de voir si je pouvais en fait me laisser traiter par lui.  Pendant l’absence de Carlo à la Noël, je me suis blessé et j’ai téléphoné à Mladen pour un rendez-vous.  J’ai obtenu le répondeur.  En me rendant l’appel, lui aussi m’a laissé un message à la boîte vocale, offrant de me conseiller puisqu’il ne pouvait me recevoir.&lt;br /&gt;« Je me suis blessé en faisant de l’haltérophilie. »&lt;br /&gt;« As-tu de la misère à respirer ? »&lt;br /&gt;« Non. »&lt;br /&gt;« Alors ce doit être les muscles de l’épaule, il faut faire les étirements dans le cadre de porte. »&lt;br /&gt;« Ah, oui ? »&lt;br /&gt;« Oui, oui, c’est cela. » &lt;br /&gt;« Bon. »&lt;br /&gt;« Si tu veux, après Noël, je vais pouvoir te recevoir. »&lt;br /&gt;« Bon, je verrai. »&lt;br /&gt;J’ai eu assez mal dans le dos pour lui demander le traitement.  J’ai laissé un message le jour de Noël, et puis il m’a rappelé le lendemain.&lt;br /&gt;« Mais qu’est que vous faites au bureau le lendemain de Noël, vous avez droit à vos vacances ! »&lt;br /&gt;« Je ne faisais que passer au bureau. »&lt;br /&gt;Mais je me suis dit qu’il était rentré juste pour me parler.  J’avais su par Marie Peters qu’il avait une petite amie, très jeune, et très jolie, avec une longue chevelure frisée.  &lt;br /&gt;Je suis revenu faire un traitement de plus.  La situation était vraiment difficile pour nous deux.  Je suis entrée, et j’ai dit bonjour, et il m’a dit bonjour.  Mais il est resté derrière son comptoir, il n’a rien dit de plus.  A cause du froid, j’avais les lunettes embuées, et je ne le voyais pas bien.  Il ne disait rien parce qu’il ne savait pas quoi dire.  J’avais décidé de le payer d’avance, contrairement à mes habitudes.  Comme cela, je pourrais crisser mon camp dès que je voudrais, si les choses se passaient mal.&lt;br /&gt;Je me suis déshabillée, je me suis étendue sur la table de traitement.  Quand Mladen est entré, j’ai demandé la couverture, parce que je trouvais les draps un peu transparents, et parce que cela moulerait les formes un peu moins.  Il ne m’est jamais venu à l’idée qu’il les connaissait déjà, mes formes.  &lt;br /&gt;Je me fermais toujours les yeux pendant les massages, pour me concentrer sur les sensations.  Mais cela avait aussi l’effet sur Mladen de le rassurer, de le faire croire qu’il était parfaitement en sécurité, que je ne pouvais pas discerner ses sentiments parce que je n’observais pas son visage. Plus tard, lorsqu’il a compris à quel point je pouvais être vigilante, il a bien ri: de lui-même, et aussi de moi.  Mladen a tenté d’entreprendre la conversation, mais j’ai coupé court.  &lt;br /&gt;« Comment s’est passé ton Noël ? »&lt;br /&gt;Au lieu de m’étaler longuement sur les Fêtes, j’ai tout simplement répondu :&lt;br /&gt; « Bien, merci. »  &lt;br /&gt;Je ne lui ai pas demandé des nouvelles des siennes, ni de ses parents, ni de son frère, ni rien.  Il a entrepris un silence à peu près complet pour le reste du traitement.  Ce n’est qu’après quelques minutes que je me suis admise que j’étais en fait venu pour vérifier si ses sentiments existaient toujours pour moi.  C’est comme si j’avais essayé de poser sa main sur sa poitrine pour en juger les battements de son cœur.  La première fois que j’ai sondé, intuitivement, et bien, je n’ai rencontré qu’un mur en lui.  Mais après quelques minutes, il s’est détendu, et j’aurais juré que j’entendais ce qu’il pensait.  Avant d’entreprendre le massage de la fascia pectorale, il a pensé : « Non, mais quelle femme ! »  Je l’ai senti, je ne sais pas pourquoi. Lorsque je me suis reviré sur le dos, il a pousse un soupir de soulagement. Comme s’il était encore plus opaque à mon regard.  Lorsqu’il travaillait les trapèzes en grands mouvements suivis, harmonieux, il s’est rappelé à quel point j’aimais cette partie-là du massage.  &lt;br /&gt;Par contre, le massage qui durait habituellement plus d’une heure et demie s’est terminé très exactement au bout de soixante minutes.  « Et voilà », a-t-il dit.  Je suis restée un peu bête.  Il m’a montré à nouveau des exercices, et mon regard a encore une fois glissé le long des échancrures de ses vêtements pour admirer le teint parfaitement uni et le velours de sa peau.  Il avait mis des mèches dans ses cheveux, cela lui allait très bien.  Dès qu’il a repassé derrière côté de son comptoir, je me suis sentie plus en sécurité.&lt;br /&gt;« Tu sais, je regrette beaucoup que je n’ai pas pu revenir plus tôt, me faire traiter par toi, je regrette beaucoup que ma situation soit telle que… »&lt;br /&gt;« Aucune raison de t’excuser, aucune raison de t’expliquer, même… »&lt;br /&gt;Il avait le visage serein, mais je savais bien que ses sentiments étaient toujours là.  J’ai vu sur son bureau la photo de sa petite amie, et je me suis dit que la relation avait du progressé plus loin pendant mon absence de six mois.  C’est lorsque je me suis dit que j’avais manqué ma chance, que j’ai perdu le fil complètement de ma situation.  Je me suis mise à pleurer avant même que je ne puisse me ressaisir, et j’ai porté mes deux mains à mon visage.  J’ai chancelé un peu, et je me suis mise à chercher la sortie, mais je n’y voyais goutte, mes souliers étaient loin, à côté de la porte.  J’essayais vainement de forcer mon pied droit dans le soulier sans en défaire des lacets, je me suis penché, et j’ai entendu comme de très loin la force de mes sanglots, la force de ma souffrante solitude.  En essayant de me relever, je lui ai rentré dans le corps, il avait avancer vers moi pour me donner un Kleenex.  J’ai failli tomber, il m’a rattrapé, et je me suis laissé fondre contre sa poitrine.  Ah !  J’ai senti là toute la douceur qu’il pouvait avoir pour moi, toute la tendresse, toute la chaleur.  Ses bras m’ont enlacé, et j’ai pleuré dans ses bras quelques minutes.  Tout à coup, j’ai senti des baisers légers se poser dans ma chevelure.&lt;br /&gt; « J’aime çà quand tu embrasses mes cheveux. »&lt;br /&gt;Mladen a passé la main sur mon front, et puis il a enlevé les cheveux qui me collaient au visage.  Je me suis mouché, et puis, il a posé la main sur ma joue.  Les genoux m’ont lâché tout de suite et Mladen a dû me soutenir par les coudes.  Plus tard, Marie Peters a dit : &lt;br /&gt;« Était-ce extraordinaire à ce point son toucher? »&lt;br /&gt;« Mais non, épaisse, c’est que j’avais peur.» &lt;br /&gt;« Tu l’as embrassé, tout de même. »&lt;br /&gt;« Ben non. C’est venu plus tard. Je l’avais fait attendre pour son premier French.»&lt;br /&gt;Il m’a demandé d’aller prendre un verre avec lui, deux soirs plus tard.  J’ai dit oui, surtout parce qu’il m’avait demandé par courriel, et que c’était plus facile de penser &lt;br /&gt;à lui, de prendre des décisions, quand il n’y était pas.  Car il existait maintenant pour moi… Tant qu’il me massait alors que j’avais les yeux fermés, tant que je ne lui parlais que lorsque j’étais habillée et debout, en quelque part il n’existait pas pour moi.  Je ne peux pas expliquer ce que c’était au juste, mais cela m’est toujours resté.  Luc, lui, il n’a jamais existé pour moi.  Je n’ai jamais établi la communication entre sa réalité physique et qui il était.  Cela m’a coûté cher. Mais Mladen, lui, s’est imposé, il a existé pour moi. &lt;br /&gt; Nous sommes allés à un bar très ordinaire, un bar écossais loufoque dans un hôtel hyper anglo-saxon, où les serveurs portaient des vestes carreautées, mais oui.  Du tartan de Balmoral, c’était le bar Balmoral.  Mladen avait offert de venir me prendre, mais j’avais refusé.  Je voulais absolument tout contrôler, je ne voulais pas me retrouver avec lui dans sa voiture, stationnée quelque part, non.  Je ne voulais pas faire la lutte gréco-romaine dans la voiture parce que je voulais descendre sans l’embrasser.  Je voulais le revoir, mais je ne voulais pas qu’il me touche.  &lt;br /&gt;Je suis arrivée la première, malgré le fait que je déteste faire le piquet dans un bar, pour pouvoir choisir les tabourets plutôt que les tables.  Balmoral était encore plus mal illuminé que je ne pensais.  Mladen est arrivé, il m’a embrassé sur les lèvres comme si nous sortions depuis longtemps.  Il m’a paru encore plus grand que d’habitude, ses mains étaient immenses, il en posa une naturellement sur le bar, alors qu’il tenait de son autre main l’auriculaire et l’annulaire de ma main droite.&lt;br /&gt; Moi, et bien, je m’étais changée trois ou quatre fois avant de me décider, et puis, j’avais au coin gauche de la lèvre inférieure un feu sauvage.  OK, j’avais bien mis mon soutien gorge a dentelle noire sous un haut découpé, mais j’avais mis une veste en denim par-dessus.  Il s’est commandé une bière, une Gueuse.  Je remarquais tout de lui. Il sentait bon.  Ses pantalons moulaient ses hanches.  Il portait un chemisier Polo, je n’aurais pas cru qu’il pouvait se le permettre, la couleur m’a fait remarqué la couleur de ses yeux.  J’avoue que j'étais secrètement soulagée de voir qu’il ne portait pas de boucles d’oreilles ou de collier, ni même de bagues comme tant d’autres.  Il avait aussi de petites lunettes que je ne lui connaissais pas.  Je l’épiais avec les yeux du cœur.  Je l’espérais depuis toujours, un homme qui me comprendrait, mais je le craignais aussi.&lt;br /&gt; « Je suis fier de te voir, Mim, j’avais hâte de te revoir, de voir comment tu allais. »&lt;br /&gt; « Bien, merci. »&lt;br /&gt; J’avais l’esprit comme un fouet, c’était évident.&lt;br /&gt; « Toi, comment çà va ? »&lt;br /&gt; « Bien, très bien. Comment t’es-tu remise de ton dernier traitement ? »&lt;br /&gt; Je voyais bien qu’il passait tout de suite du tac au tac.  Il m’avait envoyé un courriel et laissé plusieurs messages sur ma boîte vocale, mais je n’avais pas répondu.  Pourquoi, mon Dieu, avais-je accepté alors de le rencontrer ? &lt;br /&gt; « Bien, merci. »&lt;br /&gt; Encore ! &lt;br /&gt; « Tu as bien dormi, tu as bien mangé, tu as de l’énergie, tu te sens bien ? »&lt;br /&gt; Dormir, c’est quoi çà? Hier soir, pas question. Les soirs d’avant aussi, mais moins pire.  Je me sentais au bord du précipice.  Je ne savais plus où regarder.  Alors j’ai regardé autour de moi.&lt;br /&gt; « Je ne voudrais pas, Mladen, que l’on sache ce qui s’est passé. »&lt;br /&gt;Merde, je venais de l’accuser d’inconduite professionnelle.  Pas l’ombre d’un doute n’a passé dans ses yeux, par contre.  Il savait lire le fond de mon âme.  Sa grosse main est allée chercher mon autre main, il a joint nos deux paires de mains.  Mes mains étaient bien, au chaud, entre les siennes.  De belles paumes sèches et chaudes.  Il m’a regardé bien dans les yeux.&lt;br /&gt; « Même si je n’étais pas fou de toi, je conserve la confidentialité absolue en ce qui regarde ma clientèle. »&lt;br /&gt; « Passée ou présente ? »  &lt;br /&gt; Cela m’a échappé.  J’aurais voulu rattraper les mots, mais il était trop tard.&lt;br /&gt; « Je vais te recommander Carlo, mon associé, il est excellent.  Je pense qu’à certains points de vue il sera mieux que moi, son approche professionnelle est extrêmement réservée – un finlandais, tu vois, plutôt qu’un latin. »&lt;br /&gt; « Alors je ne te reverrai pas. »&lt;br /&gt; Il m’a serré les mains. Il a souri.&lt;br /&gt; « Pas professionnellement, pas maintenant.  Avec ce que je t’ai dit… » &lt;br /&gt;Quel merveilleux sourire il avait tout d’un coup, des dents très blanches, rares chez un européen, mais les lèvres… très belles tout d’un coup.  Un héros de roman Harlequin. J’étais dans un roman Harlequin.&lt;br /&gt;« …Je me suis dit que nous nous verrions comme ce soir, à l’avenir. »  &lt;br /&gt; Il a pris ma tête très doucement entre ses grandes mains, au toucher si délicat qu’il me faisait frissonner, à penser à quel bon amant il ferait, il a passé le pouce sur mon sourcil.  Sa bière est arrivée, il m’a sourit à nouveau, il a relâché une de mes mains, mais pas les deux, je voulais retourner au contact plus complet, j’ai éprouvé la nostalgie du moment d’il y un instant.&lt;br /&gt;Et puis, nous avons parlé de tout et de rien.  La soirée s’est vite passée.  J’ai oublié mon feu sauvage.  Mais je ne voulais parler de rien d’intime.  Le chômage chez les jeunes. Nous avons parlé de voyages, et je me suis rendu compte qu’il ne connaissait que sa terre natale, et le Canada.  J’avais voyagé beaucoup plus que lui.  Et puis, il m’a proposé de prendre une liqueur fine de son pays, et nous avons passé en revue les liqueurs travaillées du bar.  Quoique je boive très peu, je connaissais le goût de plusieurs d’entre elles, presque toute comparé à Mladen.  Tout à coup, je me suis vue comme il me voyait, plus sophistiquée que lui, je l’éblouissais.&lt;br /&gt; C’est que je me mise à le désirer très intensément.  Je sentais tout de lui, le regard, la peau des mains, mon regard glissait partout sur lui, la carrure des épaules, les longs cils, la barbe forte, je me demandais s’il avait la poitrine velue ou satinée.  Quand Mladen a appuyé le genou contre ma cuisse, je n’ai pas bronché, je n’ai pas fait signe que je le sentais, même.  Mais quand la musique du bar s’est mise à jouer Soul to Soul, j’ai fermé les yeux, un instant, le temps d’absorber les rythmes. Mladen m’a attiré vers lui, son genou a glissé le long de ma cuisse, mais je résistais, j’ai gardé une fesse -- ben, un quart de fesse-- sur le tabouret.  Il m’a embrassé.  J’ai gardé les lèvres bien serrées, cela ne fait rien, il m’a caressé délicatement le tracé de la lèvre supérieure.  Il a posé sa paume chaleureuse sur mon sternum, sur la peau elle-même.&lt;br /&gt;«On part, hein?»&lt;br /&gt; J’ai sorti un bill de cent pour payer la note de huit piastres. Je ne faisais plus attention. Il s’est levé, il a passé devant moi, sa démarche était un peu drôle.  Avec l’air frais de l’extérieur, c’est la peur qui a pris le dessus. Quand il m’a murmuré à l’oreille : &lt;br /&gt;« Sais-tu à quelle point tu es belle ! »  &lt;br /&gt;J’ai répondu, stupidement:  &lt;br /&gt;« Ben, non.  Belle, c’est Cindy Crawford, c’est Julia Roberts, il y en a de bien plus belles que moi. »  &lt;br /&gt;«La différence, Mim, c’est que toi, tu es une vraie femme, pas une figure de rêve, tu as de belles mains, de belles jambes, de très beaux yeux… »  &lt;br /&gt;Il m’embrasse le cou, il pose des baisers à la verticale de mon cou, il descend, il descend.  Je me suis désenlacée.&lt;br /&gt; « Je vais rentrer, il est tard, raccompagne-moi à ma voiture, Mladen. »&lt;br /&gt; Il a retenu ma main, décidément, il savait ce qu’il voulait.  &lt;br /&gt; « Tu ne veux pas rentrer avec moi?  Ou bien, je peux rentrer avec toi. »&lt;br /&gt; J’avais la sueur qui me mouillait mes tempes.  Je ne voulais rien de plus au monde que de mettre mes mains sur ses flancs. Mais j’ai dit :&lt;br /&gt; « Non, écoute, je ne peux pas. Je suis fatiguée ce soir, j’ai une journée chargée demain.»&lt;br /&gt; Décidément, j’avais choisi de ne pas laisser une seule occasion passer. Il s’approche très près, mais sans me toucher. J’hume une fois de plus son eau de cologne. Je le désirais comme je voulais aspirer après avoir expirer.&lt;br /&gt;« Après notre soirée, tu peux rentrer chez toi toute seule, te déshabiller toute seule, prendre ta douche toute seule, te coucher toute seule, dormir toute seule, te réveiller toute seule, déjeuner toute seule?  Tu pourrais rentrer et dormir paisiblement, sachant qu’il y a un homme qui te désire et qui…»&lt;br /&gt;Je l’ai interrompu. &lt;br /&gt; « Oui, bien sûr que oui. » &lt;br /&gt;Je respirais à peine. &lt;br /&gt;  « Je n’en peux plus, j’ai trop peur. »&lt;br /&gt;« Je vois bien çà. »&lt;br /&gt;Mais je n’ai pas vu ce qu’il avait dans les yeux, parce que j’avais déjà tourné et je me dirigeais vers ma voiture. Ce n’est que la peur d’avoir encore plus honte qui a fait que je n’ai pas couru. Tant qu’il le fallait, tant que j’étais devant lui, tant que je devais être en sa présence, la force me retenait, la fierté aussi me gardait en place, m’empêchait de fondre.  Mais une fois un peu éloignée de lui, je respirais. Librement.  La poitrine étreinte par le désir, ce n’est pas une figure de style.  J’avais les côtes dans un étau.  Je me suis rendue chez moi, et j’avais l’impression de ne respirer que de depuis les épaules.  Je me suis déshabillée, j’ai pris mon bain, je me suis couchée.  Je n’ai pas vraiment dormi, je n’ai pas fermé l’œil.  Je ne pouvais même pas me masturber, j’en étais incapable. Je suis restée sur mon appétit. &lt;br /&gt;Je me suis remise à l’éviter pendant plusieurs jours, je ne savais plus qui j’étais. Je n’avais aucun fantasme, je n’avais jamais senti un tel désir. Quand je suis allée à la clinique pour mon massage avec Carlo, en entrant, j’ai trouvé Mladen, qui parlait avec la secrétaire.  Je me suis cachée le plus possible derrière la porte du garde-robe, pendant que j’enlevais bien lentement mes souliers. Je ne sais pas s’il a vu mon manège. Il a laissé passer. Il m’a laissé des messages, que je n’ai pas pris pour être bien sûre de ne pas l’entendre.&lt;br /&gt;C’est en plein milieu de mon kick qu’on a décroché le contrat avec Mabius, au bureau.  Ce n’est pas tant que c’était un gros contrat. C’est que c’était la première excuse légitime que j’avais.  Nous avons sorti ensemble, toute l’équipe, comme d’habitude pour les nouveaux clients. J’ai bu deux cognacs italiens, Vecchia Romagna, coup sur coup, sur un estomac presque vide. Je suis allée au téléphone publique, dans l’antichambre des salles de bain, et j’ai composé le numéro de Mladen, je le connaissais déjà par cœur. &lt;br /&gt;« Mladen, c’est Mim. »&lt;br /&gt;« Min, enfin ! Bonsoir, ma chérie, comment vas-tu ? »&lt;br /&gt;« Bien, bien, bien.  Je voudrais bien t’inviter chez moi.  Ce soir. »&lt;br /&gt;C’était dit tout d’un trait, je ne marquais pas les pauses.&lt;br /&gt;« Bien sûr, amour.  Es-tu chez toi comme c’est là ? »&lt;br /&gt;« Euh, non, on fête le contrat de Mabius, j’y serai dans une demi-heure. » &lt;br /&gt;« Tu es en voiture ? »&lt;br /&gt;« Non, je vais rentrer en taxi. »&lt;br /&gt;Je l’avais, ma voiture, mais je tremblais de tous mes membres, je n’allais pas me mettre derrière le volant dans l’état où j’étais…le cognac n’y était pour rien.&lt;br /&gt;« Je t’attendrai en bas si j’arrive avant toi. »  &lt;br /&gt;Je ne pense pas avoir répondu, à force de ne pas pouvoir respirer.&lt;br /&gt;Je suis arrivée avant lui, j’ai eu le temps de me changer, de mettre un gilet de coton blanc et mes shorts.  J’ai ouvert du champagne en entrant, j’en ai avalé deux verres sans l’attendre.  Je l’ai entendu arriver sur le perron.  J’ai couru à la porte.  J’ai ouvert la porte avec presque trop de force, la poignée a frappé le mur, la vitre a résonné.  J’ai croisé tout de suite son regard clair, comme une épée.&lt;br /&gt;Il m’a pris tout de suite dans ses bras et il m’a embrassé.  J’ai eu peur qu’il ne sente l’alcool sur mes lèvres.  &lt;br /&gt;« Comme tu es belle ce soir. »&lt;br /&gt;J’ai haleté sur le coup, ma cuisse a sursauté. Il a mis la main sur ma taille, il a senti la peau de mon flanc, il l’a caressé.  Je me suis collée contre lui et j’ai dit :  &lt;br /&gt;« Je suis prête… »  &lt;br /&gt;« Chut, chut…lentement. Je veux savourer. »&lt;br /&gt;Mladen m’a embrassé à nouveau.  Je l’ai poussé sur le divan, nous avons trébuché plutôt que nous avons marché.  Mais il a regardé la bouteille, le verre sur la table, celui que j’avais à la main, il m’a regardé sans rien dire prendre une gorgée de plus.  J’ai remis le verre sur la table, je me suis assise à califourchon sur lui, j’ai retiré mon gilet, je n’avais rien en dessous, j’avais la poitrine nue, je me suis collée contre lui.  Il m’a enlacé.  Il ne m’a pas embrassé.  Il me tenait dans ses bras.  Il ne m’embrassait pas.  Je me suis mise à lui embrasser le cou, à déboutonner sa chemise.  Il a retiré ma main.  Il m’a serré dans ses bras à nouveau.  Il me dit au creux de l’oreille :  &lt;br /&gt;« Je ne fais jamais l’amour avec une femme qui est saoule.  Non, non, Mim… »&lt;br /&gt;Alors que j’essayais de l’embrasser sur la bouche… &lt;br /&gt;« Ma chérie, tu es très belle et tu es très attirante, et je t’aime, tu le sais, je t’aime d’amour.  Mais je ne veux pas que tu regrettes quoi que ce soit. »&lt;br /&gt;Je ne l’ai pas cru, je me suis dit qu’il changerait d’idée.  Je suis restée collée contre lui, à lui embrasser le cou, à le serrer dans mes bras, mais il n’a jamais bronché. Il m’a laissé me reposer contre lui. Il m’a porté au lit et il m’a abrié. Il m’a embrassé, il m’a dit qu’il fermait la porte à clé, qu’on en reparlerait.  &lt;br /&gt;Marie Peters, après, à qui j’ai conté notre première nuit, me disaient toujours :  &lt;br /&gt;« Mais, vous avez fini par le faire, tout de même, hein ? »   &lt;br /&gt;Mais non, nous n’avons rien fait.  C’est après notre deuxième sortie qu’il m’a dit, éventuellement :&lt;br /&gt;« Viens donc, il est tard, on va aller se coucher. »&lt;br /&gt; J’ai dit que j’allais prendre mon bain.  Il ne m’a pas laissé toute seule, il s’est assis là pendant que je me suis lavé, il a vu tous ces petits bourrelets autour de ma taille que je n’aime pas. Moi, je chancelais, j’avais vide la bouteille de champagne à toute vitesse.  Je me suis couchée pendant qu’il se déshabillait, il m’a rejoint dans mon lit, il était nu, je l’ai senti tout de suite lorsqu’il m’a pris dans ses bras.  Il m’a caressé les cheveux.  Quand je me suis retournée, j’ai senti son érection sur ma cuisse, j’ai posé la main sur lui, et il a fait :  &lt;br /&gt;« Non, non, Mim, on peut dormir. »  &lt;br /&gt;  « Mais tu as envie, il faudrait bien…Je veux dire, tu ne peux pas t’endormir comme çà. »&lt;br /&gt;« Mais oui, cela va finir par s’en aller. »  &lt;br /&gt;Il parlait le français avec un accent, je l’avais remarqué un peu avant, mais cela m’apparaissait comme neuf.&lt;br /&gt;« Ne t’en fais pas. »&lt;br /&gt;« Mais j’ai toujours entendu dire qu’un homme devait, s’il lui arrivait… »  &lt;br /&gt;C’est moi qui manquais de mots, maintenant.  &lt;br /&gt;« Mais non, cela ne rend jamais personne malade.  Cela ne fait pas mal. Ne t’en fais pas, il y en aura bien d’autres. »&lt;br /&gt;Je me suis dit que, finalement, il avait bien raison. &lt;br /&gt;Je me suis réveillée à ses côtés, le lendemain, et j’étais contente, c’est vrai, de ne pas avoir fait l’amour par crainte de ne pas pouvoir me reprendre, pas crainte de ne pas pouvoir me rendre jusqu’au bout une autre fois.  Mais j’ai bien vu qu’il avait la poitrine parfaitement lisse, sauf pour quelques poils anémiques qui venaient petitement marquer le sternum.  Je l’ai souvent taquiné, là-dessus, après.  Après sa douche, tout frais, il sentait bon, il m’a embrassé la serviette enroulée autour des hanches !  Dire qu’il fallait aller travailler!&lt;br /&gt;« J’ai un rendez-vous tôt ce matin, Mim, appelle, j’irai te prendre au bureau. »&lt;br /&gt;Il a caressé mes sourcils d’un doigt.&lt;br /&gt;« Pas de mal de bloc, ce matin ? »&lt;br /&gt;« Non, non. »  &lt;br /&gt;Il m’a montré la brosse à dent qu’il avait trouvé dans l’armoire.&lt;br /&gt; « Dans toute la maison, tu te sers, hein? »  &lt;br /&gt;Je suis retombée sur l’oreiller, et j’ai trouvé cette petite matinée d’un jour ouvrable bien plus intime que toutes les positions sexuelles que j’avais imaginées la veille.  Et je me suis rendue compte que c’est l’intimité qu’il recherchait, bien plus qu’une aventure vite oubliée.  Je me suis précipitée pour mettre son t-shirt, avant qu’il ne se retourne.  Je me suis levée, et quand il s’est penché, j’ai embrassé l’une des fossettes de son dos, juste au niveau des reins.  La même peau chaude et sèche que les paumes, que la poitrine.  Il m’a serré contre lui, quel naturel, je me suis dit. &lt;br /&gt;«C’est bien de t’avoir là, ma petite Mim. »  &lt;br /&gt;J’ai rougi sans répondre, j’étais à nouveau adolescente, non, j’étais adolescente pour la première fois.  Il lisait dans mon âme, et j’ai mis bien des années à perdre l’habitude, après sa mort, d’avoir quelqu’un autour de moi deviné juste toutes mes émotions, tous mes sentiments.&lt;br /&gt; « Tu vas me rappeler, maintenant, quand je vais te laisser un message ? »&lt;br /&gt;Encore une fois je n’ai pas répondu, je n’ai que souri, en le regardant par-dessus mes lunettes.  Il m’a embrassé en riant, et il est parti sans rien dire.&lt;br /&gt;Quand je l’ai revu, le lendemain soir, c’est parce que je suis allée le voir jouer au rugby, et que je suis allé prendre une bière, après la partie.  Je ne le savais pas, quand je me suis changée après le travail, que j’allais me retrouver avec toutes les autres femmes, toutes les autres blondes, dans l’assistance.  En fait, il n’y avait qu’elles dans l’assistance.  La partie était commencée, il ne savait pas que j’y étais, mais le mot a circulé très vite – Mladen était joli garçon, et on l’avait cru gai parce que cela faisait plusieurs années qu’il n’avait pas de petite amie.  Je n’ai même pas eu besoin d’annoncer que j’y étais. Il s’est retourné pour m’envoyer la main.  Il a souri, mais pas comme d’habitude : c’est qu’il portait une protection buccale, pour ses dents, pendant la partie. Après il est venu s’asseoir.&lt;br /&gt;À côté de moi, et il m’a tenu l’annulaire et l’auriculaire de la main gauche, comme la dernière fois.  J’ai été séduite par ce détail, comme si toute la particularité de sa personne pouvait se résumer à ce geste. Nous sommes rentrés chez lui, cette fois, et il m’a longuement embrassé dans son entrée.  J’étais si nerveuse que je tressautais, qu’il y avait de mes muscles qui frémissaient sans que je puisse les contrôler.  Cet artiste du corps a tout de suite compris.  Il m’a fait asseoir, il m’a pris la main, il m’a dit :  &lt;br /&gt;« Je vois bien que tu as peur, ma petite Mim.  Je le vois bien.  Je veux juste te dire une chose, ma chérie.  Je suis capable de voir quand tu as peur, et tu n’auras même pas besoin de le dire, je saurais te respecter, respecter d’où tu viens. »&lt;br /&gt;Il s’est couché, lui, alors que je finissais de me brosser les dents dans la salle de bain.  J’avais passé une jaquette à dentelles, très courte et sans manches, parce que je me sentais belle là-dedans.  Quand je suis sortie de la salle de bain, il m’a ouvert les bras.  « Entre donc, » a-t-il dit.  Je me suis toujours sentie enveloppée, rassurée, accueillie quand il disait cela.  Et puis, je me suis couchée à côté de lui.  Il m’a embrassé légèrement, et puis il s’est étendu sur moi.  &lt;br /&gt;« je ne suis pas bien sûre de moi. »&lt;br /&gt;Et il m’a dit :&lt;br /&gt;« Au fond, qui es-tu? »&lt;br /&gt;Et je lui ai dit :&lt;br /&gt;« Il y a des jours où je me sens comme un paquet de sentiments contradictoires, et puis, il y a d’autres où je me comprends très bien. »&lt;br /&gt;Il m’a embrassé pour de vrai, j’ai senti sa langue pour la première fois.  Il s’est accoudé, pour pouvoir me caresser de l’autre de main. Il a passé la mais sur le coté de mes seins, pas tout de suite dessus comme je pensais.  Quand il a caressé les mamelons, j’ai soupiré d’aise.  Après une seconde fois, j’ai respiré plus vite. Il a tout de suite compris. Il s’est agenouillé entre mes jambes, et des deux mains il m’a caressé. Longuement, longuement.&lt;br /&gt;Il s’est recouché sur moi, et il a tracé de sa main le ventre, la hanche, entre les jambes, il a juste touché les lèvres.  Il a bien vu à quel point je le désirais.  Cela l’a surpris, comme si l’horaire attendu s’était dérangé.  Il a tout de suite caressé les lèvres, il a fait le tour du clitoris, mais de l’autre main il a relevé rapidement ma jaquette. J’ai fini de l’enlever, il s’est à nouveau étalé sur moi, il a mis ses jambes entre les miennes. Je les ai ouvertes grandes, toutes grandes. &lt;br /&gt;Il voulait pénétrer, mais j’ai du le guider.  J’ai eu un peu mal, j’ai geint, il s’est arrêtée. J’ai dit, non, non, n’arrête pas, et il a poursuivi.  Avec ses mains, il m’a fait plié les genoux, c’était mieux, et puis j’ai encerclé ses hanches avec, et puis, et puis...&lt;br /&gt;Et bien, c’était vrai.  Il l’a démontré bien des fois.  Il savait presque avant moi quand j’avais peur.  Peur de quoi? Peur d’être vraiment là, peur de me faire autre chose qu’une partie de plaisir. &lt;br /&gt;J’ai passé avec lui les plus belles heures de ma vie. Ce n’était pas toujours à faire l’amour physiquement, notre spécialité, à nous, c’était la conversation sur l’oreiller.  Il me parlait souvent de soccer professionnel, évidemment, mais de toutes sortes d’autres choses, aussi.  Il me parlait aussi souvent de sa mère, qui était alors déjà gravement malade, en phase terminale de maladie cardiaque.  &lt;br /&gt;C’est là-dessus que nous avons cassé.  &lt;br /&gt;C’était vers 9 heures du soir, nous venions de faire l’amour encore une fois, le vendredi soir, je sortais mes casseroles pour lui faire un souper, nue dans la cuisine, et puis il m’a dit : &lt;br /&gt;« Je ne peux pas rester. »&lt;br /&gt;  « Comment cela, tu vas me foutre là comme un paquet de linge sale ? » &lt;br /&gt;« Ce n’est pas cela, ma chérie, mais ma mère m’attend, elle m’a fait à souper. »   &lt;br /&gt;« Mais il s’agit des meilleures jours de toute notre relation, là, des jours qui ne reviendront pas.  Je veux simplement avoir le plaisir de te montrer que je t’aime bien, tout de même. » &lt;br /&gt;« Je ne peux pas, ma mère m’attend. » &lt;br /&gt;« Mais oui, mais téléphone, annule, donne-moi un peu de temps, tu ne viens pas ici rien que pour faire l’amour et ensuite partir, qu’est-ce que c’est que ces manières ! » &lt;br /&gt;« Ma mère a de la misère à marcher, maintenant, elle est beaucoup seule, elle ne peut plus faire le travail de couturière, seulement, un travail qu’elle adorait, l’as-tu seulement remarqué, combien elle n’a plus de force. »&lt;br /&gt;« Je sais bien, mais je ne te demande rien de plus qu’une heure ou deux, ce soir. » &lt;br /&gt;« Sais-tu seulement ce qu’elle a fait aujourd’hui?  Elle me fait une omelette au saucisson à l’ail. Elle a sortir le saucisson du réfrigérateur, et elle s’est assis pour se reposer pendant une heure.  Elle tranché le saucisson en petits morceaux, et elle s’est assis pour se reposer pendant une heure.  Elle a fait revenir la saucisse, et ensuite elle s’est reposée. »   &lt;br /&gt;« J’ai compris, Mladen, t’as pas besoin de me faire un dessin. » &lt;br /&gt;« Je suis son seul enfant, elle est veuve et sa famille est en Croatie.  Je ne peux plus rien pour elle, maintenant qu’elle est entre les mains des médecins, alors je lui donne ce que j’ai de plus précieux : mon temps.»&lt;br /&gt;« Et puis, j’en ai bien assez, OK? » &lt;br /&gt;Il se rhabillait à toute vitesse, il cherchait son deuxième bas.  &lt;br /&gt;« On se reverra, » dit-il, en fermant la porte derrière lui. Je l’ai eu, la paix.  Pendant sept mois.  Je ne l’ai revu qu’après la mort de sa mère, et encore par hasard.  &lt;br /&gt;Mon masso habituel était parti en vacances, et il s’était fait remplacé, pour une fois.  Évidemment, c’est Mladen le meilleur en ville, et c’est lui qui l’a remplacé.  Je me suis fait massé par quelqu’un d’autre, mais en sortant, je suis presque rentré dedans.&lt;br /&gt;« Oh, mon Dieu, je ne regardais pas où j’allais. »&lt;br /&gt;C’était presque vrai, bordel, je cherchais à éviter son regard.  Peine perdue.  Il me regardait droit au cœur, il souriait un peu, cela m’a surpris.  &lt;br /&gt;« J’ai bien vu dans le journal que ta mère est morte dernièrement, mes sympathies. »  &lt;br /&gt;« Oui, cela s’est fait vite, juste un an après son diagnostic. »  &lt;br /&gt;« Enfin, j’espère que tu te remets de toute cette fatigue, de tous les arrangements. » &lt;br /&gt;« Maintenant qu’il ne reste que la paperasse, je ne trouve plus cela difficile… »&lt;br /&gt;Il me pose la main sur l’épaule, juste à la naissance du cou, un peu trop intime, comme toujours.&lt;br /&gt;« Dis donc, on devrait aller prendre un café. »&lt;br /&gt;« Bien sûr, bien sûr, tu me passera un coup de fil un de ces jours.» &lt;br /&gt;« Non, non, c’est pour de vrai, je ne veux pas juste être poli. »&lt;br /&gt;Il a été fidèle à sa parole.  Nous avons repris une relation de plus belle, et encore plus belle.  C’est de lui, je crois, que j’ai appris un peu à jouir de la vie.  Dans la mesure où j’en jouis.  Dans la mesure où j’en ai jamais joui.&lt;br /&gt;Une fois , après avoir fait l’amour, je reprenais mon souffle et je lui ai posé des questions sur sa vie sexuelle avant qu’il ne me rencontre.&lt;br /&gt;« Les autres femmes avec qui tu as couché, est-ce qu’elles jouissaient ? »&lt;br /&gt;« La plupart du temps, mais pas toujours. »&lt;br /&gt;« Et puis, est-ce qu’elles jouissaient avec la même stimulation qu’aujourd’hui ? »&lt;br /&gt;« Tu veux dire, avec ma langue ? »&lt;br /&gt;« Oui. »&lt;br /&gt;« Ben, oui, pas toujours, mais souvent. »&lt;br /&gt;« Et puis, elles se masturbaient, parfois, après ? »&lt;br /&gt;« Des fois, oui. »&lt;br /&gt;« Mais, alors, elles étaient pareilles comme moi. »&lt;br /&gt;« Sexuellement, au niveau du plaisir, de la stimulation?  Ben, chacune avait ses goûts, ses préférences, mais oui, autrement. »&lt;br /&gt;« Tu veux dire que, sexuellement, je suis normale ? »&lt;br /&gt;« Mais oui, ma petite Mim, parfaitement normale.  Tu avais certaines peurs au début, mais même cela, avec la confiance, s’est estompé.  Les autres filles aussi avaient leurs peurs, leurs craintes. « &lt;br /&gt;« Hein. »&lt;br /&gt;« Ben oui.  Je n’ai jamais pensé autrement. »&lt;br /&gt;Ah bien !  Je venais d’en apprendre, moi. J’avais conservé l’idée que j’étais différente, en quelque sorte.  Mais pas du tout, il n’y avait rien à dire là-dessus.  Tu parles d’une découverte tardive.  Je me suis jetée sur Mladen, pour l’embrasser, et puis nous nous sommes endormis, en dos de cuillère, comme d’habitude.&lt;br /&gt;Mladen avait cette capacité formidable de me comprendre, et d’anticiper mes besoins.  Il lavait mes lunettes et me les remettais sur le nez. En dix ans de vie commune, je n’ai jamais remis le siège de toilette à l’horizontale parce qu’il avait oublié.  Il était toujours près à m’écouter.  C’est moi, au fond, qui l’a perdu.&lt;br /&gt;Mim a pris la serviette et elle s’est mise à éponger Mladen.  Elle entrevoit le savon.&lt;br /&gt;« Dis-moi, Mladen, tu t’es savonné dans la douche ? »&lt;br /&gt;« Mais oui, ma belle petite Mim, tu le vois bien. »&lt;br /&gt;Je lui épongeais le dos, les aisselles, l’aine, tous des lieux que j’aimais humer lorsqu’ils faisaient l’amour, et je ne ratais jamais l’occasion quand il sortait de la douche.  J’ai toujours dit qu’il sentait toujours bon, toujours à son meilleur en sortant de la douche.  Surtout que son poil frisait partout…Je venais de coller son nez à la peau de son épaule, et humait avec un plaisir évident.&lt;br /&gt;« Comment tu fais pour coller les petits morceaux de savon comme çà?  Je le vois bien, que tu réussis à les coller.  Moi je voudrais bien être capable de faire çà, moi. »&lt;br /&gt;« C’est bien facile, Mim. »&lt;br /&gt;« Tu dis çà, mais je ne trouve pas cela facile, moi.  Comme tu fais, mon chéri. »&lt;br /&gt;Mladen a toujours été excellent dans ses explications, elle avait remarqué cela tout de suite en le rencontrant.  Il donnait des explications du tonnerre, détaillées, complètes, bien structurées.  Admirables en tout point.&lt;br /&gt;« Et bien, je prends le nouveau savon, et je le tourne du coté concave, du coté où je l’ai plus usé.  Et puis, quand les deux savons sont mouillés, je les colle ensemble.  C’est à la fin de la douche que cela va le mieux, car il faut que les deux savons soient un peu mous, qu’ils aient absorbé de l’eau, hein ?  Et puis, la fois suivante, quand ils ont séché ensemble et qu’ils sont collés, je m’en sers, mais du coté du petit savon, comme cela, cela refait le lien. »&lt;br /&gt;« Moi, j’ai toujours voulu pouvoir faire cela. »&lt;br /&gt;« Et bien, ma chérie, maintenant, tu peux. »&lt;br /&gt;« Est-ce que cela arrive que les savons se décollent ? »&lt;br /&gt;« De temps en temps. »&lt;br /&gt;« Qu’est-ce que tu fais, dans ce temps-là ? »&lt;br /&gt;« Et bien, je recommence la prochaine fois que je prends une douche. »&lt;br /&gt;Mladen sort du bain, et m’embrasse.&lt;br /&gt;« Tu es contente, maintenant?  Tu vas pouvoir économiser beaucoup sur nos achats de savon? »&lt;br /&gt;« Ben non, Dédé, tu sais bien que ce n’est pas juste çà !  C’est que j’ai toujours voulu savoir, et je ne savais pas. »  &lt;br /&gt;Je ne dis rien pour un instant, et puis reprend :&lt;br /&gt;« Ce n’est pas tant que je voulais savoir, c’est que je sais depuis longtemps que j’e n’avais personne à qui demander des petites questions comme çà.  Je n’avais personne qui n’aurait pas ri de moi, ou que je n’aurais pas craint la risée. »&lt;br /&gt;Mladen s’est mis à monter l’escalier et puis, il s’est retourné et m’a embrassé le dessus de la tête.  Je lui dis, pleine d’émotion :&lt;br /&gt;« Cela fait toute la différence au monde, tu sais, avoir quelqu’un à qui je peux demander tout cela… »&lt;br /&gt;« Je sais bien, ma chérie, cela me fait plaisir. »&lt;br /&gt;« Cette histoire de savon, c’est comme les gouttes d’eau dans les lunettes, tu sais bien que je n’ai jamais compris, et que c’est ta mère qui m’a expliqué. »&lt;br /&gt;Moi, cela m’arrivait de pleurer, et quand je retirais mes lunettes, j’avais remarqué qu’il y avait de minuscules petites taches opaques dans ses verres.  C’est encore Mladen, à qui j’avais montré cela, qui avait dit : &lt;br /&gt;« Mais oui, ce sont les gouttes de larmes qui quittent les cils quand tu pleures. »&lt;br /&gt;Je n’avais jamais compris le processus, je croyais sans trop savoir que je pleurais horizontalement.  Mladen avait bien ri quand elle avait appris cela…&lt;br /&gt;« Mon chou. »&lt;br /&gt;Mladen adorait cela quand je me montrais mon coté petite fille.  J’hésitais pas à montrer que je ne savais pas toujours tout, qu’il y avait des choses bien ordinaires et bien normales que j’ignorais encore.  Je n’avais pas encore compris que c’était les autres qui étaient tous fourrés, et pas moi qui n’était pas aimable.&lt;br /&gt;Ce soir-là, il est venu une pluie vraiment très dense et très soutenue.  De ma fenêtre d’en avant, je voyais la plus tomber à grosses gouttes, tellement grosses qu’elles rebondissaient sur le pavé.  Très vite les égouts ont été débordés, entre autre parce que la pluie avait puissamment emporté beaucoup de feuilles et d’herbe jusqu’aux trous d’hommes, qui s’étaient bloqués les uns après les autres.&lt;br /&gt;Petite fille, j’avais toujours aimé jouer dans l’eau, et je m’étais souvent dit qu’avec mes nouvelles sandales pour aller dans l’eau, je pourrais moi aussi aller jouer. Mais dépassée quarante ans, je me trouvais un peu vieille pour faire çà.  Mais ce jour-là, j’avais remarqué une fois encore que l’eau s’accumulait aux coins de rue, pas devant ma maison, car il s’agissait d’un faux plateau descendant où elle était située, mais je voyais déjà de ma fenêtre le coin de la rue qui s’emplissait comme une outre.  Je savais d’expérience que le coin suivant, encore plus en bas de la rue, serait effrayant.&lt;br /&gt;Alors j’ai mis mes sandales, mon imperméable, je suis allée chercher une petite pelle, et Mladen m’a vu sortir.  Il a souri sans rien dire.  Je suis allée au coin le plus de ma maison, histoire que les voisins penseraient que je m’inquiétais de ma cave plutôt que de conclure, correctement, que j’allais tout simplement jouer dans l’eau.  Cela m’a pris du temps à repérer où était le trou d’eau, parce que les feuilles et branches l’avaient vraiment bien bouché.  J’ai gratté l’asphalte avec le bout de la pelle, et je cherchais à voir si le mouvement de l’eau indiquait que la fuite s’installait au fond, mais non, je ne réussissais qu’à faire des vagues. J’ai gratté la bordure du ciment du coin, mais je frappais parfois des mottes de terre et même si je grattais la, je ne pouvais pas trouvé le gril menant à l’égout.  Finalement, j’ai vue que la bordure de ciment s’inclinait près de la grille, et alors je me suis mise à pousser la terre, les cailloux, les feuilles de coté.  Après une minute, j’ai entendu une succion et j’ai vu un tourbillon d’eau là où la fuite d’était installée, mais tout de suite le trou se rebouchait, avec les feuilles.  Alors je me suis mise à pousser les feuilles et les détritus en bas du courant.  Là cela a fonctionné, même s’il ne s’agissait que de la moitié de la grille qui était libéré.  L’étang s’est mis à reculer, jusqu'à ce que le courant d’eau passe directement dans la grille.&lt;br /&gt;De biais avec ce coin de rue, par contre, c’était une autre histoire.  Là il n’y avait pas de bordure de ciment pour indiquer où était la grille d’égout.  J’ai pataugé pendant un bon quart d’heure, jusqu’à ce que je sois entièrement trempée par la pluie, sans pouvoir vraiment avoir d’impact.  L’eau ne faisait que s’accumuler, jusqu'à ce que la flaque dépasse la moitié de la rue et que l’eau ne recommence sa course vers le prochain coin de rue.  En face de cette grille, par contre, j’ai pu libéré le trou comme à mon premier arrêt, et j’ai eu le plaisir de voir disparaître la flaque et de mettre sur le gazon deux ou trois pelletées de feuilles mortes et de terre.&lt;br /&gt;Quand je suis rentré, Mladen m’avait fait un chocolat chaud.&lt;br /&gt;« T’es allé jouer dans l’eau, hein ? »&lt;br /&gt;« Ben, oui. »&lt;br /&gt;« Je suis fier de te voir aller faire çà. »&lt;br /&gt;« T’es mon chou, hein. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis, un matin, je lui ai dit :&lt;br /&gt;« Tu vas bien souvent pisser. »&lt;br /&gt;Et il m’a répondu :  &lt;br /&gt;«C’est que j’ai de la peine, ces derniers temps. »&lt;br /&gt;Mladen a toujours parlé un peu emprunté.&lt;br /&gt;« Ah oui ?  T’es bien jeune pour avoir des problèmes de prostate. »&lt;br /&gt;Mladen a ri.&lt;br /&gt;« En effet. C’est plus comme une brûlure.»&lt;br /&gt;« Tu fais une infection de vessie. »&lt;br /&gt;« Non, non, les antibiotique ne font pas effet. »&lt;br /&gt;« Y a-t-il des problèmes de prostate dans ta famille. »&lt;br /&gt;« Personne encore en vie à qui je pourrais parler. »&lt;br /&gt;« Mais les hommes, t’sais, cela ne parle pas souvent de çà.»&lt;br /&gt; « Oui, mais au moins les Croatiens sont un peu comme les Italiens, ils ont plus tendance à parler d’eux-mêmes. Pas de la tuyauterie.»&lt;br /&gt;« Vas-tu aller chez le médecin ? »&lt;br /&gt;« On verra, çà va peut-être se passer. »&lt;br /&gt;Çà ne s’est pas passé, pas du tout.&lt;br /&gt;La semaine suivante, il m’a dit :&lt;br /&gt;« J’ai pissé un peu de sang aujourd’hui. »&lt;br /&gt;« Écoute, là, il va falloir que tu ailles chez le médecin. »&lt;br /&gt;« Tu penses? »&lt;br /&gt;« Il s’agit d’une infection des voies urinaires… çà se règle très bien, mais çà prend des antibiotiques tout de suite.  Çà doit faire mal. »&lt;br /&gt;« Çà s’endure. »&lt;br /&gt;Mladen est allé, mais ses antibiotiques n’ont pas fait effet.&lt;br /&gt;« Je pisse encore le sang, mais cela fait moins mal. »&lt;br /&gt;« Oui, hein ? »&lt;br /&gt;« Le bureau du médecin m’a téléphoné pour me dire que les tests d’infection étaient négatifs. »&lt;br /&gt;« Alors, c’est quoi ? »&lt;br /&gt;Mais Mladen n’a rien fait.  Son petit problème s’est réglé tout seul, comme il espérait, et puis il n’y a plus pensé. Moi non plus.  Mais le petit problème est revenu encore une fois, deux ou trois mois plus tard.&lt;br /&gt;« Cette fois-ci, le médecin va enquêter.»&lt;br /&gt;« Pas très agréable. »&lt;br /&gt;Mais sa prostate allait parfaitement bien, l’examen physique ne marquait rien de pas ordinaire.  Et puis, son problème s’est réglé encore une fois.  &lt;br /&gt;Sauf qu’un soir, il s’est réveillé avec un mal dans le dos, très souffrant, les lèvres blêmes, tout le kit.  Je l’ai amené à l’urgence, et Mladen n’est pas sorti de l’hôpital pour trois semaines. D’abord la biopsie, qui aurait pu se faire comme externe, sauf que Mladen ne faisait que crier lorsqu’il pissait.  J’ai refusé de le laisser revenir à la maison comme cela.  Mais il a hurlé pendant la biopsie, un blocage m’a dit le médecin.  J’étais plus morte que vive.  Après trois semaines, la biopsie est revenue positive.  Alors, il a fallait une deuxième chirurgie, celle pour essayer d’enlever la couche intérieure de la vessie, pour voir s’il était possible d’enlever tout le cancer.  Et encore une fois, une longue attente.  &lt;br /&gt;Finalement, il a du se faire enlever la vessie et on a du attendre pour voir si le foie était impliqué.  Il l’était, et c’est alors que le médecin a dit que les cancers de vessie venaient toujours de la cigarette.  Enfin, à 90%.  &lt;br /&gt;Je suis tombée alors dans un trou noir.&lt;br /&gt;Je n’en suis jamais ressortie.&lt;br /&gt;Est-ce une habitude, pour les cancéreux, d’être malade ?  Est-ce que cela devient normal, une manière de vivre ?  Les cliniques, la chimiothérapie, les examens sans fin, la surveillance bien pire que le confessionnal ?  Oublient-ils alors leur ancienne vie, conservent-ils souvenir de ce que c’est que d’être bien portant, avant, avant la souffrance, avant le diagnostic, avant le blâme, avant l’impatience, avant la vie professionnelle qui disparaît, avant les amis qui disparaissent ?  Je ne sais pas.  Je me le demande. J’aurais du le demander à Mladen, mais il est disparu pour moi ce jour-là, je me suis emmurée vivante dans la culpabilité et je crois bien ne l’avoir jamais revue.  &lt;br /&gt;Enfin, il y a bien longtemps de tout çà. J’ai oublié bien des détails. Je voudrais bien ne plus y penser.&lt;br /&gt;C’est au cours de sa première chimio que j’ai appris à le regarder souffrir.  Je me suis souvenue alors de son frère qui avait fait la résistance pendant la guerre en Yougoslavie, et qui était mort d’un cancer de vessie, comme un de ses oncles, un peintre industriel.  Il était patient, il se possédait, il connaissait son corps.  Il était fataliste.  Pour lui, toutes ces souffrances n’étaient que l’aboutissement naturel de la vie qui viendrait, tôt ou tard, l’exterminer, comme tous ceux qui l’avaient précédé.  La chimio, ce n’est pas supposé être une partie de plaisir.  Dépendant de la façon que l’aiguille lui rentrait dans le bras, cela le brûlait plus ou moins.  Cela prenait quatre heures, se faire empoisonner.  Et puis, il avait des nausées épouvantables, car la chimio lui tuait toutes les cellules renouvelables du corps : l’épithélium de l’estomac, les cheveux.  Il a perdu presque tout d’un coup ses cheveux – chauve, je lui trouvais un petit air intellectuel, mais il ne riait pas quand je lui disais çà.  Il m’a dit une fois qu’il craignait que je ne l’aime plus s’il n’était plus beau.  Pauvre lui, il n’avait pas compris que c’était le corps plus que le visage qui m’avait séduit.  La poitrine, les cuisses, les épaules, les mains. Il n’avait toujours pas compris que c’était le soin qu’il prenait de moi, l’intérêt sincère à tout ce que je faisais, que j’aimais le plus en lui.  Il avait un beau crâne.  &lt;br /&gt;Au milieu de la quinzième semaine, il est devenu malade.  C’est-à-dire qu’il a fait une pointe de température.  &lt;br /&gt; On s’est précipité au service d’urgence, comme le médecin nous avait bien averti de faire.  Ils ont mis Mladen dans une pièce d’isolement. Tout le monde le voyait masque, ganté. Il a pleuré comme un enfant, quand il s’est vu là. Ce n’est pas juste lui qui voyait son suaire dans tous ces draps blancs d’hopitaux.  C’est moi aussi.  Mais les tests sont revenus avec des niveaux normaux de cellules blanches. Alors on est rentré.&lt;br /&gt;Sauf que l’oncologue les surveillait, ces niveaux.  Il avait donné à Mladen des médicaments qui lui donnait mal aux os, mais qui les préservaient, ces os.  Partie remise. Quand Mladen n’était pas malade, il était inquiet de l’être.  Si inquiet qu’il n’avait même plus le goût de jouer au Scrabble, lui qui y avait pris goût lorsqu’il apprenait le français, arrivé ici de Croatie.  Au lieu de jouer l’un contre l’autre, il insistait pour qu’on cherche à obtenir le score combiné le plus haut possible.  On venait d’avoir le score le plus haut de notre vie quand il a attrapé son virus.&lt;br /&gt;Il a commencé par tousser.  Il toussait presque sans arrêt, jour et nuit.  Il est devenu si fatigué qu’il ne se levait même plus la tête de sur l’oreiller.  Je l’ai traîné chez le médecin, qui n’a fait que remettre la chimio d’une semaine.  &lt;br /&gt; La percée vers un jour nouveau s’est opérée grâce à un sirop pour le rhume.  J’en avais dans le cabinet parce que j’avais fait une grippe épouvantable, il y a deux ans.  Je me souviens d’en avoir pris une cuillérée et de m’être couché tout de suite.  Mladen m’avait demandé comment j’étais.&lt;br /&gt;« Bien, parfaitement bien. »&lt;br /&gt;« Comment, guérie ? »&lt;br /&gt;« Mais non, je suis juste heureuse tout d’un coup. »&lt;br /&gt;« Hein ? »&lt;br /&gt;« Ce sirop, ce doit être une pure codéine, le pharmacien m’a dit que c’était ce qu’il se faisait de mieux, mais je viens de comprendre tout d’un coup tous les drogués de la terre. »&lt;br /&gt;« Ma petite Mim, je ne te comprends pas trop. »&lt;br /&gt;« Je suis euphorique, je suis parfaitement heureuse.  Je devrais me lever et jeter ce truc aux poubelles, j’ai enfin trouvé le bonheur au fond d’une bouteille de sirop. »&lt;br /&gt;« Tu vas me jeter cela, hein, chou? »&lt;br /&gt;J’en avais parlé quelques jours, et puis il était resté sur l’étagère.  Et bien, ce n’est pas moi, c’est Mladen qui en a eu besoin.&lt;br /&gt;« Ma petite Mim, tu ne devrais pas me donner çà, je devrais en demander au médecin. »&lt;br /&gt;« Mais prends-en une fois, et si cela marche, si cela aide, vas-y, on en demandera. »&lt;br /&gt;Le médecin avait fini par lui prescrire de la codéine, mais la caféine qui allait avec ce médicament lui enlevait le sommeil.  J’ai senti tout de suite la différence en lui, au téléphone, quand je l’ai appelé du bureau.  Il avait pris ses pilules à huit heures, juste après mon départ. Il était dix heures.&lt;br /&gt;« Allo ? »  &lt;br /&gt;La voix s’était adoucie, la douceur lui était revenue après des journées entières rudes de souffrance. La douceur qui était toujours là avant sa maladie.&lt;br /&gt;« Dédé, comment çà va ? »&lt;br /&gt;« Mieux, çà va mieux. »&lt;br /&gt;« Mon Dédé, tu as l’air plus à l’aise, un peu. »&lt;br /&gt;« Oui, mais c’est parce que je suis stone. »&lt;br /&gt;En effet, j’avais l’impression qu’il venait de prendre un joint et qu’il réagissait comme au cinéma, il était vraiment au ralenti, mais aussi l’inquiétude sur son propre état avait diminué.&lt;br /&gt;« As-tu pris quelque chose ? »&lt;br /&gt;« Oui, les Tylenols-3 qu’il me restait de ma rage de dents. Sauf que la caféine m’empêche de dormir. »&lt;br /&gt;« Prends du sirop. »&lt;br /&gt;« Hein ? »&lt;br /&gt;« Prends du sirop contre la toux que j’ai dans le cabinet, il n’y a pas de caféine là-dedans. »&lt;br /&gt;« Ah, ok. Trop tard, je l’ai vidé. »&lt;br /&gt;A partir de ce moment-là, il avait commencé à tousser moins.  Finalement, il s’était suffisamment améliorer pour pouvoir se reposer, et pour reprendre le dessus.  Il parlait empâté, je ne lui faisais pas confiance pour m’apporter mon thé, parce qu’il chancelait, mais au moins il était mieux.  Je me suis remise à respirer.&lt;br /&gt;Non, Mladen ne m’a pas quitté tout d’un coup.  Au contraire, il est parti par petits bouts.  &lt;br /&gt;D’abord, c’est le goût pour le sexe qui a diminué.  Il devenait impuissant, bien sûr, avec la faiblesse croissante, mais cela s’était déjà présenté et nous en avions un peu ri, moi librement, lui avec une pointe d’inquiétude.  Je lui proposais de passer à cette variété qui nous servait souvent de contraception.  Mais le jour vint où l’envie manquait, à cet athlète sexuel, et ce jour-là j’ai bien vu qu’il allait me quitter, tôt ou tard.&lt;br /&gt; J’ai commencé à soupçonner que sa volonté de survivre était en train de prendre un coup lorsqu’il a demandé le conseiller en phase palliative. &lt;br /&gt;« Mais tu n’es pas en phase palliative, Mladen. »&lt;br /&gt;« Non, bien sûr, mais je veux juste parler à un conseiller, et celui-là est gratuit. »&lt;br /&gt;« Mais on peut se permettre de payer un psychologue. »&lt;br /&gt;« Les autres patients m’ont parlé de ce gars, c’est lui que je veux rencontrer, Mim. »&lt;br /&gt;Je me suis trouvé ridicule d’avoir mis en question son choix.  Après sa rencontre, je lui ai demandé comment cela s’était passé. &lt;br /&gt;« Nous avons parlé du grand choix en phase palliative : celui d’abandonner le combat, et celui de cesser de combattre. »&lt;br /&gt;« Hein, je ne comprends pas. C’est quoi la différence?»&lt;br /&gt;« La différence, c’est entre l’acceptation et la défaite. »&lt;br /&gt;« Je ne vois pas trop… »&lt;br /&gt;« Je me demande si tu peux comprendre.  Il ne s’agit pas d’abandonner, de se reconnaître défait, mais de se laisser aller, d’accepter le destin. »&lt;br /&gt;« Tu veux dire la mort, tu ne veux plus combattre, tu veux me laisser. »&lt;br /&gt;« Ma petite Mim, je sais bien que tu ne veux pas que l’on se sépare. »&lt;br /&gt;« Je ne peux pas, je n’ai que toi, tu le sais, il n’y a rien d’autre dans ma vie, je n’ai personne sinon toi. »&lt;br /&gt;Il m’avait regardé longuement, sans rien dire.&lt;br /&gt;« Je sais bien, ma petite Mim, et c’est bien pour çà que c’est si dur. »  &lt;br /&gt;J’entendais, mais je refusais de comprendre.  Je comprenais, mais je refusais d’accepter.  J’ai arrêté de poser des questions.  J’ai pris sa main entre les miennes, sa belle grande main entre les miennes plus petites, et j’ai dit : &lt;br /&gt;« Quand tu auras besoin de parler de ce choix, je suis là, je suis prête à en parler avec toi. »&lt;br /&gt;« Ma chère Mim, c’est avec toi que j’en parlerai la première.»&lt;br /&gt;C’était de belles paroles, mais je ne m’y suis jamais résolue, à ce beau geste d’accueil. Je n’ai jamais pu lui donner la chance de m’en parler.  Il ouvrait le sujet, ou bien il soupirait, mais j’arrivais toujours à m’esquiver. &lt;br /&gt;Toujours est-il que je n’ai pas appris grand-chose pendant sa maladie, mais j’ai au moins appris que les urologues sont des vrais trous de cul.  Saviez-vous que c’est un cardiologue qui a découvert le Viagra – il avait injecter un patient avec une drogue cardiaque pendant une intervention et le bougre s’est ramassé avec une érection qui avait duré trois ou quatre heures.  Mais ensuite, c’est un urologue qui a entrepris des recherches sur le médicament pour vérifier son efficacité sexuelle.  L’injection était efficace.  C’est-à-dire qu’il fallait trouver une meilleure façon de prendre la drogue que de l’injecter directement dans le pénis, il n’y pas un homme sur la terre qui ferait cela souvent.  Le chercheur, lorsqu’il est allé présenter ses résultats à une conférence professionnelle, l’a prouvé.  De vive voix.  Évidemment, les rumeurs fusaient de partout, et on m’a dit qu’au cours d’une chaleureuse discussion animée dans le bar, que l’on avait lancé le défi à cet urologue de prouver que sa drogue marchait.  &lt;br /&gt; Et bien, l’urologue s’est présenté à son atelier, et a donné sa conférence portant une chemise, un veston, une cravate, comme il se doit.  Mais au lieu de pantalons propres, il portait des culottes de sport, à taille élastique.  Dans l’assistance on se demandait pourquoi.  Après les premières minutes de sa présentation, ce disciple d’Esculape a répondu par geste à cette question.  Il en a fait la démonstration éclatante, et de l’efficacité de son remède et de la commodité de sa tenue vestimentaire. Il s’est même promené dans les allées de la pièce, parmi les spectateurs, pour qu’ils puissent juger qu’il ne s’agissait pas d’autre chose que de la plus grande authenticité.  On voit le genre.&lt;br /&gt; C’est à un des ses confrères que nous avons affaire, Mladen et moi.  Nous les consultions parce que Mladen espérait préserver l’innervation des parties génitales.  Mais le médecin ne trouvait pas cela probable. Quand il nous a dit que la tumeur de Mladen était revenue et qu’il fallait passer à l’ablation de la vessie pour éviter une mort lancinante, j’ai demandé pour la première fois ce qui causait ce cancer dont on n’entendait jamais parlé.  Tout le monde, même mes amis, m’ont reproché ce manque d’intérêt, qu’ils ont pris pour de l’égoïsme.  Mais je crois, moi, que je cherchais simplement à parer le coup.  &lt;br /&gt;Je l’ai eu, ma réponse, celle que je craignais. Le cancer de la vessie était l’un des rares cancers dont on pouvait attribuer à cent pour cent au tabagisme, à la cigarette.  C’était comme tomber dans un puit. La lumière a disparu, et je n’en suis pas ressorti. Et dans le noir, je voyais comme au cinéma, le geste que j’avais posé, mon impatience avec Mladen, lorsqu’il essayait d’arrêter de fumer. La fois qu’il essayait d’arrêter, et qu’il était malcommode, le jour même où je rencontrais un gros client difficile.  Au déjeuner, je lui avais mis un paquet de cigarettes sur la table, pour avoir la paix, pour plus entendre parler de rien. Il n’avait pas bronché. Alors, le lendemain, j’avais déballé un paquet et je l’avais laissé à côté de la cafetière.&lt;br /&gt;Je suis revenue à moi pour entre le médecin.  Le médecin a dit : « Ne vous en faites pas, cela ne le rendra pas impuissant… » Je lui ai craché au visage.  Non, ce n’est pas une figure de style. Le médecin a du penser que c’était à cause de ce qu’il avait parlé d’impuissance, mais ce n’était pas çà. C’était ce poids que j’avais sur le cœur, en pensant aux cigarettes. Je n’ai pas pu rencontrer le regard de Mladen. Nous n’en avons jamais parlé.  Ce soir-là, j’ai trouvé une raison pour faire chambre à part.  Je n’avais plus le droit d’être sa femme. Je l’avais perdu quand je luis achetais ses cigarettes.&lt;br /&gt;L’enfer, ce n’est pas la chaleur dont parle Dante, ni le froid dont parle Dostoïevski, c’est la solitude certaine et profonde de ceux qui voient sur le visage du bien-aimé qu’ils sont l’unique auteur de leur souffrance.  &lt;br /&gt; Mladen l’a eu pareil, sa mort lancinante.  Bâti à chaux et à sable, il pesait soixante-treize livres à la fin. Du corps qui m’avait séduit, il ne restait que le modelé de ses lèvres fermées sur un pardon que je n’arrivais pas à lui demander.  La peau rêche, la calvitie, quelques poils malingres et grisonnants, un sexe fripé, où était passé cet Adonis pour qui je m’étais passionnée?  Il n’a jamais dit un mot de colère.  Il est resté cantonné sur sa tendresse, une tendresse que je n’ai goûtée que plus tard, dans mes souvenirs, et dont la recherche m’obsède aujourd’hui.&lt;br /&gt; Je m’ennuis à la fin avec toutes ces ironies du sort. Mladen est mort. J’ai été menstruée le même jour.  Ma vie de femme était finie, avec lui j’enterrais la chance d’avoir un enfant. J’étais prise avec ce qui serait maintenant inutile. Je n’avais que trente-six ans. &lt;br /&gt; J’avais toujours peur, dans ce temps-là. Toujours peur, toujours peur, toujours peur. Peur de la mort, peur de le voir souffrir, peur d’avoir mal à mon tour, peur de pleurer, peur d’être seule, peur de ne pas savoir quoi dire, peur de ne pas pouvoir dormir, peur de mourir avec lui. Au début, ce qui m’aidait à traverser mes journées, c’est que je n’y croyais pas, que je n’arrivais pas à y croire. J’étais sous le choc.  La ronde des examens, les résultats toujours pires, la chimio, la chirurgie, les infirmières, les hôpitaux, les parcs de stationnement toujours bondés, les salles d’attentes, les cafétérias aux repas infects, les petites vieilles bénévoles toujours de bonne humeur… Elles me narguaient, dans leurs petits sarraus jaunes, il ne manquait plus que les petits lapins de Pâques, et puis eux aussi sont arrivés…Le reste de ma vie à moi disparaissait, le reste de la vie a fini par disparaître, il n’y avait plus que nous deux et la maladie comme chaperon.  &lt;br /&gt;Je crois bien que j’ai oublié ces jours-là que nous étions un couple, et je ne me suis mise qu’à prendre soin de lui de loin, comme s’il n’était plus qu’un patient, plus que quelqu’un de qui je devais prendre soin, et que c’était ma malchance à moi d’avoir à tout supporter.  Il s’est réveillé en sueur, une bonne fois, et je suis venue lui apporter une autre paire de pyjama.  Depuis sa maladie, il avait chaud et froid en alternance tout le temps, mais dernièrement il changeait de pyjama trois ou quatre fois par nuit.  Les derniers propres étaient au lavage.&lt;br /&gt;« Pourquoi ne dors-tu plus avec moi? » m’avait-il demandé. &lt;br /&gt;« Mais, c’est parce que tu dors mieux si tu es seul, tu es plus à l’aise de te lever pour te changer. »  &lt;br /&gt;« Mais nous ne sommes plus aussi proches depuis que tu couches à coté, je me sens plus seul. »  &lt;br /&gt;« Tu me manques, à moi aussi, mais c’est pour toi que je fais cela. »  &lt;br /&gt;« Je ne veux pas être juste un patient, je veux continuer à être ton mari. »  &lt;br /&gt;« Mais tu l’es, mon mari, chou. Il n’y a personne d’autre que toi dans ma vie. Où prendrais-je le temps de me trouver un amant?»  &lt;br /&gt;Il m’avait regardé sans rien dire, il avait bien vu que je n’avais rien compris, que je refusais de comprendre. Qu’on me pardonne ma couardise.  Cela ne m’a même pas aidé, à la fin.&lt;br /&gt;Je l’avais promené un peu, les derniers mois, nous sortions pour dîner mais il n’avait pas d’appétit. Je l’avais amené à sa plage favorite, une fois, mais il n’avait pas la force de marcher dans le sable. Une autre fois, j’avais apporté du cognac à l’hôpital, au cas où quelques gouttes l’auraient soulagé de la sécheresse de la gorge. Cette petite langue rose qui avait causé tant de délices, elle reposait dans une bouche dont l’épithélium se détachait, maintenant, en grandes plaques blanches.  Je voyais chaque muscle s’atrophier, chaque courbe de chaque os apparaître. &lt;br /&gt;Je me suis mise à regretter la semaine de vacances que j’avais prise, juste avant le moment où les médecins avaient abandonnés la partie.  La partie de voile que j’avais faite, après laquelle j’avais voulu acheter le voilier, un tout petit voilier. Mladen m’avait regardé sans rien dire.  C’est l’infirmière qui nous avait entendu, qui n’avait pas pu s’empêcher de dire : « C’est pour t’en servir après? »&lt;br /&gt; Après son dernier soupir, je ne m’attendais même plus à voir un visage serein..  J’avais ramassé ses quelques objets personnels et mis tout çà dans une boîte, mais la boîte ne fermait pas à cause de la bouteille de cognac.  J’avais diablement soif tout d’un coup – la soif de tous les diables, comme disaient les Croatiens qui venaient lui rendre visite.  J’ai pris la bouteille par le goulot, j’ai arraché le bouchon de liège, j’ai bu à même la bouteille, renversée dans la chaise berçante où j’avais passé tant d’heures, et j’ai avalé à grosses gorgées.  &lt;br /&gt;Je suis donc sortie de l’hôpital complètement paf.  Je ne voulais pas l’abandonner.  Il voulait être incinérer, et j’ai insisté pour l’accompagner, dans son petit cercueil gris de papier mâché, jusqu’au crématoire.  J’ai même voulu entrer avec lui, je l’ai vu poser sur l’espèce de tapis roulant, j’ai vu la porte de fer se refermer sur lui, j’ai vu jaillir les flammes depuis la petite fenêtre, et quand je suis ressortie – j’avais voulu être seule - les cendres me sont tombées dessus.  Trop tard, trop tard, trop tard. Ces cendres étaient de lui? D’un autre? Cela avait tout d’un processus industriel, tout ce ciment et cette ferraille me broyaient les chairs les plus tendres.  Je l’ai senti, comme les douleurs fantômes, sauf que mon cœur battait toujours alors que ce que j’aimais s’en allait en fumée.&lt;br /&gt; Mon Dédé, j’ai demandé qu’on lui ferme les yeux, mais l’infirmière a dit qu’il était tellement amaigri, que ses yeux ne resteraient pas fermés.  Je ne me voyais pas lui mettre deux cennes sur les paupières.  &lt;br /&gt;J’ai été ensevelie sous les expressions de sympathie, les cartes, les appels, pendant une bonne semaine.  Mladen, tout le monde l’aimait, jusqu’au vendeur de journaux, jusqu’à la dame qui faisait son ménage, à la clinique, ses nombreux clients, et moi, j’avais des relations d’affaires.  Rien pour manquer d’attention, surtout que Mladen mourait jeune.  Sa maladie l’avait isolé, mais après sa mort, personne ne craignait de voir sur son visage tout ce que les dernières souffrances peuvent creuser comme ravin.  Après une semaine ou deux, après mon retour au travail où l’on me félicitait du fait que j’avais été bien raisonnable aux funérailles – en effet, je n’avais pas essayé de le rejoindre dans la fosse, je n’avais pas essayé de me jeter sur lui, une fois mort, je ne m’étais pas effondré sur le cercueil, en pleurant et en le suppliant de ne pas me quitter – là j’ai commencé de sentir mon isolement.  &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;C’est pendant la période des troubles que j’ai le plus pensé à lui.  Est-ce que cela existe, une mort facile ?  Enfin, ce n’est pas la mort qui est difficile, c’est le chemin qui mène à la mort qui est difficile.  La vie s’est chargée de le rachever, mon pauvre Mladen.  La longue alternance de traitements et de récupération, les chirurgies, la chimiothérapie, la radiothérapie, les cheveux perdus et qui repoussent, les visites constantes aux cliniques et aux médecins, l’inquiétude surtout qui tenaille sans relâche. Il m’a duré deux ans, mais je crois bien l’avoir perdu presque tout de suite.&lt;br /&gt;D’abord, l’intervention d’urgence pour lui donner une stent pour qu’il ne meure pas tout de suite et dans une douleur extrême, il a été transporté d’un hôpital à l’autre avant même que l’on ne m’avertisse.  Il y a onze hôpitaux dans la ville, faut bien que je leur téléphone tous.  Enfin, je l’ai retrouvé.  Et puis, on me l’a condamné, pas plus de six mois.  Mais il a vécu un bon deux ans, personne ne pouvait y croire.  Lorsqu’il est passé aux soins palliatifs, nous nous sommes sauvés au casino, pour rire, et c’est le système d’adresse publique qui nous a rappelé à l’ordre.  Et puis, il a bien failli mourir six ou sept fois, la respiration irrégulière, les membres froids comme du marbre, et il revenait toujours.  Je lui ai demandé une fois pour quelle raison il revenait sans cesse, et il a répondu : «C’est que je ne veux pas te quitter, ma chérie. »&lt;br /&gt; Cela faisait un bon deux semaines que j’allais tous les jours, faire le chiffre de quatre à minuit avec lui, c’était le temps qu’il préférait me voir.  J’ai eu un mouvement de recul, je me souviens, en entrant.  J’aurais voulu me voir n’importe où plutôt que là. Mais j’ai fait un effort, et en entrant dans la chambre, j’ai vu tout de suite que le blanc de ses yeux avait commencé à noircir.  Des taches brunes qui devenaient de plus en plus grande.   L’aumônière était là. Je lui ai dit que cela faisait plusieurs fois que sa respiration se ralentissait comme cela.  Elle a dit : « Et bien, prenons chacune sa main, et prions. »  Prier, c’est quoi çà? Et puis, à haute voix, quant on n’a jamais fait çà? D’où sortait-elle, cette femme? Je voyais bien que l’heure suprême approchait.&lt;br /&gt;Après un certain temps, je me suis mise à surveiller l’horloge. La froideur m’aidait à traverser ces moments insoutenables. Mladen ne respirait plus régulièrement, mais les pauses entre les respirations s’allongeaient.  Je lui ai murmuré des phrases en croate, que j’avais apprise : « Ta mère t’attend et t’aime, ton père t’attend et t’aime, ne crains rien. Je suis bien, je suis sûre que je vais pouvoir continuer à vivre, laisse-toi aller. »  Deux minutes, deux minutes et quart, deux minutes et demie.  Aucun souffle.  Je lui embrasse le front, je me rends compte de l’odeur fécale, je vais chercher l’infirmière, qui ne l’examine même pas.  &lt;br /&gt;« Je peux voir, juste à son teint, qu’il est décédé. »   &lt;br /&gt;Je lui demande de lui fermer les yeux.  &lt;br /&gt;« Pauvre madame, il est si maigre, si décharné, que ses yeux ne resteraient même pas fermer. »&lt;br /&gt;Je reste seule auprès de lui pendant quarante cinq minutes.  Je mets ses effets dans une boîte que l’on me donne.  Je prends un coup de la bouteille de cognac que je lui avais apporté, mais à laquelle il n’a même pas goutté.  Je quitte l’hôpital après avoir embrassé les infirmières, je sens l’alcool à plein nez.  &lt;br /&gt;Et c’est alors qu’il m’est revenu : le jeune homme plein de capacités, musclé, fort, jeune et beau du temps de mon premier amour pour lui.  Voila qui j’avais perdu, l’amant doux, l’homme qui me comprenait. Je l’avais détruit, mon impatience l’avait détruit.&lt;br /&gt;Cette relation a décuplé mes capacités en affaires.  J’avais entrepris un emploi de recherche dans Multicorps, et j’avais développé de nombreuses applications de stratégie. J’ai beaucoup travaillé, depuis Mladen, à partir de Mladen. Je me souviens très bien du jour où je me suis rendu compte que la stratégie avait des applications partout.  Je m’étais assise et j’avais décidé d’essayer d’aller au bout de ma pensée. J’avais devant moi la première longue fin de semaine de congé depuis Mladen.&lt;br /&gt;Après plusieurs mois à entrer de bonne heure le matin, je suis arrivée au bout de toutes les possibilités, je n’avais plus de jus.  Alors, il a fallu que je trouve moyen d’aller plus loin.  J’avais l’impression d’être debout sur une falaise qui donnait sur la mer, et la mer était recouverte d’une brume épaisse, et qu’il fallait que je poursuive ma route.  Comment poursuivre ma route ?  Ah çà, je ne le savais pas.&lt;br /&gt;Je suis allée en parler à Rot.&lt;br /&gt;« Rot, deux minutes, j’ai besoin de conseil. »&lt;br /&gt;Encore habillé carreauté avec une boucle à pois, quel gars.&lt;br /&gt;« C’est toute une boucle, Rot. »&lt;br /&gt;« C’est de ma fille, qui est dessinatrice de mode à Chicago.  Elle prend les restes de matériel, et puis elle me fait des boucles, qu’elle m’envoie. »&lt;br /&gt;« Absolument unique dans son genre, chaque boucle, hein?  Comme toi ? »&lt;br /&gt;Quand je lui faisais des compliments, il devenait gêné, mal à l’aise.  Ce matin-là, il a rougi et m’a donné une petite tape sur la main.  À quatre-vingt ans, un tout jeune homme, ce gars-là.&lt;br /&gt;« Écoute, Rot, tu te souviens des dessins et des idées que je suis venu te montrer ? »&lt;br /&gt;« Oui, oui.  Tu continues de développer çà ? »&lt;br /&gt;« Ben, oui, sauf que je suis au bout de mon jus.  Comment vais-je m’y prendre ? Je voudrais développer tout çà, mais je ne suis pas sûre où aller ? »&lt;br /&gt;« Ah ! Je comprends, tu n’as pas de façon de t’y prendre pour aller de l’avant.  Comment est-ce que tu as fait jusqu’ici? »&lt;br /&gt;« Ben, je rentrais vers quatre heures et puis je sortais mes papiers et j’écrivais les phrases… »&lt;br /&gt;« Quatre heures?  Quatre heures du matin ? »&lt;br /&gt;« Ben, oui, et puis je faisais mes dessins de cellules à mesure… »&lt;br /&gt;«Tu fais de l’insomnie? »&lt;br /&gt;« Je suis veuve, Rot, tu le sais bien. »&lt;br /&gt;«Ah! »&lt;br /&gt;Il a repassé la paperasse.&lt;br /&gt;« Tu y crois vraiment, à ton projet ! »&lt;br /&gt;« Ben oui, mais je ne sais pas trop comment m’y prendre pour continuer ? »&lt;br /&gt;« Travailles-tu le mieux le matin ? »&lt;br /&gt;« Ben oui, surtout si je fais un peu d’exercice avant, je suis plein feu le matin. »&lt;br /&gt;« Ben, fais çà.  Prends ta paperasse après avoir fait de l’exercice, et écris jusqu’à ce que tu arrives au bout de ta peine, au bout de ta réflexion, et puis recommence. »&lt;br /&gt;« Mais comment est-ce que je vais faire pour alimenter ma pensée. »&lt;br /&gt;« Comment l’alimentes-tu actuellement ? »&lt;br /&gt;« Et bien, je pense à des scénarios possibles d’application, presque des fantaisies. »&lt;br /&gt;« Ça, c’est des gedankenexperimenten, des expériences mentales, comme Einstein en faisait. »&lt;br /&gt;« Hein ? »&lt;br /&gt;« Mais oui.  Et puis comment tu alimentes ta réflexion. »&lt;br /&gt;« Et bien, je parle aux gens qui ont ce genre de problèmes, et puis je te parle, à toi. »&lt;br /&gt;« Est-ce que tu lis ? »&lt;br /&gt;« Ben, oui, j’ai toujours beaucoup lu. »&lt;br /&gt;« Qu’est-ce que tu lis actuellement ? »&lt;br /&gt; « Ben, le journal. »&lt;br /&gt;« Mais à part de çà ? »&lt;br /&gt;« Tu veux dire, sur ma table de chevet ? »&lt;br /&gt;« Oui. »&lt;br /&gt;« Ben, j’ai la Lysistrate d’Aristote, j’ai les romans politiques d’Anthony Trollope, j’ai un livre sur le design.  Je viens de finir les romans de François Mauriac, c’est mon auteur favori. »&lt;br /&gt;« Hein, tous les romans ? »&lt;br /&gt;« Ben, je les aimais, ça fait que je les ai tous emprunté de la bibliothèque municipale, et j’ai fini par passer au travers. »&lt;br /&gt;« As-tu des livres qui font ce que toit, tu essayes de faire? »&lt;br /&gt;« Comme quoi ? »&lt;br /&gt;« Des livres qui traitent de problèmes complexes par leur structure. »&lt;br /&gt;« Hein ? »&lt;br /&gt;« Des livres qui examinent des situations difficiles en analysant ce que les situation difficiles peuvent avoir en commun. »&lt;br /&gt;« Non. Je ne suis même pas sûre de quoi tu parles. »&lt;br /&gt;« Bon, ajoute à ta liste de livres à lire The Great Transformation de Michael Polanyi, Empire and Communications de Harold Innes, et The Great Code de Northrop Frye. »&lt;br /&gt;« Je n’ai jamais entendu parlé de tout ce monde. »&lt;br /&gt;«Çà ne me surprend pas, les gens ici sont tellement incultes. »&lt;br /&gt;Il m’a donné à lire aussi plusieurs livres de Karl Popper, un philosophe de la science.&lt;br /&gt;« Et puis ? »&lt;br /&gt;« Et puis tu vas lire et tu vas aller au bout de ta réflexion par écrit.  Si tu veux parler de ta réflexion, tu reviendras. »&lt;br /&gt;Je suis revenu, et nous avons passé un an et demi à se rencontrer une fois par semaine, à quatre du matin, dans un resto.  Je lui payais son gros déjeuner – il allait mourir jeune d’une crise cardiaque, à ce train-là – et nous parlions de ce que j’avais lu.  C’est là mon authentique éducation, toute ma réflexion est partie de là.&lt;br /&gt; Alors je me suis mise à prendre de longues marches tôt le matin, et j’arrêtais dans les cafés prendre une tasse de thé, et puis j’écrivais.  Il m’arrivait, les fins de semaine de faire des parcours différents, pour voir différentes parties de la ville.  Et puis, si je voyageais par affaire, je me donnais toujours le temps de parcourir la ville à pied.  Ainsi, j’ai appris à connaître les coins reculés de bien des villes américaines : Chicago, Washington, et surtout New York.&lt;br /&gt; C’est un jour que j’arpentais Boston que je me suis arrêtée pour écrire dans la bibliothèque de la grande université M.I.T. – la Massachusetts Institute of Technology.  C’était un dimanche, la bibliothèque était ouverte tôt le matin pour tous les scientifiques qui ne vivaient pas en dehors du laboratoire, mon vol n’était qu’à quatorze heures.  Je me suis assise, je me souviens encore des grandes tables de travail en bois, et des fenêtres immenses qui faisaient tout un pan de mur.  Je me suis mise à écrire ce que je voyais comme application possible de la stratégie.  Je voyais bien dans l’entreprise, dans différentes sortes d’entreprises, à différents niveaux de l’entreprise.  Et puis, j’ai vu que les individus pouvaient s’en servir dans toutes les circonstances où il y avait un déséquilibre du pouvoir. Pas juste en entreprise, mais n’importe où dans leurs vies, la planification des finances, dans toutes sortes d’affaires.  Et puis, les groupes, toutes les sortes de groupes, et les gouvernements, tant pour la politique intérieure qu’extérieure.  Car j’avais vraiment le sentiment que tout le monde pourrait s’en servir, et que je venais d’inventer l’ampoule électrique.&lt;br /&gt; Petit détail technique : comment communiquer tout cela? Très bonne question.  Je ne suis pas naturellement douée pour ce genre de travail.  Moi, c’est la recherche que personne d’autre ne peut comprendre, pas le développement.  Sauf que j’étais bien trop consciente du motif de profit d’une entreprise d’experts conseil, comme Multicorps.  J’avais bien hérité du sens des affaires de ma mère, cela ne fait aucun doute.  Je ne pouvais pas faire autrement que d’en être continuellement consciente.  Alors je me suis mise à faire entrer, sans rien dire, dans mes consultations, des petits bouts de mon invention.  Mes autres innovations, par les années passées, m’avaient bien montré qu’il valait mieux tout simplement aller de l’avant, et ne pas demander la permission.  Il valait mieux obtenir le pardon que la permission des gens.  &lt;br /&gt;Donc, sous le couvert de la consultation habituelle, je me suis mise à introduire des éléments nouveaux.  Ma consultation est devenue moins didactique, et plus interactive.  Au lieu de donner mes solutions toutes faites, où mes conclusions toutes faites, je proposais des exercices, je posais des questions.  Il s’agit, bien sur de beaucoup d’évolution de mon coté, surtout que je préférais dire au monde quoi faire. Mais j’ai fini par me refaire une peau neuve.  Il arrivait aussi que je me mette à espérer faire une intervention dans un certain milieu, mais comme dans tout cabinet d’experts conseil, il arrivait souvent que l’on désire un proposé mais que l’on ne se fasse pas engager.  Cela m’a toujours frustré, même si la première leçon que j’ai apprise, c’est la règle du dix-dix : pour chaque dizaine d’appels demandant des renseignements, une seule invitation à proposer quelque chose de concret, pour chaque proposé, un seul contrat.  Une bonne fois que j’étais vraiment frustrée parce que je voulais vraiment donner suite à un excellent proposé, je me suis assise et j’ai écrit tout ce que j’aurais dit à mes clients.  En moins d’un mois, j’avais un livre de cent vingt pages, avec formules d’ateliers et tout et tout.&lt;br /&gt;Ce livre-là, je l’ai fait publié, mais il n’a jamais vendu beaucoup d’exemplaires.  Par contre, forte de cette innovation, je me suis tout de suite mise à croire que j’avais quelque chose à offrir à des clientèles plus diverses que celles avec lesquelles j’avais travaillé jusqu’ici.  Alors, comme bénévole, je me suis mise à travailler avec des regroupements tout autres que les banques et les Fortune 500.  J’ai travaillé avec des groupes d’immigrants, avec des groupes religieux, avec les petites entreprises, avec une communauté religieuse, avec les jeunes contrevenants, j’ai travaillé avec des professeurs d’écoles secondaires, avec des regroupements communautaires qui cherchaient à combattre le tabagisme.  Avec le temps, j’ai appris à connaître bien du monde et à me déplacer dans des sphères bien différentes.&lt;br /&gt;Ce n’est pas juste que je suis devenue meilleure expert-conseil, quoique ce fût le cas.  C’est que je cherchais quelque chose.  Je pense bien que je me cherchais, je cherchais une façon de dire qui je suis. Je pense que je me donnais de plus en plus accès au meilleur de moi-même, que je me permettais de me servir de mon côté créatif.  Je ne sais pas trop comment expliquer la transformation qui s’opérait en moi, mais il y en avait une, et c’était une vraie révolution.  Je me suis mise à donner du feedback.  Ben du feedback : je me suis mise à donner des compliments lorsque cela revenait aux personnes.  Et là, une authentique révolution s’est opérée dans ma clientèle.  Je suis devenue du coup la personne la plus demandée du bureau.  Je donnais du feedback constant, et je travaillais moins fort.  Cela me faisait presque pitié de voir que les gens se désâmaient pour avoir le plus petit compliment que ce soit.  Triste à en mourir. Mais cela m’a permis de vraiment décoller au niveau professionnel.&lt;br /&gt;Je donnais des ateliers de plus en plus, et plus j’en donnais, plus j’étais bonne. Plus j’étais bonne, et plus j’avançais vite.  J’ai donné un jour un atelier de créativité à une compagnie de produits comestibles surgelés. Je n’ose pas à ce jour leur donner le nom de compagnie de gastronomie, c’est impossible. Une journée entière pour le brainstorming qui mène à la liste de nouveaux produits qu’ils pourraient mettre en marché. Des pop sicles au poulet étaient sur la liste. Je n’ai pas osé dire que cela me rebutait. Mais voilà, on me prenait pour le Messie, alors que je cherchais les solutions au fond de leurs esprits. Sauf que mon propre esprit, je ne le sondais pas.  &lt;br /&gt;Et puis, je me suis mise à écrire furieusement, à tout moment perdu, de façon à ne jamais perdre mon fil ou un seul instant. Bien sûr que je me cachais de tout, je l’ai fait de toutes sortes de manières pendant des années. Mais je n’attendais surtout pas. Dans la salle d’attente du dentiste, au garage, sur les avions ou les aéroports, je n’étais jamais sans le moindre moment sans plume et sans papier.  J’étais forcenée, je travaillais semaine et dimanche, j’arrivais au bureau avant sept heures, je ne rentrais jamais que tard. Je découvrais sans cesse de nouveaux clients, de nouvelles applications. l’entreprise me laisse faire, maintenant, même s’il y a beaucoup de jaloux. J’apprends à travailler avec le CA, même si je suis célèbre par ailleurs. Je me décide à être moi-même, que très tard, et après coup.&lt;br /&gt;Le cas d’en suite, il s’agissait d’une de mes amies qui s’était mis dans le trouble. Cela a bien failli mal finir.&lt;br /&gt;Elle travaillait dans une grande entreprise, dont les quartiers généraux à eux seuls occupaient deux édifices à vingt- deux étages chaque, dans le centre ville de Montréal.  Le premier matin de son nouvel emploi, elle était fébrile d’enthousiasme.  On aurait dit qu’elle venait de gagner la loterie.  Et elle avait raison d’être fière d’elle.  Elle avait gagné le concours pour son poste de façon éclatante, et cela après un très long et très compliqué processus d’embauche.  Malgré toutes les embûches et toutes les statistiques qui lui disaient qu’elle n’avait à peu près pas de chances, elle avait réussi.  Et son emploi était à temps complet, garanti, et dans ses cordes en plus.  Les chances d’avancement étaient excellentes.  Gloria (c’était cela son nom, une guatémaltèque naturalisée) s’était pris un appartement dans le quartier près du bureau, et le premier matin elle s’est rendue à pied au bureau, excitée, contente, habillée beaucoup trop chic.  On l’a tout de suite présenté à tout le monde, et on a dit à chacun, en la présentant: « Voici Gloria de Flores, c’est elle qui a gagné le concours. » &lt;br /&gt; « Me voici, au cœur de l’univers, les quartiers généraux d’Archer Chenevert Martel… » Elle n’a pas tardé à comprendre à quel point la situation pouvait être plate, ennuyante, peu vivante.  Elle allait étouffer, c’était évident. Par contre, son patron immédiat, le directeur Sofion Stachura, était excellent. Un prince de l’esprit, un de ces rares individus qui avaient survécu à la bureaucratie et à la politicaillerie sans perdre son sens de l’humour ou ni intégrité.  Le patron au-dessus, par contre, c’était une autre paire de manches.  Lyon Auteil était un cas très intéressant : un français de France, comme on dit, et comme instruction il n’avait pas plus que sa douzième année.  Mais il était très motivé.  Il avait compris les principes selon lesquels on pouvait obtenir de l’avancement, dans la compagnie.  Il dirigeait maintenant un personnel dont chacun, sauf lui, détenait une maîtrise ou un doctorat.  C’était peut-être une piètre mesure de la valeur de quelqu’un, une maîtrise, mais cela n’était jamais absent de l’esprit d’Auteuil.  En plus c’était un court.  Il s’en faisait un complexe.  On aurait dit qu’il ne l’oubliait jamais.  Il était toujours en train de prouver qu’il méritait son poste, qu’il n’y avait aucune raison de douter de ses capacités.  &lt;br /&gt;Auteuil avait l’habitude de séduire les femmes autour de lui.  Ce n’était pas physiquement un Don Juan, mais c’était l’effort intense qu’il y mettait, et sans doute aussi l’étendue de son empire dans la compagnie qui se substituait à des charmes plus physiques.  Quand Gloria a commencé sa nouvelle job, elle n’avait pas encore appris çà, elle ne savait pas qu’Auteuil comptait déjà plus d’une maîtresse sur le lot.  De toute manière, l’obsession d’Auteuil, c’était l’avancement, et non l’oreiller.  Sauf que, sans diplôme universitaire, il avait probablement plafonné.  La pyramide devenait encore plus aigue à mesure qu’on la montait. Il ne lui restait que trois grades à gravir, peut-être six postes en tout et partout. L’ascension devenait très difficile.&lt;br /&gt;Gloria était aux prises avec un petit court complexé, frustré dans sa stature et frustré dans sa carrière, qui n’avait plus rien à conquérir.  Il n’y a avait plus que ses subordonnées pour l’amuser, et ce n’était même pas le genre à jouir de quoi que ce soit. C’était pour lui une manière d’employer l’énergie qui lui surchargeait le bloc. Il ne cherchait qu’à être rassuré, constamment rassuré, et pour cela, il lui fallait continuellement de nouvelles proies.&lt;br /&gt;Gloria ne se souvient plus maintenant du moment exact où elle a rencontré Auteuil pour la première fois – le premier jour, en tout cas la première semaine.  Sur le coup, il n’a pas dû créer d’impressions particulières, mais elle s’est rendue compte très vite quand même du meilleur et du pire dans son nouvel emploi, l’emploi dont elle avait rêvé pendant toutes ces années.  Stachura était superbe, il soutenait toujours son monde, et lorsque Gloria pondait des documents ou des analyses trop complexes pour la compréhension même des plus brillants, Sofion lui disait toujours: «On ne t’a pas engagé pour te tourner les pouces.» Elle avait accès aux meilleurs ordinateurs, aux meilleurs techniciens, aux meilleures ressources, à tout un personnel enchanté de pouvoir aller au bout de sa science.  Mais c’est là que le pouvoir de Sofion s’arrêtait, et c’est Auteil qui allait lui empoisonner la vie.&lt;br /&gt;Gloria rendait ses comptes à Stachura, mais Auteuil a vite repéré sa productivité -- elle devait sortir trois analyses de projet par année, et elle en a sorti six au cours de ses quatre premiers mois.  Auteuil s’est mis à lui donner des projets se rapportant directement à lui, et qui bientôt lui prenait la moitié de son temps.  Gloria a bien vu qu’un femme intelligente excitait Auteuil, que c’était un collectionneur de pièces montées. Comme un chasseur de lion, et il croyait ne pouvoir acquérir l’intelligence et le courage de sa proie en consommant son cœur…Gloria aurait préférer garder son cœur pour elle, être consommée, cela ne l’intéressait pas.&lt;br /&gt;Il ne faut pas croire que toutes les femmes voyaient le jeu d’Auteuil, ou s’y opposaient. Il y en avait toujours d’assez naïves pour croire qu’elles étaient l’unique chérie. L’une de celles-ci, car il y en avait plus d’une, devait essayer de montrer qu’elle occupait un poste supérieur à celui de Gloria.  Cà n’était pas vrai: les deux postes étaient en principe identiques, mais Gloria avait en fait une légère supériorité à cause de sa performance pendant le concours. La compagnie tenait soigneusement compte de ce genre de résultats. C’est donc dire si Auteuil voulait se servir de son cheval de Troie.  Sa reluquette s’appelait Hélène, en plus, et elle n’était pas plus intelligente que çà. Par elle, Gloria recevait toutes sortes de message.  Hélène essayait de lui donner des ordres sur ses projets, que Gloria refusait en disant qu’elle accepterait ces travaux si l’on passait par Stachura.  Stachura ne disait rien, mais il n’était pas dupe.  &lt;br /&gt;Ensuite Hélène s’est mise à expliquer à Gloria qu’elle ne jouirait pas de grand avancement si elle refusait les travaux non-analytiques qu’Auteuil cherchait à lui imposer.  Enfin, une autre maîtresse d’Auteuil, connue de Gloria mais pas d’Hélène, mariée celle-là, s’est mise à prendre un intérêt particulier à la nouvelle venue.  Dominique prenait le temps de dire « Bonjour, comment çà va ? » tous les matins.  Elle invitait Gloria aux pauses-cafés du groupe.  Elle l’invitait à déjeuner.  Gloria étouffait sous le poids de tous ces regards.&lt;br /&gt;Gloria avait remarqué toutes sortes de détail sur Auteuil, mais elle espérait encore se tromper. Elle avait bien vu qu’il tenait sans cesse des conversations avec ses subordonnées dans son bureau, la porte fermée.  Il ne la fermait jamais quand il s’entretenait avec des hommes.  Et puis, lorsque certains projets spéciaux exigeaient une étroite collaboration avec lui, Auteuil choisissait toujours des femmes, alors que l’entreprise comptait une proportion écrasante d’employés masculins. Lorsqu’il accordait une marque de faveur, un voyage d’affaires à une destination prisée, par exemple, c’était toujours à des femmes.  De moins de trente-cinq ans.  Belles filles. Même quand leur présence n’était pas requise par les objectifs du voyage.  &lt;br /&gt;Auteuil a hâté le pas en présentant à Gloria des demandes spéciales, auxquelles elle ne pouvait pas vraiment se dérober.  Il lui posait des questions sur certains dossiers qu’elle ne traitait pas.  Il lui demandait de rédiger de la correspondance, alors que cela relevait d’un autre bureau.  Il remettait en question certains faits qu’elle devait vérifier, alors qu’il aurait dû demander cela à l’auteur du document. Et il lui demandait de venir discuter de ces requêtes dans son bureau particulier, la porte fermée comme toujours. Il l’invitait à s’asseoir sur son divan, de sorte qu’il puisse s’asseoir à côté d’elle.  Quand il s’y asseyait, c’était toujours un peu trop près, cela mettait Gloria mal à l’aise. Il la complimentait sur ses vêtements. Une fois, il s’est longuement étiré devant elle, passant ses mains sur son estomac, et il s’est plaint d’avoir trop peu dormi le soir d’avant.&lt;br /&gt;Gloria le voyait venir, avec ses gros sabots.  Mais ce n’est que lorsqu’elle la gorge serrée ou la bouche sèche, qu’elle s’est admise à elle-même qu’il y avait quelque chose qui ne tournait vraiment pas rond. Elle s’en voulait à elle-même de ne pas pouvoir l’empêcher, elle pensait qu’elle devrait être capable de faire tout rentrer dans l’ordre.  Auteuil en rajoutait, il lui arrivait de lui poser des questions sur son père, il lui demandait pourquoi elle n’était pas plus sympathique, plus détendue, que sa carrière en souffrirait.  Et puis, lorsqu’il lui a demandé son numéro de téléphone à la maison, elle se sentait déjà si impuissante qu’elle ne lui a pas refusé.  Elle ne pouvait plus rien nier.  &lt;br /&gt;« Puis-je avoir ton numéro de téléphone à la maison ? »&lt;br /&gt;« Pour quelle raison ? »&lt;br /&gt;« Pour voir si tout va bien si jamais tu es malade. »&lt;br /&gt;« Ah. »&lt;br /&gt;En effet, cela lui donnait à penser.  Gloria lui avait donné le numéro, elle était choquée de son effronterie, mais elle sentait que c’était impossible de lui refuser cela.&lt;br /&gt;« Mais je vous dis que j’ai un répondeur et qu’il m’arrive de débrancher le téléphone. »&lt;br /&gt;De toute façon, son numéro figurait dans le bottin.  Il aurait pu le trouver facilement sans le lui demander.  Il cherchait tout simplement à lui faire sentir son empire, son pouvoir sur elle.  Et bien, cela avait réussi, il ne pouvait que s’en féliciter.  Elle sentait la salissure, aussi, du contact contre son gré.  Elle est sortie du bureau, cette fois-là, avec l’estomac dans la gorge et le cœur dans les talons.  Car tout d’un coup, elle voyait comme dans un cliché : les occasions qu’il fabriquait pour venir lui parler, les projets spéciaux qui l’amenaient à travailler intimement avec lui, l’impossibilité croissante d’avoir affaire à autre que lui.  &lt;br /&gt;La seule chose qui pouvait la réconforter, heureusement, tout cela était encore assez tôt pour qu’elle puisse agir, mais le temps pressait déjà.  Le fait que Gloria était lesbienne, probablement qu’Auteuil ne le savait même pas.  Quand il l’apprendrait, cela serait pire. C’était le genre qui trouverait cela excitant, qui fantasmerait, qui validerait encore plus sa masculinité au moment de la conquête. Si elle n’agissait pas, rien ne viendrait l’arrêter.  En attendant, tant qu’elle était en période probatoire, il n’y avait rien à faire pour les formalités, toutes les chances étaient de son coté.  Il lui faudrait se servir d’autre chose.  Rien à espérer du coté de l’employeur.  Une autre femme avait entamer un procès il y avait bien dix ans de cela, et malgré son gain de cause s’était ramassé avec pas grand-chose.  Que la situation devienne insoutenable, c’était sûr.  Que personne ne puisse lui venir en aide, elle le savait déjà.  Si sa situation devenait connue, sa carrière serait finie.  Un rien rendait Gloria bouc émissaire et cause célèbre tout à la fois.  &lt;br /&gt;Prise au piège, Gloria allait compter sur ses propres ressources.  J’ai toujours dit que Gloria était une stratège naturelle, sans connaître le mot.  Elle s’était servi de la stratégie très tôt dans la vie, lorsqu’elle était jeune fille.  Elle avait fait face à de nombreux préjugés et à beaucoup d’étroitesse d’esprit, tant par rapport aux sud-américains qu’aux femmes dans une famille qui était fière d’être traditionnelle.  &lt;br /&gt;Pour ce qui était d’Auteuil, Gloria était cynique.  Le harcèlement était comme une pente glissante, qui devenait de plus en plus irrésistible à mesure que la situation se développait. Pour Auteuil, le harcèlement c’était comme se payer une traite qui ne coûtait jamais rien, qui n’avait aucune conséquence néfaste, une espèce de plaisir pur sans arrière-goût.  Il y avait encore des hommes qui croyaient dur comme fer que de plotter une fille dans son milieu de travail, c’était un des petits plaisirs anodins qui accompagnaient une promotion. Auteuil était plein d’attitudes désuètes, mais qui n’avaient pas encore été démenties. &lt;br /&gt;Quand à Gloria, elle avait appris à fourbir ses armes très jeune, et dans des situations bien plus menaçantes que celle-ci.  Elle s’est même servie de ses expériences négatives antérieures comme carburant.  C’était toujours au moins çà, cela avait servi à quelque chose.  Elle n’était pas toujours consciente de son propre potentiel, évidemment, et il lui arrivait même d’arracher des victoires dont elle ne se rendait même pas compte.  &lt;br /&gt;Son but, bien sûr, c’était tout simplement de caser Auteil, sans l’humilier, sans demander à la compagnie de reconnaître le tort qu’elle avait vécu, sans demander aucune réparation.  Une fois la situation réglée, Gloria pourrait poursuivre ses nombreux projets de carrière.  Elle aurait pu se donner comme objectif de bien vivre, de jouir de la vie, mais je ne pense pas qu’elle sache ce que c’est.  Mais comment&lt;br /&gt;Son employeur, pour sa part, se souvenait très bien de la cause perdue du harcèlement, cela lui avait coûté assez cher, merci.  Si Auteuil n’avait pas compris qu’il lui fallait faire sa chasse à la chair ailleurs qu’au bureau, ce n’était pas parce que la compagnie n’avait pas souffert de ce genre de comportement.  Ce qui veut dire que Gloria ne pourrait pas lui faire comprendre s’il n’avait pas déjà compris.  &lt;br /&gt;Gloria avait pris des cours de judo quand elle était petite fille.  Ce n’était pas habituel pour les filles, mais Gloria n’y avait même pas pensé.  Elle ne se souvenait pas d’avoir été la seule fille dans sa classe, elle se souvenait seulement des compliments de son instructeur.  Devant sa posture exemplaire, il avait dit: « Nous allons faire de toi une authentique judoka. »  C’est là qu’elle avait appris comment se rouler par terre pour tomber sans se faire mal, des prises qui permettaient de se servir de l’élan d’un adversaire beaucoup plus grand, beaucoup plus fort, pour le défaire. Et elle s’est dit, un jour, « Voilà ce qu’il faut faire. »  Je serai judoka avec Lyon Auteuil.  Sa course de jupon va se retourner contre lui. Personne ne pourra me blâmer. Personne ne se rendra même compte de mon jeu.&lt;br /&gt;Évidemment, c’était stressant pour Gloria. Elle a surveillé son alimentation, fait de l’exercice, a beaucoup pris soin d’elle.  Elle examinait d’un nouvel œil tous ses collègues de travail qui la traitaient avec délicatesse, tous ces gens qui avaient le loisir de vivre leur travail et leurs heures chez eux dans la tranquillité.  Elle leur enviait, sans s’en rendre compte elle-même, la paix dont ils jouissaient sans s’en rendre compte non plus.  Gloria n’était pas tout à fait réaliste quand il s’agissait du bonheur des autres.&lt;br /&gt;Gloria prenait le temps de connaître tout le monde, de dire bonjour à tout le monde, de s’informer des petites affaires de chacun.  C’était une autre force. Elle apprenait tout sur tous très vite, parce que tout le monde lui racontait sans cesse tout ce qui se passait.  Elle avait su presque tout de suite qu’Auteuil avait une maîtresse au bureau.  Elle avait même su qui c’était, avant de la rencontrer, Une Telle. Ces renseignements ont servi.&lt;br /&gt;Une Telle se rapportait directement à Auteuil pour son travail, ce qui rendait toute l’affaire encore moins intéressante pour les puristes.  Auteuil et sa petite amie faisaient des efforts pour que leur relation ne soit pas évidente, mais ces efforts à la discrétion n’allaient pas jusqu’à se refuser certains plaisirs.  Ils faisaient ensemble des voyages d’affaires, aux frais de la compagnie.  Bien sûr qu’Auteuil devait être accompagné lors de ses voyages, mais normalement cela revenait à son adjoint, un poste beaucoup plus élevé que celui d’Une Telle.  Tout se savait dans cette boîte, et un tel passe-droit, qu’Auteuil s’imaginait rusé, avait été remarqué par tout le monde.&lt;br /&gt;Après quelques semaines, Auteuil s’est mis à envoyer Une Telle à Gloria, pour communiquer avec elle, pour lui faire dire ce qu’il ne pouvait pas vraiment dire directement.  Une Telle lui disait que sa préférence pour l’analyse ne ferait pas de bien à sa carrière.  « Mais, j’ai été engagé pour faire de l’analyse, au mois trois projets par an, comment puis-je passer mon temps à travailler à autre chose? Cela va paraître en fin d’année.»  Une Telle n’avait pas répondu, il n’y avait pas de réponses possibles.  Auteuil n’avait pas l’instruction qu’il fallait pour l’analyse, il en était incapable, et il s’y opposait.  Aucun des autres cinq analystes ne réussissait à en faire. Mais Gloria se chauffait d’un autre bois.&lt;br /&gt;Une Telle l’observait, lui faisait la conversation, essayait de comprendre ce qui motivait Gloria, ce qui l’agaçait, etce qui pourrait la faire marcher.  Une Telle aurait eu de meilleures chances de réussite si elle avait eu gros comme le petit doigt de subtilité.  Mais non, elle n’était pas douée, son atout principal, c’était son admiration sans bornes pour son chum. Epiée, Gloria commençait à se sentir étouffée. Il était temps d’agir.&lt;br /&gt;Un bon vendredi, Une Telle a invité Gloria à sortir pour le lunch.  Les déjeuners d’affaires n’intéressaient jamais Gloria, mais elle avait formulé son plan.  Un dîner du vendredi, c’était une occasion en or, et puis le jeu en était encore à ses débuts. Il fallait porter le coup le plus vite possible. Gloria a pris une profonde respiration, elle a vérifié son maquillage, et elle est sortie de son bureau pour se lancer dans la gueule du lion.&lt;br /&gt;Plus tard, lorsque Gloria m’a tout conté, elle m’a décrit en détail la courte marche vers le resto, la terrasse où elles s’étaient arrêtés, le garçon de table, la nappe carreautée, les verres égratignées, le décor aperçu depuis l’extérieur, et tout, et tout, et tout.  Gloria savait bien que tout ce qu’elle dirait se retrouverait le jour même dans l’oreille d’Auteil. Elle a donc laissé Une Telle parler tant qu’elle voulait.&lt;br /&gt;« Comment s’est passé ton voyage en Europe avec Auteuil ? »&lt;br /&gt;« Bien, bien.  Mais c’était fatiguant, on a beaucoup travaillé.  Tous les jours, il y avait plusieurs rencontres importantes. »&lt;br /&gt;« Comment as-tu trouvé le décalage horaire ? »&lt;br /&gt;« Cela s’est bien passé, en s’en allant. Et puis, on était bien trop débordé pour se préoccuper de ces détails-là. »&lt;br /&gt;« Mais, en revenant ? »&lt;br /&gt;« En revenant, j’ai du revenir au travail le surlendemain, alors… »&lt;br /&gt;La conversation divergeait, mais Gloria ramenait toujours des questions plus personnelles sur le tapis.  &lt;br /&gt;« Que fais-tu de tes temps libres ? »&lt;br /&gt;« Et bien, je fais de la voile. »&lt;br /&gt;« Ah oui, au Club ici? »&lt;br /&gt;« Mais oui, en fais-tu?»&lt;br /&gt;« Non, pas moi, mais j’admire les gens qui en font, il me semble que cela doit être excitant. »&lt;br /&gt;Çà n’était pas brillant, mais tout servait à Gloria. Elles ont parlé encore de quelques broutilles, de rouge à lèvre – cela prenait tout pour que Gloria ne crie pas d’ennui – et puis Gloria a porté son premier coup.&lt;br /&gt;« Est-ce que tu fréquentes quelqu’un, toi ? »&lt;br /&gt;Une Telle s’est crispée.&lt;br /&gt;« Non, non, » dit-elle presque trop vite.  « Pas pour le moment.  Mon dernier chum, cela remonte à plusieurs mois.  Je suis en pause. »&lt;br /&gt;« C’est qu’au bureau, c’est surtout des gens mariés, hein.  Cela ne nous laisse pas grand’chose. »&lt;br /&gt;«Ils sont presque tous plus vieux que nous… »&lt;br /&gt;« Auteuil, lui, n’est pas marié. »&lt;br /&gt;« Non, il est divorcé.» &lt;br /&gt;« Il me fait l’effet de n’être pas marié, en effet, » dit Gloria.  « Est-ce qu’il sort avec les filles du bureau? »&lt;br /&gt;Une Telle hoquète, puis elle se remet.&lt;br /&gt;« Non, non.  Pas du tout.  Je suis sure que non.”&lt;br /&gt;« Es-tu sûre? Je veux dire, par exemple, Hélène?»&lt;br /&gt;« Non, non, non. »&lt;br /&gt;« Ah. »&lt;br /&gt;La lionne avait bien vu que son lionceau était menacé.  Gloria, elle, n’a même pas entendu la réponse d’Une Telle, tant les oreilles lui bourdonnaient.  Elle a vu le sourcil froncé, cela lui a suffi, Dieu merci. Le tour était joué.  Après, c’est Une Telle qui surveillait Auteuil, bien mieux qu’aucun comité sur le harcèlement n’aurait pu le faire.  Auteuil a rengainé, et c’est une Gloria soulagée qui est venu tout me raconter cela.  On aurait écrit un feuilleton que personne ne l’aurait cru.&lt;br /&gt;La carrière de Gloria s’est assez bien passé par la suite.  Auteuil s’est amouraché d’une seconde maîtresse bien mal choisie.  C’était la maîtresse secrète du PDG, mais il ne le savait pas.  Elle voulait rendre son amant plus puissant jaloux, et puis Auteuil était libre de l’épouser.  Cela ne lui a pas rendu service.&lt;br /&gt;Voilà pour une forme d’application de la mètis.  Après cela, je me suis préoccupé d’appliquer la mètis à la carrière d’un homme politique. Il avait un sacré problème…Il se comportait comme si le fond de la culotte de la voisine était une mine d’or à exploiter.  Pour un homme dans sa vie privé, cela ne change rien sur le marché du travail. Pour une personnalité politique, c’était tout autre chose. &lt;br /&gt;Mon Pierrot, Pierre-André Cousteau de son vrai nom, est né dans la Beauce en 1946.  Il a grandi dans une famille assez perturbée. Pour commencer, son père s’est tué dans un accident de moto trois mois avant sa naissance. J’ai toujours pensé que les enfants posthumes accusaient certains désavantages psychologiques. Sa mère a fait son cours d’infirmière et a réussi à gagner sa vie, mais elle a du laissé son petit Pierrot avec ses parents pendant des grands bouts de temps. Elle a fini par se remarier, avec un monsieur Cousteau, et son Pierrot a pris le nom de son beau-père.&lt;br /&gt;Je ne sais pas d’où cela vient, mais Pierrot a toujours été obsédé par le succès. Pas matériel, il ne cherchait pas l’argent, mais de gagner tous les concours, de remporter toutes les médailles, d’accumuler l’admiration de tout le monde. Tout jeune, il s’est mis à accumuler les prix et les honneurs, à l’école.  À l’âge de seize ans, il a gagné un concours dont le prix était une rencontre (une dizaine d’autres jeunes y étaient aussi) avec le premier ministre du Canada, à l’époque Pierre Elliott Trudeau.  Il a dit plus tard que cette rencontre l’avait ébloui, et que c’est dès lors que ses ambitions politiques se sont précisées.  Il a étudié à l’université McGill, et il a remporté la bourse Rhodes pour passer un an à Oxford.  Ensuite, il s’est inscrit à Osgoode Hall pour faire son droit.&lt;br /&gt;En 1972, il a géré la campagne électorale d’un candidat pour le siège de sa région.  Son beau jeune homme a perdu, mais Pierre, lui, est devenu un vrai mordu.  Reçu du barreau en 1973, il est rentré en Beauce pour établir son cabinet et pour planifier sa future carrière politique.  Il s’était marié en 1975 avec une avocate rencontrée au cours de ses études.  Sa carrière à elle était plus brillante et mieux payée que la sienne, entre autre parce qu’elle donnait au cabinet d’avocat sa pleine concentration.  Lui papillonnait, mais tout ce qu’elle faisait allait servir, sans aucun doute. &lt;br /&gt;Il s’est présenté au conseil municipal en 1974 et il a perdu ses élections.  Il s’est représenté comme maire en 1976 et il a réussi. Après deux mandats, il perd ses élections – la vie politique n’est jamais tendre -- et il décide de se présenter comme membre de l’Assemblée Nationale en 1980.  Il perd aux législatives suivantes, puis reprend son siège la fois d’ensuite.  C’est n’est pas tout à fait un fichier exemplaire, c’est que de temps à autre des rumeurs sur sa vie personnelle venait le saucisser.  Il n’avait pas la verve pour s’en sortir comme, par exemple, cet homme politique israélien, qui sur la parution des mémoires d’une ancienne amante, avait dit à la presse : « À l’avenir, que des analphabètes. »&lt;br /&gt;Au moment de sa défaite, le parti de Pierre-André lance un concours à la chefferie, et mon Pierre-André étant à rien faire, se présente alors qu’il est presqu’inconnu.  Il remporte ce concours, malgré les nombreux obstacles et ses défauts bien évidents. Moi, je pense que c’est parce qu’il a bien su se servir de la mètis. Je l’ai moi-même conseillé pendant sa campagne.&lt;br /&gt;Pierre-André Cousteau mentait sans que cela ne le dérange plus que çà, si cela pouvait servir à ses fins.  Il évadait le regard du public, et donc l’examen exigé par l’opinion publique, même quand il cherchait à dorer son image.  Il était prêt à tous les sacrifices matériels pour le bien de son image et de sa réputation, et ce, tout au long de sa carrière politique.&lt;br /&gt;Par exemple, vers mars 1988, les journaux rapportaient que le candidat à la chefferie avait « presque reçu l’appui d’un presque candidat. » C’était mon Pierre-André, çà.  Il avait accordé son appui à quelqu’un comme candidat à la chefferie avant même de s’être déclaré. Et en termes très forts : que vu que la question de l’heure, c’était l’intégrité, que Raymond Tremblay la possédait.  Mais lorsque les journalistes ont demandé à Cousteau s’il appuyait vraiment Tremblay, Cousteau n’a répondu qu’en disant que ses commentaires antérieurs suffisaient. Lorsque Cousteau s’est présenté à la mairie, son rival Geoffrey Nelson a dit de lui qu’il était le genre qui « préférait traverser l’océan à la nage plutôt que de dire la pure vérité. »&lt;br /&gt; Et puis, à compter de 1991, la presse satirique ou populaire, genre Allo Police, ne fournissait plus l’enquête sur les ragots (et les calembours) qui circulaient continuellement sur lui. Presque chaque jour, une nouvelle suggestion d’adultère ou de corruption faisait surface.  Quand on lui demandait quels étaient ses projets pour l’avenir, il s’indignait.  « Je ne suis pas obligé de tout vous dire.  Je vous avertirai en temps et lieu… »  C’est avec çà que j’ai dû travaillé.&lt;br /&gt;Je n’ai peut-être pas dis que, si j’avais aimé Mladen plus que tout, je me suis racollée tout de même.  Quelle naïveté de ma part, de croire que je pouvais retrouver tout ce que j’avais perdu.  Cela aurait du être évident.  Luc était tout le contraire de Mladen, d’abord parce que je n’ai éprouvé pour lui aucune passion.  C’était un bel homme, pourtant, aux yeux bleus, un rien plus grand que moi, avec la légère calvitie de tant d’hommes d’âge mûr.  Il était froid, le genre qui se détournait le visage s’il voulait rire.   Sa mère, morte pourtant peu après notre mariage, m’avait dit assez gratuitement je pense, qu’il avait beaucoup de contrôle dans tout, et surtout dans çà.  Je me suis longuement demandé quelle affaire elle avait à me dire qu’il se contrôlait bien sexuellement – à la longue je me suis dit que la relation était maladive, que sa mère l’avait sans doute agressé – mais en tout cas elle avait raison.  &lt;br /&gt;Il était séparé, il avait deux enfants dont il ne parlait jamais, nous n’avons jamais parlé de sa femme.&lt;br /&gt;Je me souviens de l’histoire du dîner.  Avant de rencontrer Luc, j’avais une amitié superficielle et légère avec un gars du bureau, Tony. Nous aimions rire des folies des diverses personnalités parmi la clientèle.  Rien de bien grave, j’avais soupé avec lui et sa blonde, Laure, une fois. Ce couple adorait faire la cuisine. Mais Luc avait perdu une cause à cause d’elle, me disait-il. C’était elle aussi une avocate, et elle l’avait sommairement humilié parce qu’elle l’avait pris en faute, et le voilà pris avec les frais de cours à payer à ses clients à elles. Bon, bon, bon.  On s’était rencontré, les quatre, à un dîner mondain à Toronto, où le vin était mauvais mais la cuisine bonne, et quand Laure m’avait invité à revenir souper avec Luc, car ils avaient depuis pris un cours de cuisine en Ombrie, et bien, j’avais accepté avec plaisir.  Et Laure avait dit : &lt;br /&gt;« Ben, je vous laisse choisir la date, parce que Luc se sent peut-être encore un peu froissé. »  &lt;br /&gt;Mais non, lui ai-je répondu, tout va bien. &lt;br /&gt;Toujours est-il que Luc refusait d’en parler, refusait de proposer une date.  Quand Laure est revenue à la charge avec une date, parce que l’on s’était à nouveau rencontré et qu’ils avaient renouvelé l’invitation, il a répondu par courriel qu’il ne voulait rien à voir avec eux, et qu’il ne voulait pas non plus que ‘les gens près de lui’ aient du contact.  Cela ne m’aidait pas, je devais travailler avec Tony.  Alors j’ai laissé passer quelques semaines, et je lui ai demandé d’aller dîner à un nouveau restaurant à coté. Il a dit oui.  Quand je suis venu à la maison, et que j’ai mentionné, j’ai eu droit à deux semaines de boudin.  Finalement, il m’a demandé d’aller avec lui en voyage d’affaires la même semaine que le dîner, que j’ai annulé.  Mais pendant le voyage, il m’a fait sentir qu’il ne pouvait endurer que je me reprenne.  Je n’ai donc jamais repris de date avec lui.&lt;br /&gt;Luc ne s’imposait pas de façon évidente.  Je ne sais, finalement, s’il m’a vraiment aimé.  Tout ce que je sais, la dernière fois que je l’ai vu, c’est qu’il avait pris dans ses bras comme un nouveau-né que l’on prend pour la première fois, les photos et autres colifichets de notre vie ensemble, comme s’il pouvait encore embrasser la vie que nous avions partagé ces quelques mois.&lt;br /&gt;J’ai rêvé, bien des années plus tard, au sujet de Luc. Voilà que mon inconscient me le ressortait. Dans le rêve, c’était après sa retraite.  Je me réveillais au lit, à ses côtés.  Dans mon rêve, nous étions fiancés, nous allions nous marier.  Un beau jour, j’ai reçu la visite de Marie Peters.  Elle ne comprenait ni mon choix, ni ma décision de me marier.  Elle s’est assise à la table de cuisine et elle me dévisageait avec désarroi et surprise. J’avais beau faire miroiter devant ses yeux l’immense diamant de fiançailles que m’avait offert Rot –- il passait pour avoir hériter beaucoup d’argent de ses parents -- elle ne perdait pas la moue de dégoût qui s’étendait toujours plus sur son visage.  Alors je lui ai dit, toujours dans mon rêve:&lt;br /&gt;  « Je suis enceinte. »  &lt;br /&gt;Et d’elle de penser, sans pourtant le dire :  &lt;br /&gt;« Ah !  C’est pour çà que tu as fait çà… »  &lt;br /&gt;J’ai arrêté ce soir-là de coucher avec Luc, et en m’étendant seule dans ma chambre, je prenais conscience que j’étais enceinte d’outils. Je les voyais flotter touts petits dans mon ventre. Je me suis demandée ce que cela pouvait bien vouloir dire. Mais la réponse m’est venu vite.  J’avais beaucoup d’idées que je voulais développer, je le voyais bien. Pour mener la grossesse à terme, pour mettre mes idées au monde, il me fallait des ressources, il me fallait du temps, il me fallait l’aide des autres. &lt;br /&gt; Je vois bien que l’on dira que Mladen est l’amour de ma vie, mais moi je dis que j’ai été bien plus longtemps, et j’ai accompli beaucoup plus, pendant mes mois avec Luc.  Luc, au moins, il était comme moi.  Luc, au moins, il me comprenait à mi-mots et il ne me disait jamais quoi faire, ni quoi ne pas faire.    &lt;br /&gt; Je me souviens du jour où j’ai rencontré Luc Fréchette pour la première fois.  Le bureau était en reconstruction : j’ai senti la poussière et le plâtre sous mes pieds en descendant le corridor, et puis il y avait un échafaudage qui barrait la route, qu’il m’a fallu détourner, et puis le bruit des scies et des marteaux étaient assourdissants, d’autant plus que ces bruits n’avaient aucun pattern, aucun rythme.  J’ai rencontré trois travailleurs de construction en bottes, avec leurs grosses ceintures de travail qui retenaient plus d’outils que je n’avais dans ma boîte.  Je ne savais pas si c’était de la peinture, de la térébenthine ou un autre nettoyeur que je sentais.  Je ne savais pas plus où était le bureau de Luc Fréchette, je ne savais que j’avais trois questions à lui poser, et que j’étais pressé.  Le numéro 187, voici sa porte, je cogne, mais il y a tellement de bruit que je ne m’entends même pas frappé.  J’attends un instant, mais je ne pense pas pouvoir entendre si l’on me répond.  Alors je frappe à nouveau.  J’attends à nouveau mais je ne crois pas pouvoir entendre, alors j’entre.  &lt;br /&gt; C’est le bureau poussiéreux ordinaire : le pupitre est en bois, comme sont les étagères, et comme la plupart des avocats que je connaisse, il y a des papiers partout.  Mais c’est Luc lui-même qui retient mon attention.  Il est assis, et je vois bien qu’il a l’ossature fine et le ventre rondelet.  Il porte une barbe à la Henri IV, je suis soulagée de voir qu’il la taille, au moins.  Mais il ne dit rien, il ne se lève pas, au contraire il retire sa main de dessous le pupitre, je ne lui voyais pas la main droite, et dans la gauche il a un crayon à mine jaune, comme ceux de l’école, avec une efface brunâtre au bout.  &lt;br /&gt; « Bonjour, Maître Fréchette, je suis Mireille Massey-Dome. Mim.»  &lt;br /&gt;Il me salue de façon inhabituelle pour une première fois. Il ne se lève pas, il reste assis, il ne fait que lever le bout du crayon, le bout avec l’efface, et le laisse ensuite glisser entre ses doigts. &lt;br /&gt;« Je m’excuse de vous déranger comme cela, mais je m’occupe du dossier Placer, et j’ai trois questions à vous poser. C’est malheureusement assez urgent.  Premièrement…»&lt;br /&gt;Mais qu’est-ce qu’il a, il n’a pas desserré des lèvres depuis que je suis entrée, il est comme figé, et puis il halète toujours.  Un peu de rougeur dans le teint, mais je ne l’ai jamais rencontré, ces petits gros, il arrive qu’ils aient le teint assez fort.  Quoique lui, il a une peau de pêche…&lt;br /&gt; « Cela vous arrive, de frapper à la porte, avant d’entrer? »  &lt;br /&gt;Il rugissait, ce petit homme.  Alors j’ai bien vu qu’il avait l’air gêné finalement, mais je n’ai compris que plus tard ce que voulait dire les couleurs vives, l’ombre de sueur sur sa lèvre supérieure, le mouvement soudain de sa main qui passait sur le pupitre.  Bordel, si tu veux faire cela pendant les heures de bureaux, barre la porte, éteint ta lampe, jusqu'à ce que tu sois remis de tes émotions, on n’est plus des ados…&lt;br /&gt; Cela m’a choqué finalement.  Pas la masturbation, je m’en balançais, mais le fait qu’il soit bête comme ses deux pieds parce qu’il s’était fait prendre la main dans le sac.&lt;br /&gt; « Oh ! Pardon. » &lt;br /&gt;C’est tout ce que j’ai dit, de ma bouche la plus pincée, et je suis sortie de mon célèbre pas de gendarme, avec le talon aiguille qui allait laisser ses traces dans le prélart.  Je suis retournée au bureau, et je me suis dit que j’avais bien d’autre chose à faire que de parler à ce mufle.  Même mon souvenir de cette première rencontre est pincé...  &lt;br /&gt;Il m’a rattrapé un peu plus tard et s’est excusé.  Je lui ai dit crûment que s’il veut se masturber, qu’il tourne la porte à double tour avant.  De là il s’excuse, fait des remarques générales.&lt;br /&gt;Je l’ai vu une fois, il était le conseiller spécial d’un des conseils d’administration auquel j’assistais.  Je ne le connaissais pas encore, j’avais surtout remarqué la barbe taillée comme en as de pique. Cela se voyait très peu, à l’époque.  Il m’a reparlé, sans avoir l’air gêné. J’ai apprécié le cran. On en est venu de fil en aiguille à se fréquenter.&lt;br /&gt;Je ne comprends pas pourquoi. Je pense que c’était parce qu’il ne m’attirait pas plus que cela. La première fois que l’on a fait du frottage, il a eu une érection, mais quand avant, quand on caressait, j’ai mis la main dans la patelette et j’ai trouvé… rien. Je veux dire, je ne sentais que de la peau et du poil, mais du poil, il en avait partout sur l’estomac, il n’y avait rien là.  Aucun obstacle, à l’exploration, mais aucun retour non plus, aucune turgescence, comme disent les manuels sexuels. J’ai été abasourdie.  Le contraire de Mladen. Et puis, il ne m’a jamais posé d’attentes sur ce point. Cela a pris deux mois que l’on ne le faisait presque plus, et puis une ou deux fois l‘an, on se regardait se masturber. Point final.&lt;br /&gt;Toujours est-il que Fréchette avait des ambitions politiques. Il allait à toutes les levées de fond, à tous les dîners mondains à Toronto. Il siégeait à des CA qui ne l’intéressait même pas, pour rencontrer le plus de politiciens possibles.  Après une victoire électorale de son parti, le chef l’avait fait venir.  &lt;br /&gt;« Bon, dit-il, qu’est-ce que tu veux ? » &lt;br /&gt;Et Fréchette d’avoir le front de lui demander la magistrature.&lt;br /&gt;« Ouais, ben, il n’y en a plus beaucoup à ma disposition, depuis les réformes. Mais par contre, aux tribunaux administratifs comme la régie des loyers, cela se peut. Ce sera payé à la leçon, tu comprends. » &lt;br /&gt;Fréchette a sauté sur l’occasion, je n’ai réussi qu’à le dissuader de porter les vêtements judiciaires qu’il ne méritait pas, somme toute. Même pas juge de paix.&lt;br /&gt;Toujours est-il qu’il m’avait demandé de prendre sa place sur le CA de Habitat pour l’Humanité, un organisme communautaire qui bâtissait des maisons pour des gens trop pauvres pour s’en acheter une. Je me souviens bien de cela, parce que mon mécanicien avait fait une demande l’année précédente.  Et bien, mon mécanicien est venu me voir une bonne fois.  &lt;br /&gt;« Écoute, j’ai un problème, je voudrais t’en parler. »&lt;br /&gt;«C’est à quel sujet ? »&lt;br /&gt;« Ben, je sais que tu sièges au conseil d’administration pour Habitat pour l’humanité. »&lt;br /&gt;« Oui. »&lt;br /&gt;« Ben, j’ai un problème. Tu sais que je vais avoir une maison, et que vous m’avez demandé un dépôt de $2000. »&lt;br /&gt;« Oui, oui, félicitation. »&lt;br /&gt;« Ben, le dépôt, je l’ai payé à la gérante générale, j’ai le chèque qui est revenu de la banque.  Regarde-le. »&lt;br /&gt;« Ben, oui, je vois bien çà. »&lt;br /&gt;« Ben, la gérante dit que je n’ai pas payé le dépôt. C’est elle qui m’a dit de lui faire le chèque à son nom `a elle. Quand je suis allé me plaindre à Luc Boissonneaux, le président du conseil, il l’a consulté. Elle a dit que c’était une transaction personnelle. »&lt;br /&gt;« Il ne l’est plus, il vient d’être nommé arbitre par la province. »&lt;br /&gt;« Je sais, mais c’est ce qu’il m’a dit. »&lt;br /&gt;« OK, et puis ? »&lt;br /&gt;« Ben, la question va être discuté au CA cette semaine, je voulais te mettre au courant. TU sais, pour recevoir une maison de vous autres, faut plus ou moins être pauvre. »&lt;br /&gt;« Bien sur que les récipiendaires ne sont pas en moyens. C’est un organisme à but non lucratif. »&lt;br /&gt;« Ben, je vais être obligée de me reprendre.  J’ai le reçu, je l’ai payé en argent, elle dit que le reçu est un faux. »&lt;br /&gt;«On va voir ce que le CA va dire. »&lt;br /&gt;Ben, la CA a pris la part de sa gérante.&lt;br /&gt;Alors je lui ai dit : &lt;br /&gt;« Va au tribunal de la régie des loyers, va à l’aide juridique, ils vont s’occuper de toi.  Ça n’a pas de sens, tu as le reçu, et ils ne te croient pas. »&lt;br /&gt;Il a suivi mon conseil, il est allé à l’aide juridique, on lui a donné le dernier frais chié.  Et puis, cela a pris du temps, il a fallu attendre que le calendrier du tribunal soit libre, 6 mois environ.  Finalement, il y a eu des coupures budgétaires, ce qui veut dire que l’arbitre est resté à Toronto, et tout s’est passé par vidéo. Qui coûtait plus que le prix du billet d’avion, mais enfin…Et puis l’arbitre choisi a été… Jean-Jacques.  Quand j’e l’ai su, il était déjà trop tard. Moi, je trouvais qu’il y avait un conflit d’intérêt.  Mais lui a refusé de m’en parler, il m’a boudé. Ce qui fait qu’il est allé à Toronto plutôt que de rester en ville entendre la cause en personne, pour ne pas effaroucher ses patrons politiques.&lt;br /&gt;Je suis allé entendre la cause. L’avocat a fait sa job, il a montré le reçu, il a explique la situation. L’avocat pour Habitat est allé à Toronto, il a bien fait, cela a fait une différence.  Habitat soutenait l’histoire de la gérante, qu’il s’agissait d’une transaction personnelle. Tout cela nous a paru tellement cousu de fil blanc, que l’avocat ne m’a même pas fait comparaître, pour dire que je n’étais pas d’accord avec le CA, que le vote n’avait pas été unanime.&lt;br /&gt;Et puis, le coup est tombé.  Fréchette a trouvé en faveur d’Habitat.  Je suis restée tellement bête que j’ai rien dit.  Le mécanicien n’a pas compris tout de suite non plus.&lt;br /&gt;« Qu’est-ce qu’il y a? Qu’est-ce que cela veut dire, non-lieu ? »&lt;br /&gt;L’avocat a expliqué lentement. &lt;br /&gt;« Non-lieu c’est une expression française, pas canadienne. Cela veut dire qu’on refuse de trouver en notre faveur. »&lt;br /&gt;« Hein, mais j’avais le reçu et ils disent que je n’ai pas payé. »&lt;br /&gt;« L’arbitre a du penser que tu avais tout inventé. »&lt;br /&gt;Alors, je suis intervenue.&lt;br /&gt;« Tu vas faire appel, maintenant. »&lt;br /&gt;C’est l’avocat qui a répondu.  &lt;br /&gt;« L’aide juridique ne couvre pas les frais d’un appel. »&lt;br /&gt;Cela lui coûterait moins cher de repayer que de faire appel. Une fois de plus, c’est le petit porteur d’action qui perd tout, et les gros richards rentrent chez eux, la panse remplie et la conscience tranquille.&lt;br /&gt;Le mécanicien est resté abasourdi pendant plusieurs minutes.&lt;br /&gt;« Il ne te reste que d’aller aux journaux et dénoncer toutes l’affaire. Je vais t’aider, on va en faire un scandale. »&lt;br /&gt;Mais en le disant, je savais bien que Fréchette m’obligerait à rester dans l’inaction. Ce qu’il fit. &lt;br /&gt;Toujours est-il que j’ai cherché à me reprendre de quelque manière, j’ai cherché à faire quelque chose de mes dix doigts, à m’occuper. J’ai dîné avec une amie et je lui ai dit que j’étais en train d’écrire une chanson Western. On s’est saoulé la gueule et je suis allée la beugler dans un bar karaoké. On m’a hue.  Et puis, j’ai téléphoné à tous mes amis qui savaient faire à manger, pour leur dire que j’allais les inviter à une émission de cuisine que j’allais proposer à la station de cablo-distribution du coin.  Ils ont tous acceptés, mais je n’ai pas avancé le dossier.  Je suis allée dans une auberge comme l’invitée d’un de ces mais, et j’ai dit bien fort dans la salle à manger que je pouvais en faire autant, juste au moment où le chef suisse qui avait travaillé dans les grands hôtels du monde entrait. Finalement j’ai inventé un nouveau jeu pour aider les enfants à épeler.&lt;br /&gt;J’avais une connaissance, Linda, qui avait siégé au conseil d’administration de la Société du cancer avec moi, qui était psychologue en charge des détenus dans un des pénitenciers à sécurité maximale, qui se trouvait être dans ma région. On a pris un café, je lui ai expliqué mon idée.&lt;br /&gt;« Linda, je voudrais enseigner la stratégie à tes gars. »&lt;br /&gt;« La stratégie? Ce sont des durs à cuire, hein, en général, es-tu bien sûre que tu veux faire çà ? »&lt;br /&gt;« Oui, oui. Écoute, il n’y a plus personne qui me ferait confiance, avec ce qui est arrivé. Mais j’ai encore du jus, il me semble, j’ai encore quelques bonnes idées. J’ai encore de l’énergie pour mettre du monde sur pieds, les habiliter à faire quelque chose de leur vie. »&lt;br /&gt;« Ben, tu sais qu’on a pas de budget pour ça. »&lt;br /&gt;« Je sais bien, je n’ai pas besoin d’argent, j’ai besoin d’un projet. »&lt;br /&gt;« Écoute, chère, tu ne vas pas venir mener mes gars par le bout du nez, ils sont beaucoup trop matraqués pour ça. « &lt;br /&gt;« Ben, si t’es pas sûre que je suis capable… »&lt;br /&gt;« Je suis sûre de tes capacités professionnelles, je ne suis pas sûre de te voir capable de fonctionner dans le milieu. » &lt;br /&gt;« J’ai travaillé avec toute sortes de monde, et partout dans le monde. Je sais m’adapter aux cultures très rapidement. »&lt;br /&gt;« Ouais, ce n’est pas la même chose, ils vont éviter de te donner du feedback, par exemple, ils cherchent à cacher tout ce qui se passe de tout le personnel. »&lt;br /&gt;« Çà ne fait rien, je vais être capable. »&lt;br /&gt;« Et puis, il va falloir que tu rencontres le directeur de la prison, il n’est pas facile celui-là. Depuis deux ans, il reçoit un bonus s’il réussit à économiser sur son budget, un bonus en proportion aux économies qu’il réalise… »&lt;br /&gt;« Çà n’a pas de sens ! »&lt;br /&gt;« C’est la dernière mode, hein, on ne peut rien faire là-dessus. Écoute, j’y vais, mais je te rappelle. »&lt;br /&gt;Elle l’a fait. Trois jours plus tard, j’avais un rendez-vous avec le directeur.  C’était un homme plus jeune que moi, fin de la trentaine, à l’aspect dur, pas physiquement, mais concentré et sans souplesse spirituelle. Souplesse spirituelle… depuis quand est-ce que je pensais comme cela ?&lt;br /&gt;« Vous n’allez pas parler aux journalistes de votre bénévolat ici ? »  &lt;br /&gt;C’était ça la première question qu’il avait à me poser, la première chose qu’il avait à me dire. &lt;br /&gt;« Le gouvernement en place n’a pas besoin de publicité inattendue sur ses détenus. »  &lt;br /&gt;« Non, non, j’ai répondu, je ne pense pas avoir affaire encore à eux. »  &lt;br /&gt;«Et pour quelles raisons vous vous êtes portée volontaire ? »&lt;br /&gt;« J’ai encore une contribution à faire à la société, il me semble, et je voulais poursuivre mon travail professionnel sous un autre angle, dans un nouveau contexte, relever un nouveau défi. »&lt;br /&gt; « Ouais, ouais, un nouveau défi, je vois bien ça.  Çà ne me dérange pas en autant que les médias n’entendent parler de rien. »&lt;br /&gt;« Pas de problème. »&lt;br /&gt;“Et puis, qu’allez-vous faire après ?”&lt;br /&gt;« Comment, après ? »&lt;br /&gt;« Quand vous aurez donné votre atelier, vous allez faire quoi avec les résultats ? »&lt;br /&gt;« Ben, rien. »&lt;br /&gt;« Comment ça, rien ? »&lt;br /&gt;« Je le fais pour la satisfaction personnelle. »&lt;br /&gt;« La satisfaction personnelle? Vous ne ressemblez pas beaucoup à l’Armée du Salut, vous savez. Et ce sont les seuls qui prétendent être désintéressés, ici.  Ben, il y a peut-être l’aumônier, autrefois, mais maintenant ils sont salariés. »&lt;br /&gt;« Je le fais pour avoir quelque chose à faire, je suppose. »&lt;br /&gt;« Ah !  Les dilettantes, ça me connaît. Parfait. Alors, vous allez opérer sous le sceau de la confidentialité.”&lt;br /&gt;« Çà va, j’ai l’habitude vous savez, dans le milieu des affaires. J’ai même demandé qu’on ne me dise rien de leurs casiers judiciaires. »&lt;br /&gt;« Bon, parfait. Merci d’être venue. »&lt;br /&gt;Je me suis donc présentée le premier jour, fière comme Artaban et gênées comme une pucelle.  Ils étaient neuf, surtout des autochtones, bien sûr, mais il y avait aussi des blancs, et puis il y avait des jeunes et des moins jeunes.&lt;br /&gt;Je l’ai tout de suite remarqué, parce qu’il fronçait les sourcils tout le temps. Mais il n’a presque rien dit la première fois.  Faut dire qu’il n’y avait pas grande conversation la première fois. Ils m’ont dit plus tard qu’ils voyaient bien que j’étais nerveuse et qu’ils avaient essayé de me donner une chance. Moi, je voyais surtout qu’ils ne me faisaient pas confiance.  Feedback zéro, comme Linda m’avait dit. Misère.  J’avais poussé tout de même, je n’avais pas froid aux yeux, j’allais de l’avant, je fonçais, je poussais à la roue. En d’autres mots, j’ai commencé par commettre toutes les erreurs habituelles.&lt;br /&gt;A la troisième ou quatrième rencontre, on prenait une pause, et puis j’ai demandé à Lulu pourquoi il fronçait toujours les sourcils. Il a dit : &lt;br /&gt;« J’ai de la misère à voir. » &lt;br /&gt;« Je pense bien que c’est ça, » je lui ai répondu, « mais pourquoi ne portes-tu pas des lunettes. »&lt;br /&gt;Et un autre détenu a répondu : &lt;br /&gt;« C’est la police qui lui ont brisés. »&lt;br /&gt;Ah.&lt;br /&gt;Tout m’est revenu tout d’un coup, comme une vague qui déferle. J’ai fait ce que je n’avais jamais fait devant le monde, ni aux funérailles Mladen, ni après le procès, ni ensuite assiste toute seule à la maison, devant un téléphone qui ne sonnait jamais, j’ai pleuré. J’ai su tout de suite que j’en avais pour plusieurs minutes. J’étais gênée, bien sûr, mal à l’aise, mais j’ai entendu, comme si elle venait de loin, la voix de Luc: &lt;br /&gt;« Écris- en un livre ! »&lt;br /&gt;« C’e n’est pas que je suis insultée ou blessée. C’est que je suis frustrée. Vous ne m’en avez jamais parlé avant. Nous avons perdu tout ce temps, que nous aurions pu mieux employer, et nous ne le retrouverons jamais. Je ne peux plus me reprendre. »&lt;br /&gt;Et j’ai compris à ce moment-là ce que je pleurais.  Non pas cette mésaventure finalement très anodine avec les détenus, le bien que j’aurais pu leur faire. Non, je pleurais sur moi-même, sur le mal que j’avais causé, les erreurs que je ne pourrais jamais reprendre. Sur le temps que je ne pourrais jamais plus ravoir.&lt;br /&gt;Je me suis sauvée le plus vite que j’ai pu. Je voulais à tout prix sortir de là avant que le mot ne se passe. Avant que tout le monde ne soit au courant. Avant, surtout, que les gardes n’en entendent parler et ne fassent là-dessus des calembours que les détenus ne feraient jamais. J’ai réussi à sortir de là à temps. J’ai pu souffler, une fois dans ma voiture. Mais je n’ai jamais pu en parler avec qui que ce soit.  Et surtout pas à Marie Peters.&lt;br /&gt; Et puis, c’est l’hôpital qui à téléphoné. Il s’est ramassé à l’hôpital, je suis arrivé, il était inconscient.&lt;br /&gt;Je suis arrivée à la course au bureau du service d’urgence, et je l’ai demandé tout de suite.  L’infirmière a dit : &lt;br /&gt;«Êtes-vous de la famille ? » &lt;br /&gt;« Non, j’ai répondu, je suis une amie. »  &lt;br /&gt;« Ah, » a-t-elle dit. « Sa femme est avec lui. Nous avons du lui mettre un tube dans la gorge pour l’aider à respirer, ne soyez pas trop surprise.»  Je ne la connaissais pas.&lt;br /&gt;Surprise, moi, je ne pensais avec impatience qu’à le voir.  Nous avons tourné à droite, et puis nous avons passé plusieurs portes, et nous sommes arrivés au fond d’une salle d’examen, dont le rideau était tiré.  En entrant je l’ai vu tout de suite, et j’ai trouvé que ses yeux avaient l’air diablement fixes.  Mais j’ai tout de suite regardé sa poitrine, qui se levait et retombait périodiquement.  J’ai aussi vu qu’il y avait une infirmière assise derrière lui.  Et puis, j’ai vu sa mère.&lt;br /&gt;« Mme Fréchette, vous ne me connaissez pas, je suis une amie de votre garçon, je suis allée le voir plusieurs fois. »  &lt;br /&gt;C’était une petite madame blonde, courte et mince. Elle avait le teint clair des finlandais, et elle parlait avec l’accent.&lt;br /&gt;Je n’ai même pas eu le temps de m’asseoir.  Elle dit : &lt;br /&gt;« Le docteur vient de passer.  Il m’a dit que Luc a souffert un gros saignement dans la tête. Il m’a dit qu’il n’avait aucune chance de survie. Il m’a demandé de lui faire un don d’organes.  Qu’est-ce que je devrais faire?»  &lt;br /&gt;Alors je l’ai regardé de nouveau, et j’ai vu que l’infirmière actionnait la bulle pour respirer pour lui.&lt;br /&gt;« Je ne peux pas vraiment vous conseiller, madame.  Je sais que les familles qui font le don d’organes y trouvent un sens très profond.  Pouvez-vous consulter vos enfants? »&lt;br /&gt;«Je devrais mais ils sont à Edmonton.»&lt;br /&gt; « Pouvez-vous téléphoner d’ici ? »&lt;br /&gt;L’infirmière a dit oui tout de suite, elle a même composée la ligne extérieure.&lt;br /&gt;Pendant que Mme Fréchette téléphonait, je me suis rassise.  J’ai regardé mon pauvre Luc, moi aussi.  L’infirmière a dit :&lt;br /&gt;« C’était une hémorragie cérébrale énorme, il n’a jamais eu la moindre chance. »&lt;br /&gt;« Mais qu’est-ce qui s’est passé ? »&lt;br /&gt;«On l’a trouvé effondré à son chalet, dans le nord. Quand il est arrivé ici, le fluide cérébral lui sortait par le nez…. »&lt;br /&gt;J’ai couru jusqu’à la salle de bain, j’ai vomi un peu dans mes mains.  Je me suis rassise sur le siège de toilette après deux ou trois haut-le-cœur.  J’avais la sueur froide.  Il fallait que je retourne à Mme Fréchette.  Elle était seule jusqu’à e que ses enfants arrivent. &lt;br /&gt;« Les enfants on dit que l’Eglise ne le permettait peut-être pas. »&lt;br /&gt;«Y a-t-il quelqu’un qui va venir vous répondre à vos questions? »&lt;br /&gt;« Oui, mais juste demain, il y a une tempête de neige, l’avion ne peut pas décoller. »&lt;br /&gt;« Bon, et bien, je suis prête à rester avec vous. »&lt;br /&gt;L’infirmière en chef est entrée et elle a dit que nous allions transférer mon petit aux soins intensifs d’ici une heure ou deux.  &lt;br /&gt;« Allez-vous continuer la respiration artificielle jusque là? »&lt;br /&gt;« Oui, c’est notre pratique de faire la respiration artificielle à la main tant que quelqu’un est dans la salle d’urgence.  Ce n’est qu’en haut que l’on trouvera le respirateur. »&lt;br /&gt;Bon. Mme Fréchette ne bougeait plus. Elle était assise devant moi, nous regardions toutes deux la poitrine de mon petit se lever et puis redescendre, au rythme sans doute désigner par la médecine ultramoderne.  &lt;br /&gt;À la longue, le service des soins intensifs est venu le chercher, et l’infirmière nous a dit que le transfert se ferait maintenant, qu’il s’agissait d’une heure ou deux de travail précis et difficile, et que nous ne pouvions pas l’accompagner pendant cette étape.  Elle nous a conseillé de rentrer chez nous.  J’ai demandé à Mme Fréchette si elle voulait manger quelque chose, et elle a dit oui.&lt;br /&gt;Je n’avais pas remarqué l’heure, mais la cafétéria de l’hôpital était déserte.  Il ne restait plus que les sandwiches vieux d’un jour et les desserts hyper-artificiels, dans cette maudite atmosphère de centre d’achat.  Mme Fréchette avait faim, elle a mangé deux sandwiches, une pomme et du Jello, et elle a pris un café bien sucré, bien crémeux.  Je ne voulais rien prendre.  A la longue nous sommes retournés vers l’urgence, et puis je me suis rappelée à moi et nous avons bifurqué pour l’unité des soins intensifs.  C’est alors que j’ai du prononcé le nom de mon petit pour la première fois depuis la nouvelle.&lt;br /&gt;« Nous venons voir Luc Fréchette » ai-je dit à l‘intercom.  Les voix sont toujours spectrales dans ce genre de situation.&lt;br /&gt;« Oui, » a dit la réceptionniste.  « Entrez », dit-elle, et le timbre de sécurité nous a indiqué d’ouvrir la porte.  L’infirmière est venue au devant de nous, encore une autre infirmière.&lt;br /&gt;« Le médecin va venir tout de suite vous parler.  La température de Luc était un peu basse, malgré les couvertures, alors nous avons mis une pellicule de plastique – cela ressemble à une pellicule plastique – autour de lui.  C’est un peu inquiétant la première fois qu’on voit cela, mais il respire parfaitement bien avec le respirateur automatique. »&lt;br /&gt;Nous avons tourné le coin des soins intensifs, et Mme Fréchette a fait le saut quand elle a vu son petit-fils. &lt;br /&gt;L’infirmière a repris son monologue rassurant. &lt;br /&gt;« Comme vous voyez, le tube d’oxygène et le masque sont là, et le respirateur fonctionne comme il faut. Vous pouvez voir son niveau d’oxygène à l’aide du moniteur. Il n’y a donc rien à craindre juste à cause du plastique. »  &lt;br /&gt;Cela m’a fait un drôle d’effet tout de même, de voir Denis sous un léger drap de Saran Warp, près du visage sans être directement en contact, mais ne se déplaçant pas avec sa respiration.  Sa respiration, aussi, était trop régulière et trop prononcée pour être tout à fait normale. Tout cela me glaçait, tout à coup.&lt;br /&gt;Le médecin est arrivé presque tout de suite.  Il s’est présenté, au moins.  &lt;br /&gt;« Je suis le docteur Hébert, je suis le médecin spécialiste des soins intensifs.  C’est moi qui s’occupe de votre mari, Madame. »&lt;br /&gt;« Je suis une amie, je vous présente Madame Fréchette, la femme de Luc. » &lt;br /&gt;Il s’est mis à parler à Madame Fréchette, au moins.&lt;br /&gt;« Madame, c’est moi qui s’occupe de votre mari.  Vous savez qu’il a souffert une hémorragie cérébrale très grave.  Les dommages à son cerveau sont très grands et ils sont irréversibles. »&lt;br /&gt;Il regardait Mme Fréchette, qui ne réagissait pas extérieurement.  Le médecin continue, je me suis dit qu’il devait avoir l’habitude de travailler avec les autochtones.&lt;br /&gt;« Nous savons Luc Denis ne peut plus respirer de lui-même, c’est pour cela que nous avons le respirateur automatique.  Il est possible, et c’est ce que nous croyons, que ses fonctions cérébrales sont complètement éteintes, et je vous demande la permission de faire le test pour constater sa mort cérébrale.  Ce test est le suivant : nous établissons pour lui les conditions les plus favorables possibles, et nous voyons s’il est possible pour lui de respirer de lui-même.  Nous verrons s’il fait même un effort pour respirer seul.  Lorsque nous aurons ces résultats, nous pourrons alors passer à l’étape suivante.&lt;br /&gt;« Ces tests sont nécessaires pour les possibilités de greffe, c’est bien çà. »&lt;br /&gt;« Commençons par établir quel est son état actuel, et nous verrons ensuite. »&lt;br /&gt;Madame Fréchette a fini par dire quelque chose.&lt;br /&gt;« Est-ce que çà fait mal, votre test ? »&lt;br /&gt;« Non, madame, cela ne fait pas mal. »&lt;br /&gt;« Vous n’allez pas le piquer? Il n’aime pas les piqûres. »&lt;br /&gt;« Il n’y aura plus de piqûre parce que nous pouvons nous servir de l’intraveineuse au besoin. »&lt;br /&gt;« OK. »&lt;br /&gt;« On peut faire le test ? »&lt;br /&gt;« Oui. »&lt;br /&gt;L’infirmière alors nous a recommandé d’aller attendre dans la salle d’attente. J’ai dit à Madame Fréchette: &lt;br /&gt;« Ce que je trouverais difficile, à votre place, c’est la perte complète de contrôle pour votre petit-fils. »&lt;br /&gt;« Oh, depuis quand est-ce que j’ai le contrôle de quelque chose, moi ? »&lt;br /&gt;Quand nous sommes entrées la coordonnatrice des dons d’organe nous attendait.&lt;br /&gt;« Je suis Diane Potvin, je suis la coordonnatrice des dons d’organe pour l’hôpital. »&lt;br /&gt;Encore une fois, on s’adressait à moi.  &lt;br /&gt;« Et voici Madame Fréchette, la femme de Luc. »&lt;br /&gt;Elle a changé d’acabit tout de suite.&lt;br /&gt;« Madame Fréchette, je suis heureuse de vous rencontrer. »&lt;br /&gt;Madame Fréchette n’a pas répondu.  &lt;br /&gt;« Le médecin vous a parlé, je crois, de la possibilité du don d’organes.  Et le personnel est en train de préparer votre petit-fils pour le test de mort cérébrale. »&lt;br /&gt;Toujours rien.&lt;br /&gt;« Je voulais donc compléter un questionnaire médical avec vous. Il y a là-dedans des questions gênantes et très personnelles, et je m’en excuse à l’avance. »&lt;br /&gt;Bon, ben ce sera quoi ces questions ? Il ne manquait plus rien que çà.&lt;br /&gt;Et elle a commencé à défiler son chapelet.&lt;br /&gt;«Votre mari avait-il eu des relations sexuelles avec des femmes? Avec des hommes ? Des relations orales ? Anales ? Actives ? Passives ? Combien de partenaires sexuels dans les derniers six mois ? Hommes ? Femmes ? Voyages à l’étranger ? Relations sexuelles à l’étranger ? Hommes ? Femmes ? Pratiques orales ? Pratiques anales ? Prenait-il des médicaments ? De la drogue ? De l’alcool ? Souffre-t-il de : cancer ? Diabète ? Hypertension ? Hypotension ? Maladies chroniques ? Avait-il des problèmes de sens ? Des problèmes cognitifs ? Avait-il des problèmes d’ouie ? De vue ?&lt;br /&gt;« Vous voulez dire, sauf la mort cérébrale ? »&lt;br /&gt;Madame Potvin n’a pas trouvé ça drôle.&lt;br /&gt;Ce n’est que trois ou quatre jours plus tard que je me suis rendue compte que je ne m’étais même pas présentée.&lt;br /&gt;On nous avait dit qu’on viendrait nous chercher, mais il était passé minuit, et nous étions toujours à se tourner les pouces.  Finalement, ils sont venus nous chercher. &lt;br /&gt;On avait entre-temps changé de spécialiste. Le nouveau était néphrologue, je m’en suis souvenue plus tard.&lt;br /&gt;« Nous avons eu de la misère à stabiliser le pH de son sang, et il nous le fallait dans certains limites pour lui donner absolument toutes les chances de réussir le test. Mais il n’a pas réussi. Il n’a fait absolument aucun effort pour respirer par lui-même.  J’ai donc signé le constant de mort cérébrale. »&lt;br /&gt;Encore une fois j’ai du fixé des yeux Madame Nishniabek, puisque c’est à moi toujours que l’on s’adressait. Il n’a même pas dit qu’il était désolé. En voila un qui pensait déjà à la prochaine étape.&lt;br /&gt;« Je vous demande maintenant la permission de faire les test sanguins qui vont nous permettre de faire le match avec les receveurs de greffe.  Ces tests sanguins doivent être analysés à Toronto, ce qui veut dire qu’il faut expédier les échantillons le plus tôt possible. »&lt;br /&gt;« Je voudrais que mes enfants puissent le voir en vie une dernière fois. »&lt;br /&gt;« Vous savez, madame, ce n’est plus lui qui respire, c’est la machine qui respire pour lui. »&lt;br /&gt;« Oui, je sais, mais je voudrais que mes enfants puissent le voir en vie. »&lt;br /&gt;« Non, madame, je vois que vous ne comprenez pas. Il ne respire plus par lui-même, votre petit-fils.  Il ne respire plus seul. Si la machine n’y était pas, il ne respirerait pas. C’est la machine qui respire à sa place. Il faut absolument envoyer ces échantillons. »&lt;br /&gt;« Mes enfants s’en viennent, mais à cause de la tempête de neige, ils vont arriver juste demain après-midi. »&lt;br /&gt;« Mais il faut que ces échantillons partent pour Toronto le plus vite possible. »&lt;br /&gt;L’infirmière n’y tenait plus.&lt;br /&gt;“Vous savez, docteur, il neige ici aussi, alors je me demande s’il est possible que nous allons ne pas pouvoir envoyer ces échantillons… »&lt;br /&gt;« Qu’est-ce qui arrive si je vous laisse faire ? »&lt;br /&gt;« Nous allons envoyer les échantillons à Toronto, et les gens vont identifier le type de tissus, et puis le personnel va notifier les récipiendaires potentiels de greffe, et rassembler les équipes chirurgicales ici et à Toronto et ailleurs, dépendant des données. Et puis, nous allons récolter les organes et tissus en bloc opératoire, et ensuite nous arrêterons tout effort vital. »&lt;br /&gt;Je me suis retournée vers Madame Fréchette.&lt;br /&gt;« Avez-vous compris tout cela ? »&lt;br /&gt;« Je comprends les mots un à la fois, mais je ne sais pas ce qu’il veut dire. »&lt;br /&gt;Je me retourne vers le médecin.&lt;br /&gt;« Si j’ai bien compris, si elle accepte de faire faire les échantillons de tissu, il se met en branle un processus de greffe qui ne peut être arrêté, qui comprendra à un moment donné une opération sur Luc.  Et à partir du moment où Lulu part pour la chirurgie, on ne le revoit plus que lorsqu’il sera au salon funéraire. » &lt;br /&gt;« C’est bien çà.  Pouvons-nous envoyer ces échantillons ? » dit le médecin.&lt;br /&gt;« Et çà presse ? » dis-je.&lt;br /&gt;« Oui. »&lt;br /&gt;C’est à mon tour de ne plus y tenir.&lt;br /&gt;“Est-ce que Madame Fréchette dispose de quinze minutes pour prendre une décision d’une telle gravité ? »&lt;br /&gt;Cette fois-la il a saisi mon sarcasme.&lt;br /&gt;« Bien sur que oui, » dit-il. &lt;br /&gt;Il se retira.  Je me tourne vers Madame Nishniabek.&lt;br /&gt;« Je n’ai pas besoin de quinze minutes. Je veux bien. »&lt;br /&gt;Ça va, me suis-je dit, nous pouvons aller de l’avant. Je suis allée chercher l’infirmière.  &lt;br /&gt;« Madame Fréchette est prête à donner sa décision. »&lt;br /&gt;Elle est rentrée dans l'étal avec moi.&lt;br /&gt;« Vous êtes prête, madame ? »&lt;br /&gt;« Oui, je donne la permission pour les échantillons. »&lt;br /&gt;« Merci, Madame. Puis-je vous suggérer de rentrer chez vous et de prendre un peu de repos ?  Le processus va quand même prendre un certain temps, et puis vous pouvez revenir à n’importe quelle heure demain matin. »&lt;br /&gt;« Ça va, nous allons rentrer, » aie-je dit.&lt;br /&gt;J’ai pris Madame Fréchette par le bras, et nous sommes sorties. Elle m’avait semblé avoir rapetissé pendant les heures que nous avions passées à l’hôpital.  Et puis, elle s’appuyait plus lourdement sur mon bras. Je la trouvais bien seule.&lt;br /&gt;« Avez-vous pris votre voiture pour venir ici ? »&lt;br /&gt;« Non, je ne conduis pas, j’ai pris un taxi. »&lt;br /&gt;« Bon, et bien je peux vous ramener chez vous, maintenant. »&lt;br /&gt;« Merci. »&lt;br /&gt;« Où habitez-vous? »&lt;br /&gt;« J’habite sur Ramsay. Juste un appartement, au quinzième. »&lt;br /&gt; « Je viendrai vous prendre demain matin, » lui ai-je dit.&lt;br /&gt;J’aurais peut-être du l’accompagner jusqu’à son appartement. Je ne savais plus ce que je devais faire, la fatigue en plus du choc.  Je l’ai regardé monter les marches lentement, et puis passer les portes barrées.  Je suis rentrée pour me coucher sur le divan du salon, plutôt que dans mon lit. Il était passé trois heures du matin.  Je me suis réveillée à sept heures.  J’ai téléphoné, mais il n’y avait pas de réponse chez Madame Fréchette. Je suis allée seule voir Luc.  Il n’avait pas plus l’air vivant qu’hier.  J’ai été seule avec lui quelques courts moments, et puis la famille est arrivée. Je suis allée dans la salle d’attente.  J’ai mangé une crème glacée du réfrigérateur. Ces crèmes devaient bien appartenir à une autre famille.  Je l’ai mangé tout de même. C’est en jetant le papier d’emballage que j’ai vu que c’était saveur chocolat menthe. Je déteste la menthe. Je ne m’en étais même pas aperçue.&lt;br /&gt;Et puis, ils sont sortis, toute la famille.  Ils ont passe devant moi sans rien dire, et ils sont sortis. Je les ai suivi.  Nous nous sommes ramassés à l’entrée principale, à l’extérieur. Dehors. Je respire un peu plus profondément.  J’entends tout d’un coup un hélicoptère.  Je me dis que ce n’est rien, le service d’ambulance habituel. Mais tout d’un coup j’en entends un autre.  On voyait le terrain d’atterrissage d’où j’étais.  Les Fréchette s’allumaient des cigarettes.  Et puis je vois du personnel hospitalier qui sort à la course, portant un cooler de pique-nique.  Et puis les hélicoptères repartent.  Et s’en vont dans des directions différentes.&lt;br /&gt;« Voila les organes de Lu qui s’en vont, » dit l’un deux.  Je ne réagis pas extérieurement, je suis perdue dans le vrombissement rythmé des ailes d’hélicoptère. &lt;br /&gt;Il a sauvé quatre personnes, Luc. Le foie, les deux reins, le cœur…&lt;br /&gt;Je suis rentrée épuisée chez moi. Étalée sur mon divan pendant trois jours, épuisée.  Les enfants m’on téléphoné pour me remercier.  Je ne suis pas allée aux funérailles.&lt;br /&gt;C’est trois ou quatre jours plus tard, que j’ai rêvé à Mladen, et que je me suis réveillée le visage mouillé de larmes.  Nous étions allé camper au lac Icare, sur une petite plage `a un kilomètre du point de départ, Mladen faisait du kayak avec moi, c’était l’automne avancé.  Le lac était parfaitement paisible, le vent avait tombé.  Nous étions dans l’Eden, la plage blonde faisait peut-être dix mètres, amis la tente était à l’abri d’un grand pin blanc.  Nous n’entendions que le cri du huard, de temps à autre.  C’était le soir, après souper.  Mladen était comme aux premiers jours, peut-être un peu plus mince, comme au début de sa première chimio.  Nous étions dans une de nos périodes d’entente parfaite, un silence où il n’y a aucun besoin de parler.  Et puis, Mladen a dit :  &lt;br /&gt;« Ah !  Je me sens collant.  Je voudrais bien me laver. »&lt;br /&gt;« Mais prend un bain, mon chéri. »&lt;br /&gt;« J’y ai bien pensé, mais le lac est trop froid, à ce temps-ci de l’année. »&lt;br /&gt;« Mais, ne va pas te laver dans le lac, mon chéri.  Je vais te faire prendre un bain chaud, un bain de camp, comme en prenait les bûcherons, comme j’en prenais quand nous étions au camp, quand j’étais petite. »&lt;br /&gt; « Comment çà ? »&lt;br /&gt; « Tu vas voir.  Ce sera le meilleur bain de toute ta vie. »&lt;br /&gt;J’ai ravivé les flammes du feu, et j’ai mis notre plus grosse marmite bien pleine d’eau au beau milieu des tisons.  Et puis j’ai dit à Mladen de sortir ses vêtements les plus propres, mais les plus chauds aussi.  Et puis, j’ai prise la boîte à bois, et je l’ai vidée.  J’ai pris un sac de vidange, et j’en ai fait un fond étanche pour la boîte à bois.  Dans chaque coin, j’ai mis une pierre ronde, pour que l’eau n’éclabousse pas mon chum.  Quand l’eau a été assez chaude, je l’ai versé dans le bain de camp improvisé.  Mladen a ajouté l’eau froide qu’il fallait, et j’ai réservé une partie de l’eau et j’ai remis la marmite au feu, au cas où il aurait besoin de se réchauffer.&lt;br /&gt; « Je prends mon bain, ici, comme çà ? »&lt;br /&gt; « Mais oui, mon chéri. »  &lt;br /&gt;J’ai eu une pointe au cœur, à penser qu’il devenait pudique devant moi.  &lt;br /&gt;« Veux-tu que j’aille prendre une marche ? »&lt;br /&gt;« Mais non, Mim.  Pas du tout. »&lt;br /&gt;Il s’est déshabillé, il a enlevé son pantalon, ses bas, ses souliers.  Quand il a retiré son gilet, je lui ai embrassé la fossette des reins, comme la première fois.  Il a retiré ses caleçons, ses hanches étaient un peu moins galbées que plus tard, mais la même peau fine y était.  J’y ai posé la main.  Sans le caresser, pour sentir sa présence mieux.  Il s’est mis debout dans le bain, il a pris l’éponge, il a laissé couler l’eau sur son corps. Une vapeur délicate s’élevait de sa peau. Il était nimbé.  Là où il avait déjà passé l’éponge, sa peau était un peu plus rose. J’ai eu le loisir d’observer tout cela.  Il s’est un peu savonné, il s’est surtout rincé.  &lt;br /&gt;Mladen s’est retourné vers moi et, sans rien dire, il m’a tendu son éponge.  Je me suis levée du hamac, et j’ai à mon tour laissé couler l’eau sur son corps.  Je me suis rappelé que je ne lui lavais jamais le dos, qu’il ne me laissait pas entrer dans la salle de bain quand il y était, depuis sa maladie.  Il avait reconnu alors que j’avais surtout aimé son corps, au début, et il craignait que mes sentiments n’aient pas évolués plus que çà.  Mais non, maintenant, il était sûr.  &lt;br /&gt;J’ai ajouté un peu d’eau chaude, et Mladen s’est rincé à la grande eau cette fois.  Des mouvements harmonieux, pleins de grâce.  Il respirait plus lentement, plus profondément.  Et puis, je l’ai épongé soigneusement, précautionneusement, avec une serviette.  Il s’est laissé faire.  Il s’est rhabillé.  Il s’est étendu dans le hamac, prenant ma place sans rien dire, me souriant simplement.  &lt;br /&gt; « Tu avais raison. »&lt;br /&gt; « Comment, qu’est-ce que tu me dis ? »  Je me suis approché de lui, et puis j’avais le visage au-dessus du sien, j’allais lui embrasser le front mais je me suis arrêtée.&lt;br /&gt; Ses grands yeux bleus ont rencontré les miens, et j’ai lu au fond de son regard toute la tendresse qu’il avait pour moi, mais aussi j’ai compris la sérénité qui l’avait toujours habitée.  Il ne l’avait jamais perdu, ce regard bleu de ciel tranquille, c’était moi qui ne pouvais plus le voir. &lt;br /&gt;« Tu as raison, c’est le meilleur bain que j’ai jamais pris. »&lt;br /&gt;Mon amour, mon cher amour perdu.&lt;br /&gt;Et puis, il a dit :&lt;br /&gt;«   Je sens que je vais bien dormir. »&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3910526089042195027-1461981766172649193?l=paquetteresearch.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/feeds/1461981766172649193/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3910526089042195027&amp;postID=1461981766172649193' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/1461981766172649193'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/1461981766172649193'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/2011/12/mim.html' title='MIM'/><author><name>Laure Paquette, PhD</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04656679095781855378</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='26' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_fWf7ntlM_zE/SbPj9SZvRUI/AAAAAAAAAAQ/spvdQpJNpxA/S220/Paquette,+Laure.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3910526089042195027.post-5096286892726561422</id><published>2011-12-11T07:44:00.000-08:00</published><updated>2011-12-11T07:45:29.551-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='underdog strategy'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='personal finance'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='mistakes'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='business'/><title type='text'>MISTAKES UNDERDOG MAKE WITH MONEY OR BUSINESS</title><content type='html'> Not keeping things simple and honest.  Not that we haven=t all tried to embellish the truth at one time or another, but it rarely works, and not for long. Once you are labeled as less than honest, it is very hard to lose that label.&lt;br /&gt; Going against, instead of with, the flow of events.  Instead, try to divert it or use it to your advantage.   Be careful to stay within the rules.&lt;br /&gt; Rushing headlong into action.  Other people will judge you very quickly, so it pays to think and find out more information before acting.&lt;br /&gt; Ignoring the unintended consequences of your actions.  Whenever you are handling money o r making decisions about it, your action may have an impact on someone else or somewhere else in your own life.  Make sure you think about those, and make sure you can live with them.   And make sure you can live with whatever sacrifices you decide to make.&lt;br /&gt; Working on the Wrong Problem. Are you sure the weakness in your situation is what is setting you back the most?  Make sure you know what the problem is, so you can focus on that, and not less important things.&lt;br /&gt; Not Specifying Your Objectives Enough. Every move you make, everything you do has to move you closer to a clear goal. Make sure you know what that goal is. If you want to own a car, what do you need? If you want to start a business, what do you need, and by when?  &lt;br /&gt; Not Developing Enough Alternatives. When you are trying to buy a car or start a business, make sure you have a broad enough range of possibilities to make a good decision. And if one thing doesn’t work out, have a second plan to try.&lt;br /&gt; Disregarding Uncertainty. Always expect the unexpected, because it will happen at least once. &lt;br /&gt; Failing To Account For Your Risk Tolerance. No one is perfect, with great foresight, reliable information, fabulous intuition, and nerves of steel. Be aware of how much risk you are willing to take, and how much the rest of the people involved, in your family or in your business, are willing to take.  Then stay below that threshold. Otherwise, the situation will be plagued by (even more) conflict.&lt;br /&gt; Failing to Plan Ahead When Decisions Are Linked Over Time. It is the easiest thing in the world to not notice a domino effect. You need to plot your actions backwards from the deadline you have set yourself.&lt;br /&gt; Not Trusting your Intuition. In strategy, it is important to work easily with the non-rational part of your brain. This tactic dimension is critical at the outset, although it stays important throughout.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3910526089042195027-5096286892726561422?l=paquetteresearch.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/feeds/5096286892726561422/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3910526089042195027&amp;postID=5096286892726561422' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/5096286892726561422'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/5096286892726561422'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/2011/12/mistakes-underdog-make-with-money-or.html' title='MISTAKES UNDERDOG MAKE WITH MONEY OR BUSINESS'/><author><name>Laure Paquette, PhD</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04656679095781855378</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='26' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_fWf7ntlM_zE/SbPj9SZvRUI/AAAAAAAAAAQ/spvdQpJNpxA/S220/Paquette,+Laure.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3910526089042195027.post-8892021637409116317</id><published>2011-12-11T07:43:00.000-08:00</published><updated>2011-12-11T07:44:38.281-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='underdog strategy'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='personal finance'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='small business'/><title type='text'>How Underdog Handle Money and Do Business</title><content type='html'> The underdog is always thinking about what other people with more money or other, bigger, or older businesses are doing.  &lt;br /&gt; The underdog is holistic about money and business.  The underdog thinks about survival from one day to the next, and money or business is only one part of it. Underdogs also know they cannot compete in the big leagues, and so look for other ways of doing business or making money.&lt;br /&gt; The underdog is always adapting.  S/he has to learn with every transaction, with every experience, with every mistake.&lt;br /&gt; The underdog plays a waiting game.  Circumstances are not in his/her favor, so patience and careful thinking are a necessity.  &lt;br /&gt; The underdog is creative. His/her means are limited, much more so than people with more money or bigger businesses.  &lt;br /&gt; The underdog sees the big picture.  The market, the business world, banks and loans, all of these can be unpredictable and most are hostile.  So to spot opportunities nonetheless, the underdog looks at the context beyond the immediate to find a better situation.  &lt;br /&gt; The underdog is always scanning his environment for possible threats and opportunities. &lt;br /&gt; The underdog specifically designs each action to suit his/her strategy.  The underdog sees the impact of every action on the situation, and takes all the potential consequences into account.  &lt;br /&gt; The underdog is constantly forecasting for all events, and considers even unlikely scenarios.  &lt;br /&gt; The underdog assumes s/he will lose any direct confrontation or competition. &lt;br /&gt; The underdog will break even his/her own rules of behavior in order to get what is necessary to survive.  It can be seen as dishonest; but it may only mean s/he has struggled to survive.&lt;br /&gt; The underdog ’s passions are engaged.&lt;br /&gt; Thinking like an underdog  is not just for crises or problem-solving: it is operating all the time. It can be exhausting or stressful, but that is often how underdogs live.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3910526089042195027-8892021637409116317?l=paquetteresearch.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/feeds/8892021637409116317/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3910526089042195027&amp;postID=8892021637409116317' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/8892021637409116317'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/8892021637409116317'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/2011/12/how-underdog-handle-money-and-do.html' title='How Underdog Handle Money and Do Business'/><author><name>Laure Paquette, PhD</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04656679095781855378</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='26' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_fWf7ntlM_zE/SbPj9SZvRUI/AAAAAAAAAAQ/spvdQpJNpxA/S220/Paquette,+Laure.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3910526089042195027.post-5125116185731957656</id><published>2011-11-22T14:02:00.000-08:00</published><updated>2011-11-22T15:26:55.644-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='strategy organizational politics'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='underdog'/><title type='text'>Strategy and the Underdog In Organizational Politics</title><content type='html'>Introduction&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The weak think differently from the strong in organizational politics, and it is hard for all members of society to start including those differences, for the following reason.  At the time of Aristotle, the great philosopher deliberately excluded from future political discourse the mètis, the way of thinking of “women and the vanquished”.   Although this way of thinking did not disappear, discussions of it did, and we find ourselves by and large without the conceptual framework to incorporate it easily.  This is especially true since the Aristotlelian revival after the Renaissance.   It would be surprising, to say the least, if armed forces were the exceptions to this rule.  However, research into the concept of strategy has already allowed for the incorporation of characteristics of this mètis, and the training below provides a simple heuristic device, the core idea, to help soldiers incorporate it into their own thinking. The core idea forces the use of more than the rational powers characteristic of Aristotlelian thought dominant, as we have seen, in most western cultures.  It allows the participant to call upon experience, judgment, intuition and the tacit dimension of knowledge.  It is a purely pedagogical or heuristic device, discussed in more detail below, but it points up to one of the main differences between the strategy of the strong and the strategy of the weak: the added dimension of thinking, almost as if the strong were thinking in two dimensions and the weak are thinking in three.  There is also a quick and simple test to determine whether individual members of the armed forces practice it mètis, which is discussed below.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Whether you find yourself in an underdog position in organizational politics or there is an underdog that can affect the outcome, in organizational politics it is important to understand how an underdog thinks strategically.  Not all underdogs do.  But the underdog thinks differently from the strong, and it is important to understand that, whatever the outcome.  For example, US military personnel have a strong can-do ethic which has led to countless successes and victories in the past.  But in the case of irregular war, counterinsurgency, counterterrorism, foreign internal defense, fighting narcotics- or people-smuggling, three-block wars, long wars, and many other challenges, it is important for them to consider how the enemy thinks, not just what they themselves have to do.  Their very excellence in traditional, middle of the spectrum warfare has driven enemies to either end of the spectrum.  Add to this the constraints of liberal democracy, can become liabilities so sharp that the strong may become the underdog.  Underdogs are always thinking about what the strongman is about to do – life and limb depend on it.  The same is true in organizational politics.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; The goal of this paper is to present the strategic thinking of the underdog, and to show how it is possible to teach or train personnel in any organizations in that regard, although not every industry will find it equally interesting.  The first part discusses the characteristics of underdog strategic thinking by comparing them to strong-side strategic thinking.  The examples are deliberately drawn from a range of areas of human activity, to emphasize that the underdog will never think of only one category of means.  The second part proposes some simple exercises to start training people in underdog thinking, first by identifying those who do so naturally, and then in using a simple device, the core idea, to give their own strong-side thinking the beneficial characteristics of the other kind of strategy.  I recommend to the reader to start with the part that is of most interest to him.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; The strategic thinking here is of the learning, intelligent underdog, not the crazy one, not the inept one, not the stupid or ineffectual one.  One should never underestimate any opponent, of course. But underdogs who survive are underdogs who tend to be either lucky or gifted.  If they are lucky, then all of you have to do is keep fighting him and his luck will run out.  But as the Chinese say, luck is an opportunity for which one is prepared.  The underdog is likely someone who can learn from experience and is quick on his feet.  The crazy underdog is, of course, much less predictable, but also much more likely to be wasteful.  Only in exceptional combinations of circumstances will he be successful, although that will occur from time to time.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Part I:  The Underdog’s Strategic Thinking&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The main differences between strong-side strategic thinking and the underdog’s strategic thinking are: the underdog uses a different definition of strategy; the underdog is holistic; the underdog is adaptive at every tactics; the underdog plays a waiting game; the underdog is creative; the underdog sees the big picture much more easily; the underdog uses strategic intervention; the underdog is always trying to figure out what his opponent is thinking; the underdog is constantly forecasting for all events and all other actors; the underdog is constantly coming up with tactics for all the preceding eventualities; the underdog assumes that any direct confrontation will lead to his own defeat; the underdog will break even his own rules of behavior in order to achieve his goal; and the underdog’s passions or passionate feelings are engaged. This is true for a wide range of situations encountered in organizational politics.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difference #1: the underdog uses a different definition of strategy. The underdog may not have an explicit concept of strategy written down somewhere.  But he behaves as if he conceives strategy as an imaginative idea which orchestrates and/or inspires sets of actions (tactics) in response to a given situation. Among the many definitions of strategy as used by the strong, strategy is a plan to use the instruments of national power to achieve a goal; or the art and science of using instruments of national power to achieve military goals.  What is different here is that strategy need not be confrontation; it can be used to take advantage of an opportunity; that strategy is more than simply rational or based on rational decision-making; and that the instruments of power are not necessarily national in scope. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difference #2: the underdog is holistic.  That is a consequence of difference #11, that he cannot win a head-on confrontation.  Since the underdog is weaker than the opponents in one or more ways, then he is forced to seek out weaknesses in his enemy and strengths on his own side in other dimensions.  In all likelihood the underdog is going to do this repeatedly, and this will lead him to consider a wide range of possible tactics, not just one dimension of any particular problem, challenge or opportunity.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difference #3:  the underdog is adaptive at every tactic.  This characteristic arises from the constant experience of being at a disadvantage, sometimes critically at a disadvantage.  This means that the underdog, in order to survive, must learn with every move of his adversary or competitor.  With strategy being an idea, the underdog is free to change actions constantly, without having to go through the process of changing his whole strategy.  It also helps that his strategy is metaphorical, and can therefore easily change in terms of actions chosen.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difference #4:  the underdog plays a waiting game. This characteristic is at its most pronounced among the Chinese and other cultures who have a non-linear, non-atomized concept of time, but it is true of much underdog strategy.  Since the underdog is certain that direct confrontation will end in defeat, the underdog has no choice but to wait for opportunities for him to act that do not bring him in direct confrontation with his adversaries or competitors. He must also wait to find out what other characteristics his adversaries may have, beyond the dimension where they are at their strongest.  This also takes time and observation.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difference #5:  the underdog is creative.   This characteristic arises from the constant experience of being at a disadvantage, sometimes critically at a disadvantage. His means are limited, and usually dramatically more limited that the means available to his adversary.  Since he cannot meet him head on without being defeated, the underdog, in order to survive, must find new and different ways to counter every move of his adversary or competitor.  With strategy being an idea, the underdog is free to change actions constantly, without having to go through the process of changing his whole strategy.  It also helps that his strategy is metaphorical, and can therefore easily change in terms of actions chosen. Finally, the underdog will not hesitate to violate the rules of the game, if necessary, all of which can help with creativity.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difference #6:  the underdog sees the big picture much more easily.  The underdog is used to living and acting in a hostile and unpredictable environment. If he has survived as long as he has, it is because he has developed the habit of constantly scanning his environment for possible threats and for possible opportunities.  He also has to make a connection between events in the environment and possible actions on his part.  This habit of moving from the broader environment to the specifics of his own situation means that he has the capacity to see strategy as a set of nesting bowls or Russian dolls, one fitting in with the other.  For example, let’s say a highly creative professor is seeking tenure in a university and a scholarly system that does not deal well with innovation (as is the case with peer-review).  That professor is very likely to watch closely what sort of standards are being applied by the tenure committee, but also to look at the incoming university president, a shift in the editorial boards of major journals, the terms of reference of a granting agency, in a way that a more conventional professor would not.  The same is true of an underdog in a military or economic situation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difference #7:  the underdog uses strategic intervention.  By strategic intervention, I mean a tactic specifically designed in very difficult circumstances, to turn the situation around, or in close keeping with the strategy adopted.  What this means is that the underdog sees the impact of every action, every tactics, on the whole picture, and takes all the potential consequences into account when he designs his tactics or actions.  There is training available in strategic intervention.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difference #8:  the underdog is always trying to figure out what his opponent is thinking.  His life and limb depend on it, and the more important or powerful or stronger the opponent, the more the underdog will think about it.  It is a little like being a mouse in bed with an elephant: every twitch and quiver is worth examining to see if the elephant isn’t about to turn over, and crush the mouse. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difference #9:  the underdog is constantly forecasting for all events and all other actors, and invests in the development of even unlikely scenarios.  This is called variously gedankenexperimenten, as used by Einstein, thought experiments, behavioral rehearsal, and no doubt other terms.  With each of these events, the underdog forecasts all the possible consequences and all of his own and others’ possible responses, in a cascading matrix of options and scenarios.  This must occur for each event and action throughout the underdog’s strategy and political/military life, or he is in danger for his life or limb.  This is also what leads him to be adaptive and flexible. He invests in even unlikely scenarios because the outcome of any of them is usually his own extinction. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difference #10:  the underdog is constantly coming up with tactics for all the preceding eventualities.  For the underdog, strategy is an idea about action.  He has identified the idea he is going to work with, and he is constantly identifying actions and courses of actions that go with this strategy and are suited to the events discussed under difference #9.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difference #11:  the underdog assumes that any direct confrontation will lead to his own defeat. There are possible enemies that could compete successfully with a multinational company, for example, but it is extremely unlikely that a startup would enter into competition while thinking itself superior.  This is different of course, from what an underdog might say or do publicly – that is in the realm of posturing.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difference #12:  the underdog will break even his own rules of behavior in order to achieve his goal.  It is not so much that the underdog has no rules of behavior, but that his rules are so different that they may seem like they do not exist.  I am reminded of the story of one of the first students from the people’s Republic of China to study abroad, in the 1990’s.  The People’s Republic of China had become a puritanical society where modesty was essential.  However, this student found that the US society was very permissive, by his standards.  He was expelled from a university for having changed his clothes in front of a window on the ground floor, where he was seen by other students.  His protests were to no avail, but culturally it is easy to understand:  to him, the rules in the US were so much more permissive that it seemed to him that there were no rules at all.  In which he was, of course, wrong.  It was that he could not perceive those implicit rules of behavior because they were so different and so much broader than his own.  The same is true of the underdog.  He understands the rules of behavior that apply to the adversary or the enemy – but he does not share them and considers it legitimate to ignore some of the rules of war.  He has rules of his own, but either those rules do not interfere with his actions or he choose to break them if necessary.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difference #13:  the underdog’s passions or passionate feelings are engaged.  This became obvious to me when I was teaching a class in political strategy.  Strong feelings, even passion, are involved.  I am reminded of the year where I was teaching students how to use strategy in analyzing the domestic policies of foreign countries.  I required them to identify a core idea in the course of a three-hour seminar, but each successive weak and each successive case, nobody came up with one.  Romano Prodi’s near legislative defeat in Italy, Spain’s terrorism laws, New Zealand’s Maori, no student could come up with core ideas for any of those cases.  Until we studied the Catholic Church’s response to child abuse by clergy in Ireland – then all the students came up with core ideas quickly and easily (Keep the kids in church, keep the church out of kids, and more of that ilk).  Underdogs are pursuing a strategy because they are passionately committed and emotionally engaged in achieving their goal.  This is a help in creativity, since it allows access to more than rational decision-making.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The Heuristic Device&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The core idea is a metaphor at the heart of a strategy that will help a user to include métis, i.e. to make, under pressure, decisions consistent with the broader goals and objectives, and forces the user into using a broader range of intellectual capacity than the rational.  In other words, it is a learning tool to give strong-side strategy the benefit of the better characteristics of the underdog’s strategic thinking.  The second exercise teaches in more detail what the core idea is and how it can be used.&lt;br /&gt;  &lt;br /&gt;Part II: Teaching and Training in Strategic Thinking&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Three Types of Learners &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;In training people in underdog thinking, i.e in mètis, you may expect three types of participants:&lt;br /&gt;o the natural strategists:  those who only need to have a new concept of strategy including the mètis explained to them, for them to identify it for themselves, learn how to improve their practice, and implement it immediately; &lt;br /&gt;o the on-sight strategist:  who will need to see the new concept of strategy including the mètis  demonstrated to them, for them to identify it for themselves, learn how to improve their practice, and implement it immediately; and&lt;br /&gt;o the coachable strategist:  who will need to be coached through a total of five or six applications (using case studies, for example) of a new concept of strategy including the mètis to them, for them to identify it for themselves, learn how to improve their practice, and implement it immediately.&lt;br /&gt;At the time of this writing, the number of armed forces personnel is small.  However, it is already clear that habitus is a major problem, but also that there are a proportion of natural strategists who can be readily identified in this way.  It is also clear that there are natural strategists who are not identified in the training itself, but realize it after taking the training.  Moreover, the proportion of natural strategists among visible minorities, women, the disabled, and others with some sort of permanent disadvantage is much greater.  If this also holds true for armed forces, then those who have made efforts at diversity may be receiving an unexpected dividend. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;The workshop proposed below takes about three hours, if given all at once, though the follow-up necessary to train the third type of person, to be completed individually, will take more time.  The two exercises of the workshop can be given one at a time.  They are: discovery and diagnosis, and development of the core idea.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Exercise 1:  Discovery and Diagnosis&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; In this exercise, which takes about 1 or 1.5 hours, the objective is to introduce the participants to the basics of strategy including mètis.  Individuals are asked to play a simple board game, such as checkers or chess, and are given a structured set of tasks of increasing complexity to force the failure of rational thought alone.  They are then required to use the core idea, a metaphor that orchestrates all actions in the strategy of the weak.  The trainer observes and confirms with them when they are using mètis.  The materials required are simple:  enough board games for every two or four people (the exercise works for people working in teams of two in playing the board game); enough seats and tables for everybody; and either a chalkboard, a flipchart, an overhead projector or a document camera.  The board game can be selected to be culturally appropriate.  The exercise allows for the use of translators if necessary. What the trainer is looking for is the ability to predict outcomes in increasing numbers of scenarios, and the ability to think ahead to a much greater extent.  People who can do this are likely to be natural strategists, and are much more likely to be practicing the strategy of the weak.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;At the close of this exercise, the trainer facilitates a discussion about the effectiveness of the first experience with a core idea.  In the alternative, if time is short, the trainer can assign the worksheet shown below, an integration learning tool commonly used in management or business.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/-cKG9pQE0uNs/TswtZD3jTWI/AAAAAAAAAGc/-mtj1jWU5uc/s1600/Table1%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 320px; height: 256px;" src="http://2.bp.blogspot.com/-cKG9pQE0uNs/TswtZD3jTWI/AAAAAAAAAGc/-mtj1jWU5uc/s320/Table1%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677963138765639010" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The integration diary’s goal is to help the participant become aware of how s/he learns, so that s/he eventually will be able to become a better learner regarding counterinsurgency.  The report is structure to bring the participant to increasing levels of abstraction, i.e. it provides an additional chance to experience telescoping.  The form is supposed to be completed in point form only, so that the participant works with individual ideas and concepts, rather than having the chance to be descriptive.  The diary must be completed in the space provided to force the participant to choose among various possibilities, and therefore learn what priorities on which to focus.    There are no right or wrong answers for this, or any other, worksheet.  The point is to make explicit the processes of the participant’s learning.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Topic of report this is the specific aspect that the participant wishes to analyze in greater detail.  There should be only one topic, for example:  counterinsurgency, not ‘counterinsurgency and planning.’  The topic should be specific rather than vague.  The topic should also be at the same level of generality as the rest of the content of the worksheet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;In my view, the important components are:  here, the participant should break down the topic of his/her choice into components.  This process should continue until it is no longer possible to break the topic down any further.  The participant then selects the components which will be discussed in the worksheet.  Not all components will be analyzed.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Because: Here the participants gives the reasons why the components selected are important enough to continue to work with.    Here the participant must select priorities once again, explicitly.  This process occurs in everyday life, but it is not explicit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Links with previous learning in strategic thinking:  here, the participant must think over what s/he has learned about strategic thinking in the past, and identify where the topic under consideration connects with what s/he already knows.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; My thoughts about this topic are:  the reason for this box is that the participant will have a wide range of reactions to the learning that has just occurred.  This box allows him/her to make those thoughts explicit, and also to provide him/her with the opportunity to set them aside for future consideration, if necessary.  The participant is now less encumbered with other thoughts to continue the analysis. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; I have a better understanding of:   for the learning to be genuine, there has to be a greater comprehension of some, possibly several, phenomena.  In this box, the participant is expected to provide at least one of these.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; I am more effective at: for the learning to be genuine, there has to be a change in behavior.  That change can be either an improvement in an existing behavior, or a change in the probability that a particular action or course of action will be chosen.  In this box, the participant is expected to list at least one such improvement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; I am more likely to:  for the learning to be genuine, there has to be a change in behavior.  Sometimes that behavior is mental or psychological.  That change can ebe either an improvement in an existing behavior, or a change in the probability that a particular action or course of action will be chosen.  In this box, the participant is expected to list at least one such change in probability.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; In the last three boxes, the participant must become very specific and concrete about what the learning has done for him/her.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; I want to learn more about: learning is a chain, and in an earlier box the participant was required to identify what previous learning on this topic s/he had done.  Here, the participant must identify what s/he would most want to study next.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; What I can use: of the learning that has occurred and has been identified, the participant must now select what has practical or immediate applications in his/her responsibilities or life.  In this box, the participant must identify the elements of learning that he can actually apply.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Where?  Of the learning that has occurred and has been identified, the participant must now specify what applications exist for the elements of learning that s/he has identified.  It is important for participants to be as specific as possible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sample Integration Diary&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/-RL8e4-Dom2g/TswtRSnYfzI/AAAAAAAAAGQ/Wb-lreXkUBg/s1600/table%2B2%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 266px; height: 320px;" src="http://4.bp.blogspot.com/-RL8e4-Dom2g/TswtRSnYfzI/AAAAAAAAAGQ/Wb-lreXkUBg/s320/table%2B2%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677963005285400370" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Exercise 2:  The Core Idea&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;The third exercise joins the way of thinking of the first exercise with the content of the second.  In this exercise, participants must plan a response to the events described in the appendix, first without a core idea, and then using a core idea.  Participants are therefore required to use the information and skill to which they have just been introduced.  The case study provided is semi-fictional, to ensure that strategy including mètis is actually necessary.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/-rCMu7eLuyUI/TswtI39I1JI/AAAAAAAAAGE/4qq0Et6aNu0/s1600/table%2B3%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 320px; height: 164px;" src="http://2.bp.blogspot.com/-rCMu7eLuyUI/TswtI39I1JI/AAAAAAAAAGE/4qq0Et6aNu0/s320/table%2B3%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677962860689937554" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;In this worksheet, the participant is expected to identify the components of a strategy to answer a particular challenge.  As with the integration diary, the participant should use point form and no more than a single sheet to complete the worksheet.  This will force him/her to be conceptually specific, and to choose among competing priorities.  This way, the trainer can assess the judgment of the participant as well as his or her capacity to think using strategy with mètis.  Those components are the problem, to be described succinctly in the top box, “Issue”; the solution to that problem that suits the participant best, again to be described succinctly in the middle box, “Goal”; and the steps that will have the participant reach the goal, or the method he plans to use, of the collection of actions s/he plans to use, in the bottom box, “Tactics.”  A strategy need not be developed only in adversarial circumstances – it can be used to rise to a challenge of any type.  But because it is demanding to develop and implement, it is usually only used in dire circumstances where there are at least one and usually many enemy players.  As usual, the participant must be detailed, specific, succinct, and must stay at one level of generality or detail throughout the worksheet. Below is a sample worksheet for a public policy decision, to encourage physicians in Ontario, Canada to join group practices.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;From Sole to Group Physicians’ Practice in Ontario&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Numerous jurisdictions, both within Canada and internationally, have undertaken some type of reform of the delivery of primary health care services. Although there appears to be agreement over the need for reform, there are many models, existing and proposed, outlining how reform should be implemented.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The goals of primary care reform, as articulated in 1998 when the Ministry of Health and Long Term Care (MOHLTC) adopted recommendations from the Primary Care Reform Steering Committee are: improved access, improved quality and continuity of care; increased patient and provider satisfaction; and increased cost-effectiveness of health care services. In Ontario, seven sites were initially selected to pilot a new model of primary care service delivery. The model currently being evaluated in Ontario is based on a Primary Care Network (PCN) of physicians and other health care providers, who enroll patients for the provision and co-ordination of primary care services. After-hours assistance is provided through a telephone triage service. There are financial incentives for PCNs to provide preventative interventions. It is expected that information technology will be integrated into practice. Two physician remuneration mechanisms are being tested in the Ontario pilot. Most of the pilots are using a “capitation” model where physicians are funded based on the number of patients enrolled with them and not on the amount of service that they provide to each patient. At present, one of the pilots is testing a “reformed fee-for-service” model which is a modified version of the traditional physician remuneration method where physicians are paid based on the amount and type of service provided to patients. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The description of the experience of implementing the pilot networks rests on the framework developed by Barbara Starfield of Johns Hopkins University. The Starfield framework assesses primary care reform on the following four indicators, which can be closely linked to the four goals set out for primary care reform in Ontario: first contact care, longitudinality (patient focused care overtime), comprehensiveness and co-ordination. Research has shown that primary care reform models centered on these four elements produce the best health outcomes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; At the time of this writing, there were thirteen active PCNs. Some of the networks were formed based on historical relationships among physicians. These groupings were often formed around larger groups of physicians who shared office space and/or after-hours call groups. Critical differences between the networks identified include: &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The number of physicians in the group (from 4 to 21)&lt;br /&gt;Geography&lt;br /&gt;The existence of multidisciplinary teams&lt;br /&gt;The extent of shared identity&lt;br /&gt;Whether or not the offices are in a shared call group&lt;br /&gt;The extent to which the participants and practices collaborate in community initiatives and outreach&lt;br /&gt;the amount of sharing of common experiences and troubleshooting through meetings and telephone calls; &lt;br /&gt;and collaboration related to information technology&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Key findings include:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Most PCNs consist of a mix of solo and group physician practices; there are two single location networks&lt;br /&gt;PCNs range in size from 4 to 21 physicians&lt;br /&gt;Three of the PCNs (Chatham, Paris, and Parry Sound) are underserviced areas in terms of the number of family physicians&lt;br /&gt;Each PCN has a Network Leader who provides leadership in terms of group collaboration, decision-making and administration; they are compensated for their role&lt;br /&gt;All PCNs hold group meetings; beyond this the extent and type of collaboration varies&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;In all networks there appears to be greater interaction among health care providers than prior to PCR.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;There were a number of similarities in the characteristics of the 166 physicians participating. Their reasons for participating included a desire to take part in a program that could lead to improved quality of care for their patients, and/or the offer of financial support for the acquisition of new information technology (IT) systems by the Ministry of Health and Long Term Care.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Physicians were interested in using the new IT systems to enhance patient care.&lt;br /&gt;The average age of the participating physicians is about 48 years.&lt;br /&gt;The average length of time in practice is 23 years&lt;br /&gt;About 40% of physicians in the pilot are female (provincial average: 32%)&lt;br /&gt;Thirty percent formerly practiced in a Health Service Organization (HSO) (provincial average 2.2%)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;In order to participate, physicians had to negotiate a contract with the MOHLTC. Participants described the contract negotiation process as arduous and taking up much more meeting time than anticipated.  Every network found the process difficult, although physicians were satisfied with their contract when it was finalized.  Patients also have to voluntarily enroll in the program.  About 245,000 patients have been rostered at the time of this writing.  Some communities have had significant success with rostering. For example, the Paris PCN is at 111% of its estimated enrolment target and five other PCNs are above 80% of their enrolment target. Many physicians identified rostering as the biggest challenge to starting up their primary care network, because the process was tedious and labor intensive, impinging on administration and patient care time. Some practices hired extra staff to assist with rostering. There were concerns expressed about the level of English required to complete the forms; the complexity of the consent forms, and the lack of understanding on the part of the patient with regard to their responsibility as a rostered patient. The Ministry has provided funding for seven new nurse practitioner positions and allowed former HSO physicians in the pilot to maintain funding for specialized resources (e.g. mental health counselors, psychiatrists, dieticians). In addition, there are dozens of nurses and administrative staff connected to specific physician offices that also contribute to the delivery of patient care in the PCNs. A telephone advice line has been established for the pilots and is serving ten of the thirteen PCNs. (A plan has recently been put in place to expand the service to the three newest PCNs.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Under the terms of their contract, all physicians within a network were required to have a written agreement setting out their decision-making approach and signing authority. Individual offices within each PCN tend to operate as separate practices with separate assets, with the only shared asset among the individual practices being a shared bank account for Ministry funding. All networks have a network leader and some have an executive committee typically consisting of three or four members. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;All of the networks are using the capitation method of physician remuneration except one, which is using the reformed fee-for-service method. Some of the issues raised with respect to the capitation method include: &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Roster limits&lt;br /&gt;Outside use or negation rates&lt;br /&gt;Inclusions and exclusions of services/procedures in the capitation rate &lt;br /&gt;Capitation rates for the elderly&lt;br /&gt;Capitation rate increases and on-call coverage&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Physicians using the reformed fee-for-service method were much less satisfied. In this case, issues included a lower than expected level of income in the initial stages, difficulty accessing the benefits of the bonus codes, rostering requirements and on-call coverage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The MOHLTC required budgets for: &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Administration of the enrolment process&lt;br /&gt;Network administration; information technology &lt;br /&gt;Nurse practitioners (where applicable) &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;There were varying levels of satisfaction with the budgets and disbursements of funds across the PCNs. Many physicians had little or no prior experience with budgets and administration; they found there were delays in approval of funding by the MOHLTC.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nurse practitioners have at least a decade of nursing experience, and areas of specialty (i.e. wound care, obstetrics, women’s health etc). The ratio of nurse practitioners to physicians varies across the networks from 1:2 to 1:21. The role of nurse practitioners varies, influenced mostly by the physicians with whom they practice. Their roles include:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Well patient exams (especially well female exams on behalf of male physicians)&lt;br /&gt;Home visits&lt;br /&gt;Preventative care&lt;br /&gt;Patient education&lt;br /&gt;On-call coverage&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Some of the nurse practitioners carry their own patient caseload, providing the full range of services that they are empowered to perform. Patient focus groups indicate that there is a high level of patient satisfaction with the introduction of nurse practitioners.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The pilot PCNs use three strategies to ensure that rostered patients have access to care 24 hours a day, seven days a week: &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Extended office hours&lt;br /&gt;Physician on-call coverage&lt;br /&gt;Teletriage service&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Some physicians found one of the benefits of PCN’s was the opportunity to share on-call with a larger group -- it reduces the burden on individual physicians and improves lifestyle. One of the concerns is the diversity of patient profiles found in different practices. In any event, the high volume of calls for teletriage has been striking. Between October and December 2000, rostered patients made a total of 4,840 calls to the teletriage line, over 200% of their estimate in the contract. The first three months of operation of the teletriage service suggests that the service has redirected callers to different care options than they would have otherwise sought. For example, from October to December 2000, 375 callers said they were planning to seek emergency care. Only 102 callers were actually advised by the teletriage service to seek emergency care. On the other hand, physicians have mixed views on the teletriage service, which may be related to the change in gatekeeper status of the health care system and concerns over loss of revenue for the profession.  They report mixed feedback from their patients, but the high and growing number of calls suggests at least a degree of patient acceptance of the service.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The information technology (IT) component is extremely important to physicians as it may well represent the most significant financial benefit to them. A cost-sharing arrangement is in place by which the Ministry pays two-thirds of the cost of new IT systems and the physician pays one-third of the cost. The Ministry has also set out minimum standards in terms of IT functionality. Most physicians cited this as one of their main reasons for volunteering to be part of a primary care network pilot, some expressing a specific desire to implement electronic medical records and move towards a paperless office. This also proved to be the second biggest challenge facing physicians trying to become functional PCNs. Overall, physicians felt ill-prepared for the process of assessing their IT needs and selecting an IT system, sentiments echoed by many users with specialized needs but without specialized expertise in IT. Many PCNs were not fully satisfied with the advice they received form the consultants they hired through MOHTLC funds. Some PCNs are very pleased with their IT acquisitions but others have experienced a variety of implementation setbacks and ongoing technical support problems -- it is not unusual for physicians within the same network to have purchased different IT systems.  This does not bode well for future integration and connectivity; it also says something about the degree of actual versus on-paper collaboration. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Despite the challenges, physicians in most networks report a fairly high level of satisfaction with primary care reform. Most physicians are more satisfied now than they were prior to primary care reform, although 20% are less satisfied now than they were before taking part in primary care reform. Over 70% of the physicians interviewed said their expectations have been met. Seventy percent of physicians have not noticed changes in their practice patterns since joining a PCN. When changes were noted, they most often related to after hours coverage or information technology.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Overall satisfaction of patients was at least seven out of ten.  Patients generally agreed that the quality of care was directly related to the way the individual doctor chooses to approach his or her profession. Former patients enrolled in an HSO noticed little change under primary care reform. Those patients not used to after-hours on-call access to their physicians noticed the most difference. Patients appreciated having access to a nurse practitioner. Patients felt that they had an appropriate level of access to the services they needed. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The top five benefits physicians have experienced being part of a PCN is:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The lifestyle and practice-style benefits of the capitation model &lt;br /&gt;Better care for patients &lt;br /&gt;Information technology (IT) &lt;br /&gt;Increased income&lt;br /&gt;Shared call and coverage for absences&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The top five challenges physicians have faced being part of a PCN are:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Administrative demands &lt;br /&gt;IT&lt;br /&gt;Patient rostering&lt;br /&gt;Dealing with the Ministry&lt;br /&gt;Negation&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;To date, the involvement of nurse practitioners and other health care providers in the&lt;br /&gt;networks has been limited.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nurse practitioners play a wide variety of roles which contribute to the delivery and quality of patient care&lt;br /&gt;Patients report very high satisfaction with nurse practitioners&lt;br /&gt;Role definition and team integration have been a challenges in integrating nurse practitioners into PCNs; the nurse practitioner to physician ratio in extremely low in many PCNs&lt;br /&gt;High turnover amongst nurse practitioners is a source of concern&lt;br /&gt;Access to specialized resources (mental health counselors, nutritionists, psychiatrists) varies because only former HSO physicians have funding for these resources. These physicians are extremely satisfied with this service which is of great benefit to their patients. Other physicians would also like to have access to specialized resources but funding has not been provided to expand access for all physicians in the PCNs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ten PCNs are using the capitation payment mechanism; three PCNs are using the reformed-fee-for-service (RFFS) mechanism&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;There is high physician satisfaction with capitation and preliminary evidence of changed behaviors due to capitation incentives&lt;br /&gt;There is low physician satisfaction with RFFS and no evidence at this stage of changed behaviors&lt;br /&gt;Roster size and patient profile can influence income; there is a need to ensure that the principle of equal access for all patients is maintained&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Integration of information technology (IT) varies from network to network and from physician to physician&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;There are many examples of successful integration of IT into practice including identification of patients on recalled drugs, preventive reminders, recalls for patient monitoring, templates for common conditions and physical exams&lt;br /&gt;IT is also used by every physician for practice management&lt;br /&gt;Barriers to further integration include delays in development of certain functions (e.g. online enrolment, secure e-mail, drug interaction software), implementation problems, physician readiness, misalignment of stakeholder expectations and reality&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;For some practices enrolment activities have wound down and the process is no longer a burden; for other practices enrolment continues to be paper-intensive and time consuming&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Some physicians perceive that roster limits are problematic in areas with a physician shortage&lt;br /&gt;Physician initiated de-rostering is occurring for a variety of reasons including outside use&lt;br /&gt;Only 33.2% of enrolled patients have signed consent forms&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;All PCNs are meeting the Ministry requirement for extended hours coverage&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;There are many examples of shared call arrangements&lt;br /&gt;Some PCNs are collaborating on innovative approaches to covering physician absences due to vacation, holidays, illness, CME, etc&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;10 out of 13 PCNs using teletriage&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Volume of teletriage calls has exceeded forecast; there were 15,624 calls between September 2000 and May 2001&lt;br /&gt;Call volumes are low in some communities such as Carlisle, Kingston and Chatham&lt;br /&gt;The three newest PCNs do not yet have access to the teletriage service due to contractual issues&lt;br /&gt;Data from the teletriage service provider indicates that fewer patients are being advised to go to emergency departments than those whose pre-intent was to go to the emergency department&lt;br /&gt;Linguistic accessibility is an issue for after hours access&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Primary care reform is encouraging an increased emphasis on health promotion,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Prevention and patient education through four initiatives: new staff resources (i.e. nurse practitioners), information technology (e.g. preventive reminders), continuing&lt;br /&gt;Medical education fee code, and financial incentives (i.e. capitation, bonus fee codes)&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Few new linkages have been forged with community partners; this may be because the PCNs have been very busy and/or because gaps in service make it difficult for physicians to achieve continuity of care.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Observations about the pilots must be interpreted within the context of the goals that were established for the pilots at the outset. The four primary care reform goals are: &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;improved access&lt;br /&gt;improved quality and continuity of care&lt;br /&gt;increased patient and provider satisfaction&lt;br /&gt;increased cost-effectiveness of health care services&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Some of the findings and trends observed provide insight into the achievement of specific goals. For example:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Improved Access&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;All PCNs provide extended hours and share call (including on-site at designated locations) to ensure after-hours coverage. The establishment of new on-call and coverage arrangements that did not exist previously has improved coordination of care in some communities.&lt;br /&gt;Nurse practitioners are working in Hamilton, Paris and Rural Kingston. Where they exist, nurse practitioners are sharing the patient load and reducing the burden on physicians. Paris is an underserviced area.&lt;br /&gt;The volume of patients using the teletriage service has surpassed the level of utilization expected.&lt;br /&gt;The physician linkage to the teletriage service informs physicians when their patients contact the On-Call Healthline with a health concern. Most physicians report that they are reading this form and then filing it in the patient’s chart making it part of the ongoing patient record.&lt;br /&gt;In some cases, the increasing of rosters has provided access to patients who previously did not have a family doctor.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Improved quality and continuity of care&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The literature shows that clinical management systems have the potential to improve quality of care by reducing medical errors and adverse drug reactions. All PCN physicians are required to have a clinical management system. These systems are being used to various degrees within the pilots.&lt;br /&gt;Some physicians are using electronic medical records that facilitate analysis of patient histories to identify trends or specific patient groups, templates for specific disease groups or common interventions that improve the standardization of care, electronic reminders of when patients are due for preventive interventions and when patients need to be re-called for monitoring for chronic conditions such as diabetes or high cholesterol; these have the potential to improve quality of care&lt;br /&gt;Some nurse practitioners are conducting home visits; in some cases the nurse practitioner coordinates her visits with the home care nurse.&lt;br /&gt;Nurse practitioners are providing health promotion programs such as flu clinics, smoking cessation and diabetic teaching.&lt;br /&gt;Some physicians on the capitation payment model have said that they have revisited their treatment and follow up patterns.&lt;br /&gt;Physicians on capitation feel that access to continuing education has increased because there is no financial penalty for taking time off for CME&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Increased Patient Satisfaction&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Preliminary results from the patient survey suggest that PCN patients are more satisfied than Ontario patients as a whole.&lt;br /&gt;According to reports by the teletriage service provider, 89% of callers to the teletriage service report that they agree with the advice provided by the teletriage nurse.&lt;br /&gt;Patients report that the addition of a nurse practitioner has enhanced the quality of primary care they receive due to improved access to health information.&lt;br /&gt;Very few physicians report having to de-roster patients because they are dissatisfied with primary care reform.&lt;br /&gt;However, overall patients have noticed little change in access, waiting time or quality with the introduction of primary care reform&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Increased Physician Satisfaction&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Satisfaction levels appear to be on the increase as the hectic pace of the start-up phase winds down for most PCNs&lt;br /&gt;Very few physicians have left the PCNs since they were introduced. To date, no physician has left a network due to dissatisfaction with primary care reform.&lt;br /&gt;Satisfaction levels amongst nurse practitioners vary substantially and there are several sources of dissatisfaction that warrant close attention.&lt;br /&gt;Turnover among nurse practitioners has been very high&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Increased Cost-Effectiveness of Health Care Services&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The use of practice management software for appointment scheduling, registration and billings have improved office efficiencies.&lt;br /&gt;The use of electronic medical records also improves efficiencies.&lt;br /&gt;The teletriage service appears to have had a positive impact on emergency room utilization. Data from the teletriage service provider suggests that in the absence of the teletriage service the callers would have made 1,874 visits to hospital emergency rooms. However, the teletriage service advised only 871 callers to seek emergency care – a difference of 1,003 visits.&lt;br /&gt;It has been proposed that nurse practitioners might have an impact on cost-effectiveness but there is no definitive evidence on the economic impact of nurse practitioners in the PCNs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;While there has obviously been some progress towards achievement of the four primary care goals many stakeholders have expressed a sense of disappointment that the networks are not further along. There are a number of barriers impeding the progress of the networks. These barriers can be divided into three categories:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1) Implementation barriers. These are barriers that relate, not to the model, but to how the model has been applied in practice. Implementation barriers usually have a high likelihood of being addressed over time as experience is gathered, feedback is obtained and corrective action is taken. It is critical that implementation barriers are identified and addressed as soon as possible. Examples of implementation barriers include delays in various IT components, insufficient multidisciplinary resources, inability to respond to higher than anticipated teletriage call volumes, and insufficient patient and public education about the reform. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2) Model barriers. These barriers speak to fundamental problems with the primary care reform model that is being implemented. Identification of these barriers will be important to Ontario Family Health Network (OFHN) the Ministry and the Ontario Medical Association (OMA) who are committed to learning from the pilots so that the model can be fine-tuned and improved in preparation for the provincial roll-out. Examples of model barriers include a physician-centric approach to the reform, issues with the bonus codes and capitation rates, insufficient feedback to physicians on outside use, and the need for specific performance measures for the PCNs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3) Systemic barriers. These barriers relate to the structure and nature of the health care system in which the pilot is being introduced. They usually existed prior to the pilot and effect other health care services and programs as well. Addressing systemic barriers will require significant action on the part of funders, policy makers and planners. The corrective action required will likely be long-term. Examples of systemic barriers include physician shortages, the health care funding structure, lack of integration with reforms in other health sectors, and gaps in service.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;FHN FORMATION PROCESS &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;At the initial stage, a Family Health Network (FHN) consists of at least 5 physicians, who are able to demonstrate to the OFHN that they will be able to enroll at least 4000 patients.&lt;br /&gt;The physicians must show documentation to the effect that they are collectively carrying at least 4000 patients.  On or before the date the contract comes into effect, the physicians provide the Ontario Family Health Network the following:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;a completed Application for Group Registration in a form as may be required by the Ministry; &lt;br /&gt;signed FHN Physician Consent for Disclosure of Billing and Financial Information forms (i.e. Appendix G of the contract)&lt;br /&gt;a certificate signed by all of the FHN Physicians, to the effect that (1) the FHN Physicians have executed all Governance Documents necessary to meet the Governance Requirements and to perform all of their obligations under this agreement; (2) identify the lead physician and the associate physician with the authority to act on behalf of the FHN&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;FHN Physician and the Associate FHN Physician having the authority to act on behalf of the FHN as provided herein.  Within thirty days of any request by the OFHN, the physicians rectify such inconsistencies or deficiencies and shall notify the OFHN of what changes have been made for such purposes.   After the OFHN is satisfied that the FHN have fully and satisfactorily complied with the requirements, the Ministry issues a FHN Identifier Number.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The physicians then have 12 months of the issuance date to invite the patients in each of their practices the opportunity to become enrolled if they meet the conditions set out below. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1.The patient must be, at the time of enrolment, an insured person by OHIP.&lt;br /&gt;2.The patient must reside within 100 kilometers of a location where the FHN Services are regularly provided&lt;br /&gt;3.The patient cannot be a resident of a Long-Term Care Facility, incarcerated in a provincial or federal correctional institution or enrolled in another alternatively funded enrolled general practitioner service. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Patients enroll with an individual FHN Physician, but cannot be required to enroll in order to receive or to continue to receive services from a FHN physician. No patient shall be refused the opportunity to enroll with his or her FHN Physician on account of his or her health status or need for health services.  A FHN Physician cannot limit or restrict his or her invitations to new patients to enroll on account of the patient's individual health status or need for health services.  Patients who are invited to enroll are provided with the patient Enrolment Form and Consent to Release Personal Information.  The Enrolment Form shall become effective upon its completion and signing by the patient and the acknowledgement of the FHN Physician. The FHN Physician, the FHN Physician shall provide a copy to the patient. The OFHN co-ordinates, oversees, supports and administers the enrolment process in co-operation with the FHN Physicians and their FHN, to minimize their work in this regard.  Each FHN Physician receives a payment of $1,000 upon starting the enrolment process after the issuance of a FHN Identifier Number and second payment of $2000 within 60 days of the start date. (not enough, increase) &lt;br /&gt;A FHN Physician can terminate his or her relationship with any patient in accordance with applicable guidelines issued by the College of Physicians and Surgeons of Ontario. There is no obligation for a FHN physician to go beyond his or her professional competence or that, using the FHN Physician's best efforts, are beyond the reasonable control of the FHN Physician. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Before a FHN can become operational, a FHN must be certified.  The lead FHN physician gives written notice to the ministry and the OFHN at least 30 days before the proposed start date.  In his/her written notice, the lead physician will include:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(a) a copy of an insurance certificate, complying with the requirements;&lt;br /&gt;(b) a signed FHN Physician Declaration from any FHN physician who has joined since the agreement was signed&lt;br /&gt;(c) a signed FHN Contracted Physician Declaration from each FHN physician&lt;br /&gt;(d) a current list of all FHN physicians, with their office addresses and office hours&lt;br /&gt;(e) a description of on-call physician arrangements &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The OFHN reviews the documentation.  The OFHN gives notice of the inconsistencies or deficiencies as soon as possible.  The OFHN works with the FHN to meet the requirements.  The FHN physicians understand and agree that the failure to address such deficiency or inconsistency to the satisfaction of the OFHN precludes the certification of the FHN.   The FHN is certified by the OFHN.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;OPERATIONAL CONCERNS&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The FHN physicians will, within the FHN, provide, co-ordinate or oversee the provision of the FHN Services. The FHN physician to whom a patient is enrolled shall be responsible for providing, co-ordinating or overseeing, as appropriate, the provision of the FHN services to that patient. Except for recognized holidays, the FHN physicians ensure that a sufficient number of physicians are available to provide the FHN Services during reasonable and regular office hours from Monday through Friday sufficient and convenient to serve enrolled patients. At least one FHN physician office staffed by a FHN physician or a contracted physician shall be open Monday to Thursday until 8 p.m., and for a minimum of three hours on weekends. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; The FHN services are provided during reasonable and regular office hours at the offices of one or more of the FHN physicians, and at appropriate locations of their choice during evenings and weekends, as long as they advise the OFHN of those locations. FHN physicians who provide services in the emergency rooms of public hospitals will do their best to make sure that non-emergency services provided to enrolled patients are not counted by the hospital as a visit to the Emergency Room. FHN services provided by FHN physicians in a hospital must be offered separate and apart from the Emergency Room services. Enrolled patients must be advised by the physician of the office hours and locations, as well as posting those arrangements prominently.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The OFHN agrees that it shall, by the start date, at its expense, arrange the provision of advice and referral information, including triage to self-care, access, where appropriate, to an on-call FHN physician who is permitted access to the medical records of the enrolled patients and, if essential, to a public hospital emergency department. These services will be available to Enrolled Patients from 5 p.m. To 9 a.m., Monday to Thursday, 5 p.m. Friday to 9 a.m. Monday, and during holidays. There will be appropriate feedback to the responsible FHN Physician when an enrolled patient uses those services. There will be no charges to physicians or patients for those services, and the OFHN will pay the FHN $2,000 a month for:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(a)ensuring that a FHN physician is available on call during the hours of delivery;&lt;br /&gt;(b)ensuring that the provider of services is informed of which FHN physician is on call and how to reach that physician; &lt;br /&gt;(c)in conjunction with the OFHN, promoting the telehealth services among the FHN's enrolled patients and for encouraging its proper and appropriate use; &lt;br /&gt;(d)providing the telehealth provider with information about available local services to which the staff can direct callers;&lt;br /&gt;(e)participating in on-going reviews and an overall evaluation of telehealth services&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Subject to the approval of the OFHN, where a community has multiple FHNs, on-call services may be provided on behalf of one or more FHN's by a single FHN Physician who is permitted access to the records of the enrolled patients. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sample Worksheet: Strategy Without Core Idea&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/-ttY_gBEm0WA/Tsws-W4g34I/AAAAAAAAAF4/k6sOPXtmYwI/s1600/table%2B4%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 320px; height: 250px;" src="http://4.bp.blogspot.com/-ttY_gBEm0WA/Tsws-W4g34I/AAAAAAAAAF4/k6sOPXtmYwI/s320/table%2B4%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677962680013479810" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Because coming up with a core idea is often the most difficult part of the exercise, there is a short worksheet that can be completed quickly that will stimulate the thinking of the participants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;This worksheet is designed to force the participant to start thinking beyond the rational, linear model that has served him/her so far so well.  The goal of the worksheet is to get the process of thinking metaphorically established, and then to give the participant some practice.  It is deliberately simple to foster and focus thinking with strategy including mètis.  Not all the metaphors are actually practical or helpful.  The point is to produce a number of them so that the participant can then develop the capacity to judge which are better or more practical.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/-ze0DyisK3TY/Tsws2UIL-QI/AAAAAAAAAFs/IzBVpR0fsy4/s1600/table%2B5%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 320px; height: 290px;" src="http://3.bp.blogspot.com/-ze0DyisK3TY/Tsws2UIL-QI/AAAAAAAAAFs/IzBVpR0fsy4/s320/table%2B5%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677962541834959106" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Then the work can proceed to the development of a strategy with a core idea. &lt;br /&gt;The same is true of the other worksheets, given below for the case study.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/-rlSX-9t0edI/TswssxwXHjI/AAAAAAAAAFg/yY8rL5Qj2N0/s1600/table%2B6%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 265px; height: 320px;" src="http://1.bp.blogspot.com/-rlSX-9t0edI/TswssxwXHjI/AAAAAAAAAFg/yY8rL5Qj2N0/s320/table%2B6%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677962377989398066" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/-cugWo3WKqnI/TswsXwwdSRI/AAAAAAAAAFI/WVFM3RI7HGQ/s1600/table%2B7%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 276px; height: 320px;" src="http://3.bp.blogspot.com/-cugWo3WKqnI/TswsXwwdSRI/AAAAAAAAAFI/WVFM3RI7HGQ/s320/table%2B7%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677962016944113938" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/-WYKjfERiftk/TswsNW4_sEI/AAAAAAAAAE8/rVD5_0sqG2c/s1600/table%2B8%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 286px; height: 320px;" src="http://3.bp.blogspot.com/-WYKjfERiftk/TswsNW4_sEI/AAAAAAAAAE8/rVD5_0sqG2c/s320/table%2B8%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677961838201909314" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/-aAltw-L5M04/TswsE7dFXKI/AAAAAAAAAEw/gUv6qi3u8AU/s1600/table%2B9%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 263px; height: 320px;" src="http://3.bp.blogspot.com/-aAltw-L5M04/TswsE7dFXKI/AAAAAAAAAEw/gUv6qi3u8AU/s320/table%2B9%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677961693398129826" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/-snGDcCeNwWg/Tswr5BgPbHI/AAAAAAAAAEk/uYiPt0RWp3w/s1600/table%2B10%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 320px; height: 274px;" src="http://2.bp.blogspot.com/-snGDcCeNwWg/Tswr5BgPbHI/AAAAAAAAAEk/uYiPt0RWp3w/s320/table%2B10%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677961488863554674" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Should some participants belong to the third type of learners of strategy including mètis, it is possible to assign to them additional case studies. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Conclusion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Such a shift in thinking and mindset requires some very important skills be taught and some important characteristics be developed.  Their current training does provide the chance to develop self discipline and the ability to do their job under extreme stress.  Two other capacities are also required:  the ability to change gears quickly, and what I call the ability to telescope:  the ability to act within a certain scope and forecast the consequences on a broader scale, or to act on a broader scale and be able to forecast the consequences on a smaller scale.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The possibility of more rigid habits of thinking is more common among large, successful, and affluent armed forces, as in all walks of life.  Habitus is the system of durable, transferable dispositions produced by the conditioning associated with a particular class of conditions of existence.  The conditions of existence produce generating, organizing principles of practice and of mental representation of situations, which can be objectively adapted in their aim, but without the awareness of those aims and the mastery explicit of the operations necessary to attain them.  The more specialized the training, the more affluent and/or successful the people, the more resistance there can be to learning, the more rigid the way of thinking.  However, the habitus usually will become less rigid in times of crisis: the more severe the crisis, the more open people will become, and while it may be too late to help solve the crisis at hand, it is possible to introduce training at that time.   &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;There are a number of caveats to the training proposed above.  First, the proportions of types of practitioners of mètis in most organizations is not known, as is the proportion among the various types of learner may be found in much lower proportions than in other walks of life.  Second, the training of personnel troops proposed can be ordered, but the learning cannot.  They may participate in the workshop while resisting the learning. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; On the plus side, there are exercises and training developed by the author to fit any schedule, which are polyvalent to suit any of the sister services and any rank or trade. They will not be of equal significance, however to any armed force, service, rank or trade.  There are also case studies available for training purposes, and for much broader applications.  There is also a new general theory of strategy, and proposal of proposal of strategy as unit of analysis and guide for action and a methodology for theory-building.  This new theory is already illustrated with a set of case studies involving states as actors:  the analysis of a single state, the analysis of bilateral relations between states, the analysis of multilateral relations among states, and the analysis of bilateral and multilateral relations between an international organization of states and both member and non-member states.  The second set of case studies using the individual citizen as actor has also been completed, along with two practical guides to action in the political system.  At the time of this writing, a series of semi-fictional case studies involving individuals and groups in systems is being prepared.  The future necessity for the inclusion of the application of strategy for the analysis of supra-national groups using strategy in a systemic context is already clear.  These necessities figure among the next topics for research.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; In parallel to these theoretical works are a series of practical guides, already mentioned, whose goal is to make available the methodologies produced by strategic theory, but without requiring the abstract theoretical work of the other strand.  This strand includes books already published on organizational political strategy and tactics for individuals and small groups, as well as a book on using strategy in political activism, on how to use strategy to analyze national and international policies established by governments, on health services, on bioterrorism, and on electoral strategies.  At the time of this writing, several books on research, and other applications are in preparation.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3910526089042195027-5125116185731957656?l=paquetteresearch.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/feeds/5125116185731957656/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3910526089042195027&amp;postID=5125116185731957656' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/5125116185731957656'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/5125116185731957656'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/2011/11/strategy-and-underdog-in-organizational.html' title='Strategy and the Underdog In Organizational Politics'/><author><name>Laure Paquette, PhD</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04656679095781855378</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='26' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_fWf7ntlM_zE/SbPj9SZvRUI/AAAAAAAAAAQ/spvdQpJNpxA/S220/Paquette,+Laure.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-cKG9pQE0uNs/TswtZD3jTWI/AAAAAAAAAGc/-mtj1jWU5uc/s72-c/Table1%2Bcropped.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3910526089042195027.post-381368800092089054</id><published>2011-11-22T13:22:00.000-08:00</published><updated>2011-11-22T14:02:38.281-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='elections'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Participation'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Youth'/><title type='text'>How Strategy Can Foster Youth Participation in the Electoral System</title><content type='html'>That political strategy and tactics make a significant contribution to politics and political science has been argued at length elsewhere.   The present article discusses three ways in which political strategy and strategic analysis can foster greater youth participation in the electoral system.  First strategy allows young people themselves to become politically mobilized.  Second, strategy can help young people be more effective in their participation in the electoral system.  Third, strategy can be used to assess, change or design policies regarding youth participation in elections.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The goal is to give the reader an idea of the potential, rather than include enough detail for strategy to be used immediately, on the basis of this article alone.  The rudiments of strategy and strategic analysis at their most applied are discussed in three parts.  The first discusses how to develop a strategy.  The second examines how to analyze a strategy already put in place.  The third discusses a series of exercises, whose role is to develop the capacity to strategize and conduct strategic analysis.  Table 1, Objectives and Tools, relates these three parts to the possible applications mentioned above. These are only three components of a more detailed step-by-step method which, applied to elections only, includes over 40 exercises and 50 worksheets. The last section provides some sample strategies.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Objectives and Tools&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Goals Tools&lt;br /&gt;Mobilization Exercises&lt;br /&gt;Effectiveness Worksheet I&lt;br /&gt;Policy Analysis Worksheets II and III&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Some discussion of strategy, however, is in order.  A strategy is an imaginative idea, which orchestrates and/or inspires sets of actions (tactics, policies, programs or plans) in response to a given problem.  The essential characteristic of strategy is the core idea, because the core idea directs all the subsequent actions or tactics of the strategy when it is implemented. There are three major components to strategy, in addition to the core idea: goals, tactics, and style.  Goals are aims or ends to which efforts are directed. The tactics are the means or steps useful or helpful to a desired goal.  Finally, the style is the particular manner of taking steps for a particular purpose. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/-frbWgiYO3Tk/TswaNwgoFII/AAAAAAAAACs/hHEze7sbvVg/s1600/figure%2B1%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 320px; height: 304px;" src="http://2.bp.blogspot.com/-frbWgiYO3Tk/TswaNwgoFII/AAAAAAAAACs/hHEze7sbvVg/s320/figure%2B1%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677942053869720706" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Political mobilization of Youth&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;This section provides the description of strategic exercises for greater mobilization.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Exercise 1, Identifying Issues.  Hand out disposable, development included cameras and ask people to take pictures of what improves their lives, what makes their lives good, what enriches their lives; the following meeting, have the people display and explain their pictures to the group, and from that discussion build a consensus on what the issue they want to act on is.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Exercise 2, Discovering Strategy and your Strategic Potential. Individuals play chess or checkers but are required to think two moves ahead; facilitators interrupts games to turn the tables, change opponents, ask about moves anticipated, etc. Facilitator provides feedback on strategic thinking throughout workshop. Exercise ends with a discussion about what the chessboard represents in a real strategy, what the pieces are, what the rules mean, how the opponent was dealt with. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Exercise 3, Whose Line Is It Anyway?  Participants are given brief outline of the situation that they are in and have to improvise.  Select different participants for each role-play; after each role play discuss the strength and weaknesses.  Observers and participants have to say one good thing for every criticism.  Criticism should take the form of Ahow would I do it differently?@  The facilitator stops the role play when the participants are out of ideas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Exercise 4, Drafting Letters, Faxes, E-mails. Divide participants into three groups and have one team draft a letter, one team draft a fax and one team draft an email. Each communication would be trying to be doing one or more of the following: get an appointment; be put on the agenda of the next meeting; be put on a committee; ask for money for your cause; ask to vote in a certain way for your cause. Each team would have half an hour to write its communication, then they would share it with the group and get some feedback.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Exercise 5, Going for the Jugular.  Watch AA Bridge Too Far@ to learn about tactical failure; discuss the various strategic nodes as they occur in the film.  Divide participants into groups of three.  Have each identify the decision-making process of their issue step by step; once that is done, have each group identify the moments where an activist must be successful or the whole strategy will fail.  Bring the group back together and construct the decision-making chart, step by step, to the best of the group=s ability; reconcile the various formats and make a list of the do-or-die moments. Those are the jugulars, the strategic nodes. Assign each jugular to a group or participant, and devise 4 tactics to make sure the strategy is successful at that particular point. Bring the group together again and rank order the solutions for each node. Then assign the additional research or other tasks associated with each node.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Exercise 6, In the Decision-Maker=s Shoes. Preparatory session I: identify all players in the decision making process, including everyone who has some influence.  Chart out the decision-making process for issue at hand; assign role-plays of each player to each participant.  For example, if the decision-making body is a board of directors, there will be a chair, a secretary, some staff, each director; there will be blocs and alliances within the board, some members more influential than others, some members with strong views and others with undecided points, etc. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Exercise 7,Advocacy Styles. Watch the film ATwelve Angry Men@, available at most videos stores= participants must stop the movie every time they identify an advocacy style; participants discuss that style, its components, its effectiveness, and how to counter it; at the end of the film, they must explain which style is closest to their own.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Exercise 8, Strategy to Take Out.  Form teams to work on various levels of government. Once teams are formed, they work together to fill out the various sections of the proposal. Print off the form, and inside the boxes, where there are questions to help you focus on what to write there. There are three major parts: setting the goal, developing steps to goal, and developing a way to assess progress and change the plan.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Exercise 9, Multiple Scenarios of Hostility/Good Will.  Assign scenario developing work in writing: ask students to write dialogues between themselves and their contacts for each of the following: absolutely unreceptive; very unreceptive; mildly unreceptive; neutral; mildly receptive; very receptive; completely unreceptive.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Exercise 10, Talking Points.  The fact sheet must provide necessary background information on the policy issue in question; must illustrate strategy and tactics for passing (or defeating) a decision in an organization. The memo must identify key members of the decision-making process, jurisdiction and leadership, and suggest ways to influence those members.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Exercise 11, Actual versus Formal Power Structure.  Make organizational chart of factual, as opposed to formal organizational chart for power or for decision making; chart of informal influence patterns as discoverable; helps identifying unknown areas, so that narrows down the research agenda.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Exercise 12, Principles of Strategy.  Workshop is divided into groups, whose task it is to come up with a basic strategy that can be realized immediately involving the other groups. Past examples of small-scale strategies have been: getting everyone in the room to sit on the floor; getting everyone in the room to applaud or to laugh. As each group carries out its strategy, the facilitator points out components of strategy and principles of sound strategy that are used by participants. Participants also identify components and principles for themselves.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; The foregoing exercises can be offered in two programs, the first for fourteen weeks with a regular, weekly meeting time (see Table 2, A 14-Week Program), and the second for a series of intensive workshops which can be scheduled as needed (see Table 3, Program of Ad Hoc, Intensive workshops). A more detailed explanation of each exercises, along with planning notes, and several other worksheets have, again, been discussed elsewhere. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A 14-Week Program&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Week Themes                                                 Exercises&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1 Form teams, identify issue, identify values, &lt;br /&gt; identify organizational culture of team and &lt;br /&gt; dominant culture                                 1 &lt;br /&gt;2-3 Strategy                                         2 or 8 or 12&lt;br /&gt;4-5 Case studies of activism on youth issues &lt;br /&gt;6 Teams present strategy, get feedback &lt;br /&gt;7-8 Lobbying techniques                                 3, 4&lt;br /&gt;9 Teams present report and plan &lt;br /&gt;10 Advocacy styles                                         7&lt;br /&gt;11-12 Decision making; participation; levels of government 6&lt;br /&gt;13 Research                                         5, 9, 11&lt;br /&gt;14 Presenting strategy                                 10&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Program of Ad Hoc, Intensive Workshops&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Time Required       Goal                         Exercises&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;4.5 hours Introduction to basics of strategy 2, 12, 5&lt;br /&gt;8 hours         Developing a complete strategy in a day 8&lt;br /&gt;8 hours         Make your existing strategy fool-proof 5, 6, 9&lt;br /&gt;5.5 hours Introduction to tactics                 3, 4, 7&lt;br /&gt;4 hours         Intensive tactical development         9, 11&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Greater Political Effectiveness of Youth&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; By filling out worksheet I, using the questions included in italics right on the form, and following the instructions below, youth may design their own political strategies.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/-JQ9ZLnNmBsA/TswaZh1L9XI/AAAAAAAAAC4/kMLV-AaH7dI/s1600/table%2B1%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 255px; height: 320px;" src="http://4.bp.blogspot.com/-JQ9ZLnNmBsA/TswaZh1L9XI/AAAAAAAAAC4/kMLV-AaH7dI/s320/table%2B1%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677942256087856498" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;This worksheet can also be used to develop a policy for fostering great youth participation, within a political party or on the part of the government or a government agency.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Analyzing and Amending Existing Policies&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;For maximum effectiveness in achieving greater youth participation in the electoral system, it may be necessary to analyze an existing policy.  Worksheet II, which is self-explanatory, supports that task.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/-iNKbmN1MbZw/TswbIis-8cI/AAAAAAAAADE/DloDvVapHuI/s1600/table%2B2%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 251px; height: 320px;" src="http://3.bp.blogspot.com/-iNKbmN1MbZw/TswbIis-8cI/AAAAAAAAADE/DloDvVapHuI/s320/table%2B2%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677943063775736258" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The pattern of actions may not be immediately obvious – in that case, turn to Worksheet III to help list events.  Divide your observations into periods.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/-EjXLd7lMeFU/TswbUbzV7hI/AAAAAAAAADQ/D3wvC1nWbgs/s1600/table%2B3%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 223px; height: 320px;" src="http://1.bp.blogspot.com/-EjXLd7lMeFU/TswbUbzV7hI/AAAAAAAAADQ/D3wvC1nWbgs/s320/table%2B3%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677943268081790482" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Since the development of a core idea is both crucial to a strategy and the component novice strategists find most difficult to identify, some examples can be found below.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Some Sample Core Ideas&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;We will attack their underbelly.&lt;br /&gt;We will think well of you if you do ......................................&lt;br /&gt;You will think well of yourself if you do ................................&lt;br /&gt;Public opinion will think well of you if you do this......................&lt;br /&gt;The public will think badly of your company if you do.....................&lt;br /&gt;......................... is the morally superior thing to do.&lt;br /&gt;I'm going to embarrass them into it&lt;br /&gt;To do ......................would be unethical.&lt;br /&gt;If you do..........................., the country will think it is unethical.&lt;br /&gt;The economy will be better if you do .........................&lt;br /&gt;Science has shown that .................................is the better course of action.&lt;br /&gt;It will be very difficult for you socially if you announce ..................................&lt;br /&gt;You doing ........................... will be bad for your political future.&lt;br /&gt;We will use our opponents= momentum against them by doing ...............................&lt;br /&gt;We will knock our opponents of their pace by saying .............................&lt;br /&gt;I will defy the government=s expectations of me by...................................&lt;br /&gt;We will take back the lead by .................................&lt;br /&gt;We will change people=s mind about us by ..........................&lt;br /&gt;We will take back control of the agenda by ..................................&lt;br /&gt;We will cut them off at the pass by ...........................&lt;br /&gt;I will cut them off at the knees by.................................&lt;br /&gt;I will get other players to use their power against other players by.................&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Conclusion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; The foregoing article was the most recent installment in a series of books and articles introducing a new general theory of strategy and its applications to an audience primarily composed of non-strategists.  It is also a part of a broader oeuvre, integrated along three axes.  The first axis focuses on the methodological and theoretical development of this new theory of strategy.  The second axis presents several structured sets of case studies focusing on the various types of actors in political systems, broadly defined.  The third axis presents a series of exercises and worksheets which pertain either to particular applications of strategy or which spans the intellectual development of a good strategist.  These exercises are intended to offer training for strategy, limbering and strengthening exercises that lead to the gymnastic performance of strategy.  The goal of the present article is to propose that strategy can be a suitable foundation for the analysis and development of greater youth participation in the electoral system.  Strategy provides a useful forecasting tool for relations between all the actors who may be involved (individuals, groups, political parties, factions within those parties, governments at various levels, pressure groups and even election officials), which are fraught or otherwise difficult.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3910526089042195027-381368800092089054?l=paquetteresearch.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/feeds/381368800092089054/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3910526089042195027&amp;postID=381368800092089054' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/381368800092089054'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/381368800092089054'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/2011/11/how-strategy-can-foster-youth.html' title='How Strategy Can Foster Youth Participation in the Electoral System'/><author><name>Laure Paquette, PhD</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04656679095781855378</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='26' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_fWf7ntlM_zE/SbPj9SZvRUI/AAAAAAAAAAQ/spvdQpJNpxA/S220/Paquette,+Laure.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-frbWgiYO3Tk/TswaNwgoFII/AAAAAAAAACs/hHEze7sbvVg/s72-c/figure%2B1%2Bcropped.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3910526089042195027.post-3779743933129139908</id><published>2011-11-22T01:36:00.000-08:00</published><updated>2011-11-22T01:50:27.552-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='analysis'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Worksheets'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Active pedagogy'/><title type='text'>Active Learning Through the Worksheet System</title><content type='html'>Abstract&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;This paper introduces the reader to a polyvalent knowledge transfer system called the worksheet system.  A pedagogical innovation developed by the author, it has been in use in a variety of settings for over 10 years.  The paper also covers two worksheets of the broadest possible application:  the first is to promote active listening in lectures and explanations.  The second is to make the user aware of how s/he integrates new knowledge.  &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;I. Introduction&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Although there is much informal discussion of teaching critical thinking in the social sciences, there are surprisingly few studies about it in the published literature.  There have been various studies of how much it is being taught at the university level, and whether it is related to problem solving skills.  Even more rare are references to critical thinking and strategic thought, whose weaknesses are linked.  However, the conclusions are clear : that critical thinking can be developed by exercises, and that these exercises  are more effective when they include representation.  Factors that influence the learning of critical thinking are numerous and complex.  Critical thinking clearly applies extensively to several skills critical to social science in general, and to political science in particular. Those skills are :  distilling a theory or argument into its cogent points; using the scientific method or logical procedure when analyzing information; assessing a theory or argument’s validity; employing conceptual clarity when analyzing theories or arguments; constructing definitions/concepts to use elsewhere; applying a theory or argument to other situations; comparing and contrasting systems; identifying assumptions, biases, viewpoints; assessing credibility of sources; and making and assessing value judgments.   &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;This paper introduces the reader to a polyvalent knowledge transfer system called the worksheet system.  A pedagogical innovation developed by the author, it has been in use in a variety of settings for over 10 years.  The paper covers two worksheets of the broadest possible application:  the first is to promote active listening in lectures and explanations, and for structuring group discussions.  The second is to introduce the user to the pedagogical device of the core idea, to give his own thinking the characteristics of underdog strategy.  There are three parts to this article: the first describes the worksheets; the second explains their possible uses, and the third discusses a worksheet with the potential to help students or trainees integrate their new knowledge.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;II. Description of the worksheet system&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The worksheet system is a set of individual forms that leads the student through the process of analysis using a structured set of open-ended questions.  It is therefore a structured and organized version of the Socratic method, also similar to that developed by Blake and Mouton.  It is also used in the classroom in a variety of disciplines.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The worksheet system makes a number of requirements of the teacher or trainer and the student or trainee.  First, the teacher or trainer must understand and be able to articulate the structure of the analytical framework and be able to break it down into a step-by-step process.  The teacher must also be able to increase or decrease the level of his or her own abstract thinking, and to do so transparently before the class.  The teacher should also fill out the worksheet during the time of the class.  If the worksheets are being used in more than one application, the teacher must be able to adapt them as necessary.  The worksheets must be varied and they also must be varied in level of difficulty and complexity.  Students must have the capacity and the willingness to ask questions before the group; they must also not be convinced that they already know everything they need to know.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; There are also structural requirements.  First, the learning that is expected of students must be structured, and the worksheet system must reflect that structure. There must be successive levels of learning, and successive levels of awareness of that learning: i.e. it means that students may start with information provided to the, but that must be followed with an immediate application, then the context of the learning can be broader, and so is the application.  Ultimately, there must be an awareness of learning about learning, or a reflection of learning as a reflection on one’s practice. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The range of application in military teaching and straining is fairly broad.  It includes providing personnel with step by step analysis for active listening in large lecture courses, structuring discussion in small groups, for the analysis of case studies.  It is possible there are other applications, such as scientific problem solving for such areas as simulations or war fighting laboratories, although I have yet to explore those applications.  In effect, worksheets can help integrate learning as well as for training in analysis or any analytical process.  It structures the analysis of just about any situation.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Worksheets are 8.5 by 11 sheets of paper, with questions and boxes in which to answer the questions.  The questions are clear and each individual worksheet is deceptively simple.  It is the intellectual process through which the user goes through which is the key.  Worksheets should be graded, and should always be tied to an immediate task.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; II. Two Sample Worksheets&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Worksheet 1: Active Listening &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;This first example is a worksheet designed to have students practice active listening during a lecture on different models of public policy-making. As the lecture progresses, the students are expected to fill in the boxes with the information provided. An active listening worksheet has to be customized to each lecture.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/-_bpYDZAP4Xw/TstwAWZ8rlI/AAAAAAAAACU/e4ol5g9ZK8g/s1600/table%2B1%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 320px; height: 140px;" src="http://3.bp.blogspot.com/-_bpYDZAP4Xw/TstwAWZ8rlI/AAAAAAAAACU/e4ol5g9ZK8g/s320/table%2B1%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677754906547367506" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;The second example is the Integration Diary. The integration diary’s goal is to help the participant become aware of how s/he learns, so that s/he eventually will be able to become a better learner regarding counterinsurgency.  The report is structure to bring the participant to increasing levels of abstraction, i.e. it provides an additional chance to experience telescoping.  The form is supposed to be completed in point form only, so that the participant works with individual ideas and concepts, rather than having the chance to be descriptive.  The diary must be completed in the space provided to force the participant to choose among various possibilities, and therefore learn what priorities on which to focus.    There are no right or wrong answers for this, or any other, worksheet.  The point is to make explicit the processes of the participant’s learning.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/-U-POVNwVh5A/TstwLqEKFfI/AAAAAAAAACg/94JzD_wqekI/s1600/table%2B2%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 320px; height: 274px;" src="http://2.bp.blogspot.com/-U-POVNwVh5A/TstwLqEKFfI/AAAAAAAAACg/94JzD_wqekI/s320/table%2B2%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677755100803241458" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The instructions to students as to how to fill out are (by column and row):&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;• Topic of report this is the specific aspect that the participant wishes to analyze in greater detail.  There should be only one topic, for example:  counterinsurgency, not ‘counterinsurgency and planning.’  The topic should be specific rather than vague.  The topic should also be at the same level of generality as the rest of the content of the worksheet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;• In my view, the important components are:  here, the participant should break down the topic of his/her choice into components.  This process should continue until it is no longer possible to break the topic down any further.  The participant then selects the components which will be discussed in the worksheet.  Not all components will be analyzed.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;• Because: Here the participants gives the reasons why the components selected are important enough to continue to work with.    Here the participant must select priorities once again, explicitly.  This process occurs in everyday life, but it is not explicit. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;• Links with previous learning in strategic thinking:  here, the participant must think over what s/he has learned about strategic thinking in the past, and identify where the topic under consideration connects with what s/he already knows. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;• My thoughts about this topic are:  the reason for this box is that the participant will have a wide range of reactions to the learning that has just occurred.  This box allows him/her to make those thoughts explicit, and also to provide him/her with the opportunity to set them aside for future consideration, if necessary.  The participant is now less encumbered with other thoughts to continue the analysis.&lt;br /&gt;• I have a better understanding of:   for the learning to be genuine, there has to be a greater comprehension of some, possibly several, phenomena.  In this box, the participant is expected to provide at least one of these. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;• I am more effective at: for the learning to be genuine, there has to be a change in behavior.  That change can be either an improvement in an existing behavior, or a change in the probability that a particular action or course of action will be chosen.  In this box, the participant is expected to list at least one such improvement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;• I am more likely to:  for the learning to be genuine, there has to be a change in behavior.  Sometimes that behavior is mental or psychological.  That change can ebe either an improvement in an existing behavior, or a change in the probability that a particular action or course of action will be chosen.  In this box, the participant is expected to list at least one such change in probability.&lt;br /&gt;In the last three boxes, the participant must become very specific and concrete about what the learning has done for him/her.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;• I want to learn more about: learning is a chain, and in an earlier box the participant was required to identify what previous learning on this topic s/he had done.  Here, the participant must identify what s/he would most want to study next.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;• What I can use: of the learning that has occurred and has been identified, the participant must now select what has practical or immediate applications in his/her responsibilities or life.  In this box, the participant must identify the elements of learning that he can actually apply.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;• Where?  Of the learning that has occurred and has been identified, the participant must now specify what applications exist for the elements of learning that s/he has identified.  It is important for participants to be as specific as possible.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;III. Conclusion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; The greatest obstacle to the acceptance of this knowledge and the employment of it is what Pierre Bourdieu has called the habitus.  Habitus is the system of durable, transferable dispositions produced by the conditioning associated with a particular class of conditions of existence. The conditions of existence produce generating, organizing principles of practice and of mental representation of situations, which can be objectively adapted in their aim, but without the awareness of those aims and the mastery explicit of the operations necessary to attain them.  The facilitator or leader must judge for him/herself whether participants or readers are capable of this evolution, the scope of which is beyond this book.  The reader’s ally in using these new definitions of strategy will be what has been called thin-slicing, or the ability of the unconscious to find patters in situations and behavior based on very narrow slices of experience.  The adaptive unconscious (not to be confused with the Freudian concept of the unconscious) is thought of as a giant data processing plant that quickly and quietly processes a lot of the data we need in order to keep functioning.  There are times, particularly in times of stress, where the adaptive unconscious is critical.  The adaptive unconscious is certainly fallible, but it can also be trained.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3910526089042195027-3779743933129139908?l=paquetteresearch.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/feeds/3779743933129139908/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3910526089042195027&amp;postID=3779743933129139908' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/3779743933129139908'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/3779743933129139908'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/2011/11/active-learning-through-worksheet.html' title='Active Learning Through the Worksheet System'/><author><name>Laure Paquette, PhD</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04656679095781855378</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='26' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_fWf7ntlM_zE/SbPj9SZvRUI/AAAAAAAAAAQ/spvdQpJNpxA/S220/Paquette,+Laure.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-_bpYDZAP4Xw/TstwAWZ8rlI/AAAAAAAAACU/e4ol5g9ZK8g/s72-c/table%2B1%2Bcropped.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3910526089042195027.post-5110693135473725130</id><published>2011-11-21T16:44:00.000-08:00</published><updated>2011-11-21T17:00:16.293-08:00</updated><title type='text'>The Skills Grid</title><content type='html'>A Cross-Disciplinary Alternative to Examinations&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The idea for this assignment came about during a talk with a former student who was trying to decide in which direction to take his job search.  At the time, both instructor and student thought that using a skills grid, as is used in job searches, might be a good starting point.  It then occurred to the instructor that it would help students to use such a grid throughout their undergraduate degree.  The instructor then tried it out in a first year class of about 60 students, as an optional or bonus assignment.  The experiment was a great success, and the instructor then introduced this assignment in upper year courses, also as an optional or bonus assignment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; The structure of this article on the skills grid assignment is as follows:&lt;br /&gt;It discusses pedagogical reasons in favor of the assignment; it presents instructions for both instructor and students; it discusses how to grade the assignment; it lists some of the challenges to be expected in its use; and it closes on applications of this assignment to various courses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pedagogical reasons for using the skills grid&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; The traditional method of providing students with an overview is the examination. There are, however courses where examinations are not well-suited to the subject matter, particularly in interdisciplinary courses, or in the method of delivery, for example in competitive cooperative multi-class role play situations.  In these situations, it is still important to ensure that students know that they know.  Indeed, that was commented on by students the first time I used the skills grid:  they didn’t realize how much they knew until they wrote the assignment. Like examinations, however, it can be used across the spectrum of disciplines, including exact sciences and courses found in professional schools.  It also makes for a more satisfied customer, and prepares the students for their entry into a tough job market. Finally, it provides the instructor with feedback on teaching and learning: in other words, the skills grid is a win-win assignment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Preparatory Notes for the Instructor&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The instructor needs to settle a number of questions before introducing the skills grid into a course. S/he must decide:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;• Whether this should be a mandatory assignment;&lt;br /&gt;• On what deadline works best for the course;&lt;br /&gt;• How far in advance you want to deliver instructions;&lt;br /&gt;• Whether students should complete it at the end of the course or as they go;&lt;br /&gt;• Include it the course outline or introduce it separately, and in what format.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The instructor should also review the student instructions before explaining them, and may also wish to allocate class time so that students can start, and the instructor check that they are on the right track by filling out two or three rows.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Notes for Verbal Instructions to Students&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The goal of the assignment is to help students develop an overview of what they have learned in the course.  The grid can be retained and filled out for every course, job and volunteer experience added, and provides students having to start them on their job search.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; What follows are column by column instructions in filling out the grid.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Under column 1, Simulation/Exercise/Course/Experience: &lt;br /&gt;o List your job and volunteer experience, course, course component, exercise or simulation. &lt;br /&gt;o For each entry, use a new or separate line. &lt;br /&gt;o See the sample grid for an idea of how to complete the form. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Under Column 2, Content/Role, &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;o List the aspect of the course, course component or experience that led you to develop new skills or expand on your existing experience. &lt;br /&gt;o For each entry, use a new or separate line.&lt;br /&gt;  &lt;br /&gt;Under Column 3, Skill, &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;o List the skill or skills than you used for the first time or on which you expanded during the course or courses component. &lt;br /&gt;o For each entry, use a new or separate line. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Under column 4, Application in workplace, &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;o Give a list of all the uses you can think of for each of the skills identified in column 3.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;In the next section is a sample skills grid assignment filled out for a fictional political science major.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/-9z7YAMRZtNw/Tsrz0KehpzI/AAAAAAAAAB8/ihKJ8xhKRWU/s1600/table%2B1%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 320px; height: 223px;" src="http://2.bp.blogspot.com/-9z7YAMRZtNw/Tsrz0KehpzI/AAAAAAAAAB8/ihKJ8xhKRWU/s320/table%2B1%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677618357745067826" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; How to Grade the Skills Grid&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;This assignment should be detailed, specific, exhaustive and thoroughly analyzed. The detail required can be illustrated by the content of column 1. If it only gives the course number, then column 2 should have several entries, changing lines with each entry.  A sufficiently specific assignment would list in column 4 enough entries to be useful.  The entire course or components of the course should be broken down and listed. Although to some extent this depends on the extent of the course analyzed, it should be exhaustive.  Finally, every possibility needs to have been explored, identified and considered. The instructor is usually well informed on these topics: every possibility has been explored, every aspect to course or course component has been identified and considered.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Challenges&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Such an assignment presents a number of challenges for the instructor. The first of these is that the instructor must know or figure out the real world applications for material covered in the classroom.  A second, more esoteric challenge is whether the instructor wishes to give in to the already overwhelming pressures of the job market’s intrusion into the academic environment, or for that matter any other strictures which may require more conformity than the dictates of excellence allows.  A third challenge is one of time: what will the instructor sacrifice in order to give students the opportunity to hear the explanations or fill out the assignment itself.  A fourth challenge is how to ensure that the students really do write in enough detail to make the assignment meaningful.  Another challenge is that, if the assignment is done properly, it will be come clear how much of the course content or component will be of use in the job market, and this can give rise to discussion about the content of the course itself.  Another challenge is that you may have to give that feedback consideration in future, and the current generation of students may ask you to justify your pedagogical decisions. If by any chance you have not given much thought to the reasons for your pedagogical decisions, you may have to do so now.  It will be easier for instructors to being with the more practical courses in their repertoire.  The skills grid assignment is harder to complete for the students, but more significant and, of course, with much wide applications, the more theoretical and abstract the course is.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Outcome&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The grid below incorporates information produced by students in the summative assignment into a skills grid for a job search.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/-A6-d3o9r5GY/Tsr0A8_cR1I/AAAAAAAAACI/tguAFvJoEYU/s1600/skills%25281%2529%2Bcropped.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 225px; height: 320px;" src="http://4.bp.blogspot.com/-A6-d3o9r5GY/Tsr0A8_cR1I/AAAAAAAAACI/tguAFvJoEYU/s320/skills%25281%2529%2Bcropped.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677618577463330642" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3910526089042195027-5110693135473725130?l=paquetteresearch.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/feeds/5110693135473725130/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3910526089042195027&amp;postID=5110693135473725130' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/5110693135473725130'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/5110693135473725130'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/2011/11/skills-grid.html' title='The Skills Grid'/><author><name>Laure Paquette, PhD</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04656679095781855378</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='26' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_fWf7ntlM_zE/SbPj9SZvRUI/AAAAAAAAAAQ/spvdQpJNpxA/S220/Paquette,+Laure.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-9z7YAMRZtNw/Tsrz0KehpzI/AAAAAAAAAB8/ihKJ8xhKRWU/s72-c/table%2B1%2Bcropped.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3910526089042195027.post-3726176949862566510</id><published>2011-11-21T15:16:00.000-08:00</published><updated>2011-11-21T17:01:08.506-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='teaching comparative politics upper year'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='comparative politics upper year'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='role play simulation'/><title type='text'>Design your Own Role Play Simulations!</title><content type='html'>Role play simulation is experiential learning for disciplines that cannot ethically or practically have practicum: simulated elections in political science, simulated radio broadcasts in communications.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;It is possible to cover the same sort of topics as a lecture course -- political parties, election systems, leadership, major issues, say – yet have student learn actively.  Teams of students represent political parties, and choose among themselves a candidate, a campaign manager, a speechwriter. Over several classes, the set pieces of elections, like campaign speeches or leaders debates, can occur.  In other words, the multi-layer role play simulation mimics the computer games that are now so popular, with students generating the content.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Certain principles should be kept in mind when designing a role play simulation.  First, it is important to break down into tasks the situation you want to simulate.  Second it is important to provide students with written descriptions of tasks and responsabilities that are as detailed as possible, as well as with a schedule.  It is important to structure the tasks so that the content you want is covered, as close to reality as possible. The cooperative-competitive model usually produces the most learning in students, and it is really useful to provide students with examples of work produced by students in previous courses. Whatever rules are built into the simulation must be enforced for it to work.  And give students a second chance: this way of working may be foreign to them, and knowing they can try again will ease a lot of their anxiety.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; The main advantage is the in-depth long-term learning that occurs in a simulation, as well as a much wider range of generally applicable skills (writing for a range of uses, leadership, coordination, targeted research) than can be the case otherwise. An important second advantage is how inclusive these exercises are, for the disabled, for the minorities, for people working in English as a second language. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;I have some tips for successful implementation. &lt;br /&gt;(1) This method of teaching is much more work than lecturing, so introduce it gradually, starting with the area in which you have the most background.  &lt;br /&gt;(2) Learn to say you don’t know and will get back to them, because even if you don’t admit it, the students will know. You need to accept this in advance.  &lt;br /&gt;(3) Start with a small class and move up to more students once you are experienced.  &lt;br /&gt;(4) Make sure the teams are small enough that everyone participates and spot check to see that everyone actually does what they are supposed to. &lt;br /&gt;(5) Take into account that some types of personalities or some cultures of origin may not allow for participation.  &lt;br /&gt;(6) Start with a role play simulation that imitates a well-known situation, allow some class time for teamwork, allow for students to talk to each other online without the competitors able to see what they’re thinking. &lt;br /&gt;(7) Build in spare classes for easing workload and check with students where to put those classes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;And there’s another advantage – it’s always fun, it’s always different, it’s always gratifying to see students work very hard without even noticing it.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3910526089042195027-3726176949862566510?l=paquetteresearch.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/feeds/3726176949862566510/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3910526089042195027&amp;postID=3726176949862566510' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/3726176949862566510'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/3726176949862566510'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/2011/11/design-your-own-role-play-simulations.html' title='Design your Own Role Play Simulations!'/><author><name>Laure Paquette, PhD</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04656679095781855378</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='26' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_fWf7ntlM_zE/SbPj9SZvRUI/AAAAAAAAAAQ/spvdQpJNpxA/S220/Paquette,+Laure.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3910526089042195027.post-1277371241019327873</id><published>2011-11-21T05:27:00.000-08:00</published><updated>2011-11-21T17:03:45.840-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='strategy'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='international relations. comparative politics'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='UN Security Council'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='elections'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Active pedagogy'/><title type='text'>Active Learning Through Classroom Role-Play</title><content type='html'>How to Use Simulation of National Elections for Upper-Year Comparative and International Politics Courses&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Role play simulations have been extensively established in the literature for several decades (Woodworth and Gump, 1982; Walcott, 1976; Gould, 1979).  In recent years, classroom role-play simulations have been used for Cabinet and budget processes in courses on Canadian Politics at University of Toronto, for determining foreign policy at Dalhousie University, for determination of future Canadian policy in Afghanistan by the Senlis Council, and in single class simulations in Comparative Politics at University of Delaware.  The goal of this article is to propose a classroom exercise for an upper year university course in the Comparative Politics of industrialized states:  the role-play simulation of a national election in a liberal democratic state.  A simulation like this is extremely effective in teaching students about the domestic politics of foreign countries.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The theory and practice of comparative politics is often covered by a combination of lectures delivery and long form written work – essays, examinations, etc.  A simulation exercise, on the other hand, presents all the advantages of active pedagogy, as well as covering some of the basic themes typically present in upper year courses in Comparative Politics.  This article describes the simulation itself, outlines the content and concepts covered, explains how the simulation can be integrated into a twelve- or fourteen-week course, and specifies requirements to maximize student learning.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Example 1: Comparative Politics&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;General Requirements&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;In the format proposed, the instructor can select countries to be studied, or students can choose based on certain geographical restrictions.  Most industrialized countries have ample news and scholarly coverage, especially since the explosion of electronic resources.  While the students do not need to speak the language of the country chosen, information about the politics of that country needs to be available in a language that students understand.   &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;To establish a threshold of basic knowledge, at the start of the simulation, students should be able to write a take home test covering the basics such as the main parties, their main platforms, the structure of the electoral system, and current and recurring political issues in the country.  It is useful to have a professional librarian conduct a research workshop tailored to the assignment or test about two weeks before the deadline.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Teams of students are formed at random or on their own choices to represent the parties which hold seats in the legislature of the country, with individual students role-playing different party officials, including candidate, campaign manager, director of communications/media relations, director of finance/fundraiser, research cell member (including development of attacks on other parties, as well as tracking of attacks by other parties), and speechwriter. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;During the simulation, students are encouraged to be as realistic as possible.  If the class is large enough, it is possible to have students appointed as journalists, whose job is to write news reports using the tone and editorial bias of a media outlet of their choice for each class.  Media or other role-players cannot invent incidents. The mock journalists would also be expected to produce other material as required from other students.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Simulation Details&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The students are required to prepare for, and conduct, the major events of an election campaign such as has occurred or is occurring in the country under study, with each student playing the role of a different actor in the process: leader of a party, campaign manager, fundraiser, speechwriter, etc.  The simulation includes the following tasks, which can be covered in eight classes over four weeks, assuming 1.5 hour classes:  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;• a campaign managers’ meeting to set timetables and parameters; &lt;br /&gt;• an election call or campaign launch; &lt;br /&gt;• one campaign speech;&lt;br /&gt;• writing and/or production of two television/internet commercials, one less than one minute and one less than two minutes;&lt;br /&gt;• one news conference;&lt;br /&gt;• a one-on-one media interview; and&lt;br /&gt;• an all-candidates’ debate. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Each of these tasks is designed to cover themes common in upper-year courses in Comparative (industrialized) courses.  Team formation and selection of the party to represent familiarizes students with political parties.  The campaign launch by the parties familiarizes students with the party platform.  The planning of the mock election campaign familiarizes students with electoral systems, the legislative and executive branches of government, and any election laws or regulations.  Media reports or interviews, if they occur, familiarize students with the role of the media in the politics of the country under study, as well as journalist, media consumer and voter behavior. Campaign speeches will ensure students are familiar with the most important political issues in the given election campaign or cycle.  The leaders’ debate, which occurs in almost all liberal democratic countries, will show the brand of leadership for that country, as well as confirming students’ understanding of platform elements and extemporaneous speaking skills.  Finally, the holding of the mock election itself reveals how the social cleavages and stratification will occur as represent by voting behavior.  The instructor may devote entire classes to teamwork if required or possible, or the instructor may choose to intersperse lectures with the mock-election classes, providing information that the students can use in the next scheduled event.  Another option is to use the simulation for that part of term where students are usually the least motivated, say in the latter half of a term.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Students can choose their roles within the political party apparatus of each party, or they can be assigned.  The election campaign is usually a national one, so there has to be a party leader, as well as a campaign manager, someone responsible for election fundraising, spending and reporting, at least one speechwriter, a researcher who may be researching other parties’ flaws or embarrassing moments, a strategist, and a media relations specialist if there are media.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;If there is media, then each class during the campaign starts with media reports.  These take the form of brief written articles written in the style and tone of newspapers of the country under study.  Next are the campaign events scheduled for that class, followed by some time for the professor to give feedback to students on the accuracy and realism of their performance, to highlight any particular characteristic of the politics of the particular country, and to assign tasks to particular teams to improve their performance.  The teams are assessed either on their performance in class, evaluated in the same way a participation grade would be assessed.  They can also be assigned analytical assignments that helps them put their learning into context, which would be marked like more traditional short-answer or longer form written assignments.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A sample campaign/classroom work schedule follows.  Class 1 is Campaign Launch Day and consists of a short presentation by each group to introduce their party to the class. Class 2 is devoted to campaign speeches: the parties outline their positions on major issues and unveil their election platform.  During class 3, students present a short (less than one minute long) political commercial.  They may introduce themselves to the public or make pitch for a particular group of voters’ support.  Each party leader faces the press during class 4.  If there are no reporters appointed, the instructor asks the questions.  Each party also has five minutes at the start to make a speech, show a commercial or otherwise add information to their platform.  Class 5 is dedicated to one on one interviews between each of the party leaders and a member of the media.  If there are no students acting as journalists, the instructor prepares and asks the questions.  Class 6 is the time when the parties show their second, longer commercial.  The leaders’ debate takes place during class 7, with the format being negotiated in advance by the campaign managers and the media or instructor.  Finally, the vote is held on class 8, with the victory speech from the winning party. The instructor is free to remove an event or to change the order to suit the class schedule or to more closely follow events in the country being studied.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/-u3OOuQZLAcM/TspS9aoIndI/AAAAAAAAABM/5kg9RL9-APc/s1600/LauresChart_150x150.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 298px; height: 320px;" src="http://2.bp.blogspot.com/-u3OOuQZLAcM/TspS9aoIndI/AAAAAAAAABM/5kg9RL9-APc/s320/LauresChart_150x150.jpg" border="0" alt=""id="BLOGGER_PHOTO_ID_5677441495327088082" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;For each of these events, some rules of behavior to direct students’ behavior toward better learning, are provided. An alternative would be for the professor to assign the task of developing such rules to the campaign managers, or the class as a whole, depending on the class’ experience with active pedagogy.  Rules for an all-party debate could also be developed this way.  For example, here are some rules worked out by campaign managers for a simulated election in Germany. The instructor needs to approve all the rules outlined above, since students may reach agreements that take the pressure off their candidates.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Themes and Concepts Covered&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; The content of the simulation familiarizes the students with the domestic political systems of two liberal democratic countries with industrialized economies, while the simulation itself provides an active pedagogy increasing the odds of students learning in a way that allows better retention of material.  Themes covered by the classroom simulation described below include elections, political culture, economic, social, and other domestic policies, political issues, political parties, media, electoral law and reform, some legislative and administrative processes, political structure, voting behaviour, and political cleavages.  The role play simulation has the advantage of also expecting leadership roles from students in specific areas; of requiring reflection on students’ part for their classroom participation; of fostering independent critical thinking through the analytical assignments that accompany the simulation.  It also presents the advantage of making fraud using the internet much more difficult.  Not covered by the role play are theories and models, methodology, or debates in the field.  These need to be covered in the classes not taken up with the role play simulation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Example 2: The United Nations Security Council&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The students are required to prepare for, and conduct, presentation of foreign policy issues for decision by the various organs.  some procedures for presidency include: the member state introduces the resolution; other members ask questions of clarification or facts; member states state why they support or do not support the resolution; member states propose amendments; amendments can be accepted by the proposing member or voted on by all members; amendments are discussed; a vote is taken; votes may be taken repeatedly on a resolution after discussion; the member states options are: support, propose amendment, abstain, vote against.  The member states who are permanent members veto the resolution if they vote against. France, the UK, the US, China and Russia have the right of veto. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;All member states must post their resolutions 48 hours preceding their presentation. All member states must bring copies of their resolution to the day of the meeting. A Security Council resolution has three parts: a list of previous relevant resolutions; an explanation of the principles or reasons why the resolution is desirable; and an outline of the solution to the particular situation with numbered proposals. It is usually no more than two pages long. Student resolutions should include the relevant facts and the details of the situation.  Student resolutions also need to include what students need to know to determine whether to support the resolution, propose amendments, abstain, or vote against the resolution. Resolutions for the last  years can be found at http://www.un.org/Docs/sc/, double-clicking on 'Resolutions' at the far left of the top of the screen. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The role-play simulation follows as much as possible the rules of the UN Security Council itself.  With respect to the agenda, for example, the procedures are as follows. The Secretary-General shall immediately bring to the attention of all representatives on the Security Council all communications from States, organs of the United Nations, or the Secretary-General concerning any matter for the consideration of the Security Council in accordance with the provisions of the Charter.  The provisional agenda for each meeting of the Security Council shall be drawn up by the Secretary-General and approved by the President of the Security Council. Only items which have been brought to the attention of the representatives on the Security Council in accordance with rule 6, items covered by rule 10, or matters which the Security Council had previously decided to defer, may be included in the provisional agenda. The provisional agenda for a meeting shall be communicated by the Secretary-General to the representatives on the Security Council at least three days before the meeting, but in urgent circumstances it may be communicated simultaneously with the notice of the meeting. The first item of the provisional agenda for each meeting of the Security Council shall be the adoption of the agenda. Any item of the agenda of a meeting of the Security Council, consideration of which has not been completed at that meeting, shall, unless the Security Council otherwise decides, automatically be included in the agenda of the next meeting. The Secretary-General shall communicate each week to the representatives on the Security Council a summary statement of matters of which the Security Council is seized and of the stage reached in their consideration. The Security Council may, however, in urgent circumstances, make additions to the agenda at any time during a periodic meeting.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;With respect to representation and credentials, the procedures of the UN Security Council are as follows. Each member of the Security Council shall be represented at the meetings of the Security Council by an accredited representative. The credentials of a representative on the Security Council shall be communicated to the Secretary-General not less than twenty-four hours before he takes his seat on the Security Council. The credentials shall be issued either by the Head of the State or of the Government concerned or by its Minister of Foreign Affairs. The Head of Government or Minister of Foreign Affairs of each member of the Security Council shall be entitled to sit on the Security Council without submitting credentials. Any Member of the United Nations not a member of the Security Council and any State not a Member of the United Nations, if invited to participate in a meeting or meetings of the Security Council, shall submit credentials for the representative appointed by it for this purpose. The credentials of such a representative shall be communicated to the Secretary-General not less than twenty-four hours before the first meeting which he is invited to attend. The credentials of representatives on the Security Council and of any representative appointed in accordance with rule 14 shall he examined by the Secretary-General who shall submit a report to the Security Council for approval. Pending the approval of the credentials of a representative on the Security Council, such representative shall be seated provisionally with the same rights as other representatives. Any representative on the Security Council, to whose credentials objection has been made within the Security Council, shall continue to sit with the same rights as other representatives until the Security Council has decided the matter. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;With respect to the presidency of the Security Council, the procedures are as follows. The presidency of the Security Council shall be held in turn by the members of the Security Council in the English alphabetical order of their names. Each President shall hold office for one calendar month. The President shall preside over the meetings of the Security Council and, under the authority of the Security Council, shall represent it in its capacity as an organ of the United Nations. Whenever the President of the Security Council deems that for the proper fulfillment of the responsibilities of the presidency he should not preside over the Council during the consideration of a particular question with which the member he represents is directly connected, he shall indicate his decision to the Council. The presidential chair shall then devolve, for the purpose of the consideration of that question, on the representative of the member next in English alphabetical order, it being understood that the provisions of this rule shall apply to the representatives on the Security Council called upon successively to preside. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;With respect to the secretariat and the Secretary General, the procedures of the Security Council are as follows.  The Secretary-General shall act in that capacity in all meetings of the Security Council. The Secretary-General may authorize a deputy to act in his place at meetings of the Security Council. Each member shall act in that capacity in all meetings of the Security Council. The Secretary-General, or his deputy acting on his behalf, may make either oral or written statements to the Security Council concerning any question under consideration by it. The Secretary-General may be appointed by the Security Council, as rapporteur for a specified question. The Secretary-General shall give to representatives on the Security Council notice of meetings of the Security Council and of its commissions and committees. The Secretary-General shall be responsible for the preparation of documents required by the Security Council and shall, except in urgent circumstances, distribute them in advance of the meeting at which they are to be considered.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;With respect to the conduct of meetings, the procedures of the Security Council are as follows.  The President shall call upon representatives in the order in which they signify their desire to speak. The Security Council may appoint a commission or committee or a rapporteur for a specified question. The President may accord precedence to any rapporteur appointed by the Security Council. The Chairman of a commission or committee, or the rapporteur appointed by the commission or committee to present its report, may be accorded precedence for the purpose of explaining the report. If a representative raises a point of order, the President shall immediately state his ruling. If it is challenged, the President shall submit his ruling to the Security Council for immediate decision and it shall stand unless overruled. Proposed resolutions, amendments and substantive motions shall normally be placed before the representatives in writing. Principal motions and draft resolutions shall have precedence in the order of their submission. Parts of a motion or of a draft resolution shall be voted on separately at the request of any representative, unless the original mover objects. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The following motions shall have precedence in the order named over all principal motions and draft resolutions relative to the subject before the meeting: 1. To suspend the meeting; 2. To adjourn the meeting; 3. To adjourn the meeting to a certain day or hour; 4. To refer any matter to a committee, to the Secretary-General or to a rapporteur; 5. To postpone discussion of the question to a certain day or indefinitely; or 6. To introduce an amendment. Any motion for the suspension or for the simple adjournment of the meeting shall be decided without debate. It shall not be necessary for any motion or draft resolution proposed by a representative on the Security Council to be seconded before being put to a vote. A motion or draft resolution can at any time be withdrawn so long as no vote has been taken with respect to it. If the motion or draft resolution has been seconded. The representative on the Security Council who has seconded it may require that it be put to the vote as his motion or draft resolution with the same right of precedence as if the original mover had not withdrawn it. If two or more amendments to a motion or draft resolution are proposed, the President shall rule on the order in which they are to be voted upon. Ordinarily, the Security Council shall first vote on the amendment furthest removed in substance from the original proposal and then on the amendment next furthest removed until all amendments have been put to the vote, but when an amendment adds to or deletes from the text of a motion or draft resolution, that amendment shall be voted on first. Any Member of the United Nations which is not a member of the Security Council may be invited, as the result of a decision of the Security Council, to participate, without vote, in the discussion of any question brought before the Security Council when the Security Council considers that the interests of that Member are specially affected, or when a Member brings a matter to the attention of the Security Council in accordance with Article 35 (1) of the Charter. Any Member of the United Nations invited in accordance with the preceding rule, or in application of Article 32 of the Charter, to participate in the discussions of the Security Council may submit proposals and draft resolutions. These proposals and draft resolutions may be put to a vote only at the request of a representative on the Security Council. The Security Council may invite members of the Secretariat or other persons, whom it considers competent for the purpose, to supply it with information or to give other assistance in examining matters within its competence. Voting in the Security Council shall be in accordance with the relevant Articles of the Charter and of the Statute of the International Court of Justice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Unless it decides otherwise, the Security Council shall meet in public. Any recommendation to the General Assembly regarding the appointment of the Secretary-General shall be discussed and decided at a private meeting. Subject to the provisions of rule 51, the verbatim record of each meeting of the Security Council shall be made available to the representatives on the Security Council and to the representatives of any other States which have participated in the meeting not later than 10 a.m. of the first working day following the meeting. The representatives of the States which have participated in the meeting shall, within two working days after the time indicated in rule 49, inform the Secretary-General of any corrections they wish to have made in the verbatim record. The Security Council may decide that for a private meeting the record shall be made in a single copy alone. This record shall be kept by the Secretary-General. The representatives of the States which have participated in the meeting shall, within a period of ten days, inform the Secretary-General of any corrections they wish to have made in this record. Corrections that have been requested shall be considered approved unless the President is of the opinion that they are sufficiently important to be submitted to the representatives on the Security Council. In the latter case, the representatives on the Security Council shall submit within two working days any comments they may wish to make. In the absence of objections in this period of time, the record shall be corrected as requested. The verbatim record referred to in rule 49 or the record referred to in rule 51, in which no corrections have been requested in the period of time required by rules 50 and 51, respectively, or which has been corrected in accordance with the provisions of rule 52, shall be considered as approved. It shall be signed by the President and shall become the official record of the Security Council. The official record of public meetings of the Security Council, as well as the documents annexed thereto, shall be published in the official languages as soon as possible. At the close of each private meeting the Security Council shall issue a communiqué through the Secretary-General. The representatives of the Members of the United Nations which have taken part in a private meeting shall at all times have the right to consult the record of that meeting in the office of the Secretary-General. The Security Council may at any time grant access to this record to authorized representatives of other Members of the United Nations. The Secretary-General shall, once each year, submit to the Security Council a list of the records and documents which up to that time have been considered confidential. The Security Council shall decide which of these shall be made available to other Members of the United Nations, which shall be made public, and which shall continue to remain confidential. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;When it comes to the admission of new members, the procedures of the Security Council are as follows. The Secretary-General shall immediately place the application for membership before the representatives on the Security Council. Unless the Security Council decides otherwise, the application shall be referred by the President to a committee of the Security Council upon which each member of the Security Council shall be represented. The committee shall examine any application referred to it and report its conclusions thereon to the Council not less than thirty-five days in advance of a regular session of the General Assembly or, if a special session of the General Assembly is called, not less than fourteen days in advance of such session. The Security Council shall decide whether in its judgment the applicant is a peace-loving State and is able and willing to carry out the obligations contained in the Charter and, accordingly, whether to recommend the applicant State for membership. If the Security Council recommends the applicant State for membership, it shall forward to the General Assembly the recommendation with a complete record of the discussion. If the Security Council does not recommend the applicant State for membership or postpones the consideration of the application, it shall submit a special report to the General Assembly with a complete record of the discussion. In order to ensure the consideration of its recommendation at the next session of the General Assembly following the receipt of the application, the Security Council shall make its recommendation not less than twenty-five days in advance of a regular session of the General Assembly, nor less than four days in advance of a special session. In special circumstances, the Security Council may decide to make a recommendation to the General Assembly concerning an application for membership subsequent to the expiration of the time limits set forth in the preceding paragraph. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Assessment and Facilitation&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;The main effort is in the design of the simulation and the enforcement of its rules.  Once preparatory material is ready and the role play is launched, however, the instructor can focus on the proceedings themselves.  While teaching, management and assessment strategies are up to individual instructors, I recommend the instructor use analytical assignments on the content of the simulation on an ongoing basis, and not assign more than 20% of the final grade for participation.  I also recommend that students be graded by their performance as a group, so that the peer pressure and solidarity natural in this setting helps improve the performance.  Students learn a great deal, driven in part by the desire to perform well in front of their peers, but also to win the election.  There is also extensive learning from each other. While simulation is suitable for the classroom, it may be possible to adapt it to distributed learning.  That said, the valuable face-to-face interactions that facilitate student understanding and retention would be greatly restricted using distributed or distance learning &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;My experience over several years of using this approach has been that I too learn a good deal about the domestic politics of foreign countries from the students, because the collective research capacity of the students exceeds my own.  I do have to keep up on the most recent political developments in the country under study, since those issues tend to come up in the simulation.  That is true if there are no students playing the role of journalists.  On the other hand, not only are these simulations fun, students develop skills as well as knowledge, and motivation to work is never a problem.  Those, however, are the usual benefits of active pedagogy.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;References&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Gould, Lawrence V., Jr. Scenario, Canada And The United European Community : A Simulation Exercise.  Halifax, NS : Centre For Foreign Policy Studies, Dept. of Political Science, Dalhousie University, 1979.&lt;br /&gt;Walcott, Charles. Simple Simulations : A Guide To The Design And Use Of Simulation/Games In Teaching Political Science. (Washington : American Political Science Association, 1976.; &lt;br /&gt;Woodworth, James R. and W. Robert Gump, Camelot, A Role Playing Simulation For Political Decision Making, Homewood, Ill. : Dorsey Press, 1982.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3910526089042195027-1277371241019327873?l=paquetteresearch.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/feeds/1277371241019327873/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3910526089042195027&amp;postID=1277371241019327873' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/1277371241019327873'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/1277371241019327873'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/2011/11/active-learning-through-classroom-role.html' title='Active Learning Through Classroom Role-Play'/><author><name>Laure Paquette, PhD</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04656679095781855378</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='26' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_fWf7ntlM_zE/SbPj9SZvRUI/AAAAAAAAAAQ/spvdQpJNpxA/S220/Paquette,+Laure.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-u3OOuQZLAcM/TspS9aoIndI/AAAAAAAAABM/5kg9RL9-APc/s72-c/LauresChart_150x150.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3910526089042195027.post-7195808996491505429</id><published>2011-11-21T05:23:00.001-08:00</published><updated>2011-11-21T05:23:53.649-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Play'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Theatre'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Bullying'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Yound Audiences'/><title type='text'>A New Play: Unforgettable</title><content type='html'>Inoubliable/Unforgettable&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bilingual Play About Bullying for Grades 7-11&lt;br /&gt;Pièce bilingue sur l’intimidation pour élèves de 7ième-11ième années&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;By/de Laure Paquette&lt;br /&gt;1-888-265-1922&lt;br /&gt;Laure.Paquette@lakeheadu.ca&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;lundi, novembre 21, 2011&lt;br /&gt;Monday, November 21, 2011&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;révisions&lt;br /&gt; équilibre anglais français&lt;br /&gt; compréhension, niveau de langue&lt;br /&gt; étapes&lt;br /&gt; tension&lt;br /&gt; show don’t tell&lt;br /&gt; audience participation&lt;br /&gt; personality!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À Randa Hokayem, puisque je n’ai jamais oublié&lt;br /&gt;For Randa Hokayem, since I didn’t forget&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Cast of Characters/Personnages&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Sara Ibrahim-Brex, protagoniste, grasseille, brittle bones, habillée chic, parle avec un accent, réfugiée libanaise, enfant battue, excellente mémoire, aime le soccer, aime les produits laitiers, aime l’automne, n’aime pas les aliments fades, n’aime pas attendre, n’aime pas transpirer&lt;br /&gt; Susan ou Giraffe, the Bully, antagoniste, très grande, très rustre dans ses manières, issue d’un milieu ouvrier, blonde aux yeux bleues, agressive, on s’est beaucoup moqué de sa grande taille, aime la musique country, aime les érables, aime les animaux, n’aime pas les adultes, n’aime pas lire, n’aime pas les routes non-pavées.&lt;br /&gt; Piggy, Sara’s classmate, very smart, top of the class, doesn’t say much, always hangs around, athlete, l’enfant aîné de sa famille mono-parentale, mère professionnelle; aime lire, recherche les responsabilités, aime poser des questions, n’aime pas la poésie, n’aime pas les sports d’équipes, n’aime pas les étudiants qui trichent&lt;br /&gt; Jeanne, Sara’s classmate, dont la mère souffre de problèmes de santé mentale, lunette, famille unie, yeux bruns, port wine birthmark, grande et mince, élève moyenne, bonne pour l’écoute, cherche à prendre soin de tout le monde, aime les films de capes et d’épées, aime le chocolat, aime les sports d’équipe, n’aime pas qu’on se moque d’elle, n’aime pas les femmes trop maquillées, n’aime pas les bruits de moteur&lt;br /&gt; Mme Perry, favorite teacher, a beautiful young woman, athletic, teaches and coaches sports, épaules en bouteille, élèves toujours pendus à ses mains, surtout les garçons, dans la vingtaine avancée, cheveux longs mais coupés récemment, enseigne le français et la culture physique, courte et forte des hanches mais très agile, aime tous les sports, aime les fruits surs, aime l’efficacité et la structure, n’aime pas les enfants qui mentent, n’aime pas les formulaires à compléter, n’aime pas les commérages&lt;br /&gt; Ecoliers, dont deux parlent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Stage setting/Scénographie&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le corridor d’une école et le champ de soccer, scènes dépouillées et presque vides. École des années 80, teintes de vert et ocre, mais défraichies. Murs marqués de graffitis délavés. Champs de soccer un peu accidenté, arbres malingres plus ou moins éloignés, pelouse abimée. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Scène 1 &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans un corridor de l’école. Sara est seule en scène, sort son téléphone et vérifie son courriel. Elle sourit, elle change de message.  Elle lit, elle efface le message. Elle lit, elle perd son sourire, elle efface le message. Elle lit, elle se met à pleurer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 2&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Jeanne et Piggy entrent en scène en riant.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Hi Sara! As-tu vu mes nouveaux souliers? Ma mère a enfin dit oui, ils sont super cool. (Jeanne ne remarque pas le visage de Sara.) Regarde, regarde….(Elle remarque le visage de Sara, mais elle ne sait pas quoi faire. Elle change de sujet.) Tu es la seule dans toute l’école à porter des robes. (Sara ne répond pas.) Tu ne boîtes pas aujourd’hui.  Çà va mieux, hein? As-tu vu Madame Perry, elle s’est coupé les cheveux, tous les garçons l’achalent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Ces souliers-là vont être super pour tous les sports que tu aimes, basket, volley (lui remarque maintenant que Sara est dans tous ses états. Il pousse Jeanne du coude pour la faire taire.) &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne No one is going to catch you playing tema sports…you hate them… Mais qu’est que tu fais? Pourquoi tu me pousses? Ce n’est pas de ma faute si tu n’aimes pas les sports…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Pas tous les sports, juste les sports d’équipes. Quand je gagne, j’aime gagner seul. (Fais un mouvement de tennis, puis regarde Sara encore.) Voyons, Sara.  Qu’est-ce que t’as? Tu pleures?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Non, non, c’est rien. (Elle renifle, puis essaye d’arrêter de pleurer, de ne plus avoir de larmes dans la voix.) Ca va aller.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  (à Jeanne) Say something!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne  (à Piggy) What? I love your dress : you’re the only girl in school who wears dresses every day. (Mal à l’aise, elle dit à Sara) Ben non, qu’est-ce que t’as? (Sara recommence à pleurer. Piggy lui enlève le téléphone des mains.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy (Lisant) You are ugly. You wear ugly clothes. You are stupid. You’re a gimp. (Levant les yeux.) Encore! C’est qui, çà, Giraffe? (Il lit). Tu parles drôle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne It’s not your fault  if you talk funny. Vraiment, ce n’est pas de ta faute…Don’t worry about it.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Ce n’est pas de ma faute. There’s no ‘th’ sound in French.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy C’est pas çà, niaiseuse, ce n’est pas juste son accent français de France.  C’est parce que Sara parle arabe en plus d’anglais. Listen to this, it’s a recoding :  « Thimble, Thought, Th, Th, Th .»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Ah.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Çà fait trop longtemps que çà dure, deux semaines. Il faut le dire à Madame Perry.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Non, non, je ne veux pas, c’est trop gênant. (Reprend son téléphone et commence à répondre aux messages.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Non, non, je ne veux pas que tu répondes.  Efface le message…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Laisse-moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy No, it’s true. I looked it up yesterday. Delete the message and get another account.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Qu’est-ce que tu as cherché sur l’Internet?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Si quelqu’un t’envoie des messages comme çà, il faut changer de compte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara C’est trop difficile. Je vais être obligée d’avertir tout le monde du changement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  It’s better than reading this.  This is like poison for you.  C’est du poison, ces messages. À force de les lire, tu vas finir pas les croire.  Everyone talks about « Don’t do drugs. »  Well, this is just as bad for you. And it happens a lot.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Piggy a raison. C’est comme prendre du poison pour toi!!!  Say it with me : Poison!  En français : Poison! Let’s say it together : Poison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Please, Sara.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne S’il vous plaît, Sara!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tous   Poison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara OK, OK, Jeanne, it’s enough with looking after me. You always do that. Maintenant laisse-moi décider.  (Pause) OK, I’ve made up my mind. je le fais. Je pousse le bouton ‘Delete’. J’efface tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Et ouvre-toi un nouveau compte, juste pour tes amis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Here, I’ll do it for you. I’ll pick a great name for you. Comme….belle fille. Comme Beatrice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne C’est quoi encore, Béatrice?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Béatrice, c’est la bien-aimée de Dante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne C’est qui çà, Dante? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy You watch costume movies and you don’t know who Dante is? He is a great poet, and Beatrice was his love.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Oh, toi et tes poètes morts depuis longtemps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara (essaye de reprendre son téléphone) Non, non, cela me gêne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Alors, ton joueur de soccer favori.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Non, je veux un nom de fille, niaiseux. (Elle rit.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  OK, Lady Gaga d’abord.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Le nom est-tu déjà pris?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Non…Çà marche, tu es maintenant Lady Gaga. (Lui rend son téléphone.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara     OK.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Let’s go to phys ed class, it’s soccer today.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Shit! We’re doing to be late.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Dis pas çà. Dis merde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  C’est pas mieux! Dis ‘flûte.’&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Flûte?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  C’est ce que ma mère dit quand elle est surprise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Flûte?  Like a flute, the musical instrument? Why?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Laisse donc faire!  You’re always asking all these questions. Do you want to be a detective?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Pas un détective, un historien qui remarque tous les détails et qui veux toujours tout comprendre. I want to be better than a detective, I want to be a historian.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara (Elle part, mais Piggy ne bouge pas, il est cloué sur place.) Viens-t’en!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Let’s go, we’re late!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Ils partent tous en courant.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 3 Gymnase&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;(Beaucoup d’enfants en shorts et en T-Shirts, Mme Perry entre en scène.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Bon, les gars, les filles, on finit d’apprendre les techniques de soccer aujourd’hui.  Today, we finish learning about soccer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Madame…j’aime beaucoup… Your new hair…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry J’ai bien votre coupe de cheveux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  J’aime bien votre coupe de cheveux.&lt;br /&gt;Susan  Cissy. Tapette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Susan, qu’est-ce que tu as dit?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Rien, Madame.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Good, because those words hurt.   We don’t use those words here. Ces mots font mal, et tu ne veux pas faire mal à quelqu’un, n’est-ce pas, Susan?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan Non, Madame. (En aparté) God, I hate grown ups, they’re always on your case. (Susan fait la moue.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Très bien. Merci d’avoir remarqué ma coupe de cheveux, c’est gentil. J’espère que tu es sincère avec moi, je n’aime pas les enfants qui mentent, tu sais. Allons, choisissez vos équipes. Commence, Susan, pick teams. Ensuite, toi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 4&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Sara va éteindre son téléphone, mais elle lit un message et son visage change. On entend les écoliers qui forment leurs équipes.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Bon, toi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier Et puis toi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  So you.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier You.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 5&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Jeanne et Sara en aparté.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne As-tu encore reçu un autre message?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Non, non, ce n’est rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Let me see. (Prend le téléphone  et lit. ) How did that happen?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Des fois, il faut changer plus de détails pour qu’on ne te retrouve pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  That’s it, I didn’t change enough details.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  (lisant) This is even worse than before.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 6&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Les enfants continuent à se mettre en équipe.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Piggy…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry On dit Michel…Allez, Susan, dis : « Michel. » (Susan fait la moue.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  My name is Piggy.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Michel. Ton nom est Michel. (Commence à se facher.) Si tout le monde se sert de surnom, on ne s’y retrouvera plus. We can’t have everyone having a name and a nickname. Michel!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy My name is Piggy. Kids laugh at ‘Michel.’ I don’t want anybody to laugh at me. Je n’aime pas çà quand les autres rient de moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry C’est un très beau non, Michel. C’est comme Michael Jackson. (Les enfants rient.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Qui c’est, Michael Jackson?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry  Qui est Michael Jackson? Répétez tous…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tous  Qui est Michael Jackson?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry C’est un chanteur populaire qui était une grande vedette quand j’avais votre âge.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Ah. Il doit être plate.  (Piggy et Sara la pousse du coude. Mme Perry rit.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Au train où vont les choses, on ne jouera pas. Susan? (Susan et Piggy choississent rapidement les joueurs.  Sara est la dernière qui reste quand le choix revient à Susan.)  Allons, Susan, Sara va être dans ton équipe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan Je ne veux pas, Sara boîte des fois. Elle est toujours en robe. (Jeanne et Piggy se regardent.) Elle parle drôle : « Thimble, thought, th, th, th. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne (saisit Piggy par le bras.) C’est comme dans le message! Sara’s message! Th, th, th.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Tu as raison. Wow, cela veut dire que…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Susan is Giraffe.  Une identité secrète, comme dans Les misérables.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy You’re right, Susan is Giraffe.  She’s the one sending those awful texts.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 7&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Sara se met à pleurer et va se mettre à l’écart. Mme Perry met les enfants au jeu. Elle dévisage Piggy et Sara, qui se joignent au jeu sans rien dire.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 8&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Mme Perry vient s’asseoir près de Sara.)&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Mme Perry Tu ne boîtes pas aujourd’hui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara No,  I’m not limping today. Ma hanche me fait moins mal aujourd’hui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Je le vois bien. Je suis contente pour toi. Écoute, la prochaine fois, dis simplement « Je suis bien aujourd’hui. » (Sara renifle.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Everyone tells me what to do.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry C’est vrai. Ce n’est pas agréable de se faire dire par tout le monde quoi faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Yeah, well, teachers tell us what to do all the time, and we’re supposed to like it.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry (interdite pour un instant) Je vois ce que tu veux dire. Il est important de faire ce que les enseignants disent, au moins pour le moment. Later, you’ll get to decide more what you can decide.  Sara, merci de m’avoir dit la vérité, hein? (Sara hausse les épaules.) Alors, dis-moi, Sara, what can you say if someone says to you : « I don’t want to play with you, you’re always limping? »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Je pourrais dire que je suis en pleine forme aujourd’hui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry C’est bien. Mais tu connais bien les règles du soccer, n’est-ce pas?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Ben, oui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Que leur dirais-tu? Sur les règles?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara I can help my team win. Je peux aider mon équipe à gagner. Je connais toutes les règles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Et en plus tu connais bien tous les mots pour le sport.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Yeah?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Come on, you know you know all the French terms for soccer.  Oui, oui. Alors, viens-t’en au jeu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 9&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Sara se joint à l’équipe de Susan.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Va-t-en, je ne veux pas de toi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Je connais bien les règles, je peux aider l’équipe à gagner.  (Mme Perry entend ce qu’elles se disent entre elles, et fait signe à Sara qu’elle fait bien.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Je ne veux pas de toi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Je vais bien aujourd’hui. (Susan la pousse.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan Vas-t-en, je te dis. Personne ne veut de toi. Get lost. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 10&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Mme Perry et Piggy approchent.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  (à Susan) Leave her alone.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry (met sa main sur l’épaule de Susan.)  Va t’asseoir un peu, Susan.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Madame, I want to play.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Va t’asseoir un peu. Go sit and stay there for a while. Tu resteras assise jusqu’à la fin de la partie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Madame!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry J’ai dit! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan Madame, je ne veux pas m’assoeir là. C’est un banc avec du gravier autour, j’haïs çà.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Tu n’aimes pas le gravier?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan Non, non, non!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Mais qu’est-ce que tu as?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Susan est tombé d’une balançoire et s’est fait mal dans le dos, il y a deux ans. C’était une balançoire avec du gravier autour, elle n’est jamais retournée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Bon, d’accord Susan, va t’asseoir sur l’autre banc, sous l’arbre, hein? Une autre fois, tu m’expliques, hein?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan Oui, madame. (Susan s’assoit.  Mme Perry se retourne vers le reste des enfants. Susan montre le poing à Sara quand Mme Perry ne peut pas voir. Les enfants jouent encore. La cloche sonne, et puis tout le monde ramasse ses affaires et quitte le gymnase. Susan sort la première, Sara plus tard.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Bon, tout le monde au jeu.  Come on, play!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Les écoliers jouent.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 11&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Le lendemain. La cour d’ école. Sara, Jeanne et Piggy entrent en scène ensemble.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Did you hear bout the big fight this morning? Two girls!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Really?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Deux filles? Où se sont-elles battues?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Au coin de la cour d’école!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy The corner furthest from the principal’s office? Figures!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Il faut surtout ne pas niaiser là, rester là sans rien faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne You’re right, avoid that corner!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara C’était qui?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Yeah, who was it?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Susan et une autre fille, je ne la connais pas. The other girl was much smaller than her.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Figures, Susan is really chicken, she wouldn’t pick on someone her own size.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Penses-tu vraiment cela, que Susan ne s’en prendrait jamais à quelqu’un de la même grandeur qu’elle? (La cloche sonne.) We better go in.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Sûr et certain. Elle est trop peureuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara On se voit à la récréation…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Yeah, see you at recess.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Ils sortent tous.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 12  Le couloir d’école&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Sara entre. Susan attend dans le couloir quand Sara entre.  Susan approche et donne un coup de poing sur le bras de Sara.  Sara ne dit rien, mais elle se redresse et continue à marcher le long du couloir. Sara la frappe à nouveau.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Thimble, thought, th, th, th.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Giraffe, pourquoi tu fais çà? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan Tu said que c’est moi? Comment l’as-tu su?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Je n’étais pas sûre, but you just told me yourself.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan How did you guess?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Ce que tu as dis à Madame Perry, ce que tu viens de me dire, c’est ce que m’envoyais comme texte.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan (frappant Sara) Puisque tu sais qui je suis, cela ne changera rien. Why stop just because you know who I am.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Je ne veux pas me battre.  (Susan la frappe une deuxième fois) Giraffe, commence pas. (Susan la frappe une troisième fois.) Pourquoi tu fais çà?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan Pour te montrer que je suis plus tough que toi. Parce la maîtresse est pas toujours autour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy (hors scène) Sara, come on, let’s walk home together.  (Susan frappe Sara assez pour la faire trébucher.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 13&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Piggy et Jeanne entrent en scène.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne On va s’en aller chez nous, tous les trois, Sara. (Ils se rangent à côté d’elle.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Yes, we’ll walk home together, Sara… &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Susan les regarde sans rien dire, se frotte le poing, et puis quitte la scène.) &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 14&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Les trois écoliers s’embrassent.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara   Merci, Piggy, tu es un bon ami. Merci. Merci.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  It’s nothing. I like being friends with a girl like you.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Tu veux dire quelqu’un sans ami, toujours toute seule.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  No, I don’t mean someone without friends!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Il veut dire qu’il te trouve fine, et intelligente, et bonne à l’école.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;PIggy Whatever Giraffe said to you on email, you can count on it not being true. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne C’est bien vrai, Giraffe était obligée d’inventer…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Allons nous-en.  Maman est bien aujourd’hui, elle adit qu’elle nous ferait des bran muffins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Tu veux dire des muffins au son.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Yeah, yeah, that’s what I meant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Your mother is better?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Ta mère est malade?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Non, non, elle est bien. C’est dans sa tête…she has a mental health problem.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Ah, ah… un problème de santé mentale…répète après moi….&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  (lentement)  Un problème de santé mentale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Is she better?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Yeah, yeah, she just needed to take it easy for while…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne  Le repos lui a fait du bien, moins de stress…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy   Exactly…Oh, I can smell the muffins. (Part en courant.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Last one’s there is the rotten egg….&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Ils partent les trois en courant.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 15&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Le lendemain. La cour d’école. Piggy est en scène. Sara entre, le genou pansé.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Hey Sara, comment çà va?  Qu’est-ce que tu t’es fait au genou?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara J’ai tombé sur le gravier à côté du banc, hier. I fell in that gravel Giraffe hates so much.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Çà fait mal?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Pas trop….&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne If it doesn’t hurt much, then let’s go play soccer with everyone.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara OK. Ca va m’aider à oublier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Ils vont vers les autres enfants.) &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scene 16&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Le ballon passe d’un écolier à l’autre. Les écoliers rient, crient entre eux pour s’encourager.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tous : Go! ….Go! ….Vas-y… Par ici… Go!…. Over here! À moi!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara À moi! Fais-moi une passe!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Pass to Sara, Piggy! (Susan s’approche de Sara. PIggy lance le ballon vers Sara d’un coup de pied. Susanne s’approche encore plus de Sara.) Attention Sara, regarde…Look out…. (Susan donne un coup de pied au ballon, qui s’en va au loin. Elle se retourne, et puis donne un coup de pied au genou blessé de Sara. Le bandage tombe, et elle se met à saigner abondamment. Les enfants arrêtent de jouer.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Sara! Sara!  (Sara voit le sang gicler.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Mon Dieu, regarde çà, je saigne beaucoup.  Oh!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Come on, let’s get a teacher.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Non, non….&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy You have to, you’re bleeding really bad, it’s on the ground.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Allons-y ensemble. Le sang coule par terre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara OK. (Les trois partent ensembles. Les autres enfants ne disent rien, regardent.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan Let’s get back to playing. (Les enfants ne bougent pas. Criant très fort) : Au jeu! Au jeu! Let’s play! Now! (Les enfants reprennent le jeu, sans enthousiasme, sans énergie, sans rire ni crier, un peu inquiets maintenant.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 15&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Le couloir. Mme Perry est en scène. Jeanne, Sara, Piggy entrent.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Madame, Madame, Sara’s hurt….&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Laisse-moi voir cela, Sara. Est-ce que cela fait mal?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Oui, oui, Madame.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Je vais aller chercher la trousse de premier soin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  What?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Madame is going to get the first aid kit.  (Mme Perry sort.) Tell her what happened. You have to tell her.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Elle ne m’a rien demandé.  Why should I?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  How is she supposed to know if you don’t tell her!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Je ne veux pas lui dire, Giraffe va m’attaquer encore plus.  (Mme Perry revient avec la trousse. Elle s’agenouille devant Sara.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Tu es une grande fille, maintenant. Tune pleureras pas, hein.  Ça va prendre deux petites minutes, hein? Just two short minutes, be a good girl for me. (Elle sort un onguent.) Avec cet onguent, cela fera moins mal.  (Elle sort un bandage, l’applique au genou de Sara pour arrêter le sang.  Elle sort un diachylon, ajoute de l’onguent et elle applique le diachylon.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Madame, Giraffe, je veux dire Susan ne voulait pas me laisser jouer. And when I stayed, she kicked me instead of the ball. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry  (Expire bruyamment. Puis, distraitement) That's nice!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Giraffe a essayé de me battre hier.  And now, others keep coming up and pushing me. I have tried to stay away from them but they keep coming up to me and won't leave me alone. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry C’est bon! (La cloche sonne.) La récréation est finie, rentrez en classe, vous autres. Toi aussi, Sara.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara   Please, to listen to me this is important.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Pas tout de suite, je n’ai pas le temps, je suis en retard. Can't you see I’m busy!? Je n’ai pas le temps, il faut rentrer en classe. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy    (à l’oreille de Sara) Lâche pas! Don’t give up.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara I don’t feel safe because of those kids pushing me, et puis j’ai peur de Giraffe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Et puis? Qu’est-ce que ca fait? What’s the big deal, Sara? Il ne faut pas l’appeler Giraffe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Please I really need your help. S’il-vous-plaît, Mme, essayez de m’écouter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry  Fatiguante!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy   Vraiment, Madame, c’est important.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Piggy ne parle jamais français s’il a le choix…Cela doit vraiment être important.  Sara, dis-moi encore ce qu’il y a.  Tell me again.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Giraffe, je veux dire Susan a essayé de me battre hier.  I have tried to stay away from her but she keeps coming up to me and won't leave me alone.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Je vais lui parler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  (ensemble) Non!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Pourquoi? Pourquoi dites-vous non? (Les enfants se regardent sans rien dire.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  (avec hésitation) C’est que….&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  It’s  just that…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Qu’est-ce qu’il y a? Sara, tu peux me le dire, tu peux m’expliquer. Say what’s wrong, Sara….&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Quand vous avez parler à Susan, hier, elle m’a montré son poing, comme çà. (Sara forme un poing.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  It’s true, Mme. I saw Giraffe do it…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Giraffe? What’s this nickname?  Susan can’t like it very much! Surement Susan n’aime pas çà. Arrêtez-moi cela tout de suite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Pardon, Madame. C’est vrai.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Je vais lui parler, à Susan, et je vais aussi lui dire que je vais surveiller ce qui se passe… Bon, Tout le monde en classe maintenant. Sara, peux-tu aller à la maison changer tes bas et tes souliers?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Oui, Mme, j’ai la clé. I can let myself into the house and change socks and shoes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Good. Tant mieux. You do that. Moi, je dois aller au gymnase.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  (ensemble) Oui, Madame.&lt;br /&gt;Sara&lt;br /&gt;Jeanne &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry One last thing, Sara.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Oui, Madame?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Assure-toi de toujours pouvoir me voir au gymnase ou dans la cour.  If you can see me, I can see you.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara D’accord, Madame.  (Les enfants sortent. Mme Perry prend la  trousse, regarde sa montre.) &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Mon Dieu, je suis en retard! (Mme Perry sort rapidement.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 11 &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Plus tard dans la journée. Susan, les autres enfants sur le champs de soccer.  Mme Perry entre en scène.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Susan, je voudrais te parler un instant, s’il te plaît.  (Susan hésite.) Just one minute, I won’t keep you.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan Oui, Madame.  (À soi-même) Je vois bien que je n’ai pas le choix, maudit! Sara is going to pay for this. (Elle approche lentement de Mme Perry.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Je viens d’aider Sara, son genou saignait très fort. Did you see the blood on Sara’s knee?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Oui, Madame.  Eveyrbody saw it. It wasn’t me.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Que s’est-il passé?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  I didn’t do it on purpose.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Je n’ai pas dit que tu l’avais fait exprès.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Sara’s knee was already hurt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry C’est bien vrai, j’ai vu son bandage ce matin. It’s just that something happened yesterday. Et encore aujourd’hui il se passe quelque chose…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  It was an accident.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Je comprends, Susan. J’accepte ce que tu dis. I didn’t see anything today. Mais je veux te dire que je vois ce que tu fais, que je vais porter attention à ce que tu feras à l’avenir. C’est tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Yes, Madame.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Dis-moi, Susan, pourquoi est-ce qu’on t’appelle Giraffe?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  (Mal à l’aise) Well….uh…uh…Kids call me Giraffe because I’m so much taller than everyone.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Tu sais, c’est très bien d’être grande. C’est comme les mannequins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Man- ne- quins?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry « Mannequin »  en français, en anglais Supermodel. To be a supermodel, you have to be tall. Or a basketball player. Joues-tu au basket?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Yeah, well, you know, I’m too ugly.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Tu te trouves laide, Susan? Mais non, tu es jolie, tu as de beaux yeux…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  No I don’t. When they call me Giraffe, I know I’m ugly.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Sais-tu que tu te critiques? Sais-tu comment cela s’appelle?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Non.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry It’s called self-bullying, saying mean things to yourself. Self-bullying.  It’s like taking poison. It’s like a leech because all your good feelings drain away.  Do you know what leech is in French? Sangsue – bloodsucker. Only cirticizing yourself, self-bullying, it’s like sucking your good feelings about yourself, instead of your blood. Se critiquer, c’est pire qu’une sangsue, parce que la sangsue s’enlève toute seule ou avec le sel, mais se critiquer, cela t’enlève tout ton bien-être, tous tes bons sentiments d’être bien.  Alors, dis-toi : I am beautifully tall.  Je suis grande comme un mannequin. Répète.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  (indistinct)  Je suis grande comme un mannequin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Bravo, encore une fois. Je suis grande comme un mannequin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Je suis grande, j’ai de beaux yeux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Félicitations. You did well. Souviens-toi de la sangsue. Ne te laisse pas faire. Don’t let a bad feeling leech away a good feeling.  Good Girl. Tu peux aller jouer avec les autres, maintenant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Merci, Madame. (À elle-même) Boy, is she dumb!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Susan sort.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 12&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Mme Perry est en scène. Sara entre en scène et se dirige vers Mme Perry.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Je suis revenue, Madame. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry I can see that. Est-ce qu’il y avait quelqu’un à la maison?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Yes, my mum was there.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Et que lui as-tu dit?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara I said I had got hurt during soccer.  She said she wouldn’t be able to get the shoes clean.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Tu ne lui as rien dit au sujet de Susan?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  No, I didn’t mention Susan.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Tu devrais lui en parler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara I know I should talk to her about what going on here, but she has a lot of work to do, and she is worried all the time…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Ce n’est pas facile, mais il faut essayer.  C’est vrai que les parents ont des fois de grands soucis. En tout cas, viens jouer avec les autres.  (S’approche de Sara et met son bras autour de ses épaules.) Viens, viens.  (Les deux s’en vont vers les enfants qui jouent. Quand ils voient Sara, ils voient aussi le bras de Mme Perry autour de ses épaules.  Les enfants l’entourent et la tirent par la main pour l’amener dans leurs jeux.)&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 12&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Sara, Piggy, les autres enfants sur le terrain de soccer. )&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Are you OK, Sara?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Oui, oui, tout va bien.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Qu’est-ce que ta mère a dit de ton genou?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Elle m’a dit que le sang avait gaspillé mes bas et mes souliers.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy She only said your shoes and socks would have to be thrown out? (Sara hausse les épaules et ne répond pas. ) Bon, écoute, viens jouer au soccer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara   Non, les autres ne voudront pas de moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Mais non, mais non.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  I tell you, they don’t want me.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;PIggy  Sure they will, at least try. Essaye un peu, pour voir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Je le fais pour toi, OK.  (Ils se dirigent vers le champs de soccer.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 14&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Le champs de soccer, les écoliers jouent. Sara et Piggy entrent.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan Tu as touché au ballon avec tes mains, Sara, tu dois avoir un carton jaune.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  I didn’t touch the ball.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  (Pousse Sara) I said you did. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara I said I didn’t. (Susan pousse Sara à nouveau. Sara chancelle. Les autres enfants commencent à crier.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tous  Go, go, go.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 15&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Les écoliers, Sara, Susan, Piggy, Jeanne sont en scène. Mme Perry entre.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry  Que se passe-t-il? Pourquoi crier vous tous après Sara?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Sara a touché au ballon, et elle ne veut pas de carton jaune.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Ce n’est pas vrai.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Yes, it is. I saw you touch the ball with your hands.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tous  Go, go, go, go.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Assez, assez, tout le monde.  I’ve had enough of the problems. From now on, you can only play soccer when you have a referee.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tous  Aw….Madame, non, non.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry That’s enough. A partir d’aujourd’hui, il vous faut un arbitre pour que je vous donne le ballon. Give me the soccer ball.  Come on, give it to me.  (Piggy lui donne le ballon.) Choisissez un arbitre parmi vous. Quand ce sera fait, je vous rend le ballon. And don’t ask. I won’t give the ball back before you have chosen a referee and promised to listen to that referees.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Mme Perry part avec le ballon.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 16&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Susan, Sara sont en scène.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  C’est de ta faute, Sara, &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  No, it’s your fault for always picking on Sara.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Je m’en vais si on ne peux pas jouer. (Piggy et Sara quitte le champ.  Susan regarde les autres écoliers.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 17&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan It wasn’t my fault. (Les enfants secouent la tête.)  Ce n’est vraiment pas de ma faute.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 18&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Sara et Piggy entrent dans l’école.  Mme Perry les attend.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Sara, je voudrais te dire un mot.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Oui, Madame.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Piggy, je te parle après.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Oui, Madame.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Piggy se retire un peu au loin.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 19&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Sara, Mme Perry se parlent un peu à l’écart dans le corridor.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Sara, je voudrais que tu sois arbitre pour le soccer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Madame, les enfants ne veulent pas de moi. None of them want me.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Tu connais parfaitement les règles, tu es très rapide pour la course à pied, tu es très juste dans tout ce que tu fais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Madame, ils ne veulent pas de moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Ils voudront de toi s’il faut que tu sois là pour qu’ils puissent jouer.  Va vite voir la secrétaire, elle va te donner ton gilet.  The secretary may not have your size for the referee jersey, but it won’t be too bad. OK? Tu fvas porter le jersey au lieu d’une robe, ça va?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Oui, Madame.  (Sara sourit.) Je suis toujours en train de demander à maman de m’acheter du linge comme les autres. Merci. (Sara sort en courant.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 20&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Mme Perry se tourne vers Piggy.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Quel est ton vrai nom?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  My real name? Michael…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Aimes-tu ton vrai nom?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Sure, I like my real name. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Je voudrais à l’avenir que tout le monde t’appelle par ton vrai nom.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  But everyone calls me Piggy.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Mais ce n’est pas très gentil, tu n’es pas si gros que çà…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy No one calls me Piggy because I’m fat. I’m not fat. They call me Piggy because I’m smart.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry On t’appelle Piggy parce que tu es intelligent?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Oui, oui, en classe, on étudiait le roman Lord of the Flies. Whenever we had to read a few pages, I was always ahead of the class.  When the teacher asked me why, I said because I couldn’t get enough of that book. So someone said :  « He’s piggy for reading! »  and everybody laughed. Mais après, quand on parle de lire beaucoup, je disais toujours : « Je suis Piggy pour la lecture. »  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Alors c’est un compliment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Oui, oui, c’est un compliment. Je suis très fier de me faire appeler Piggy. I like it when people call me Piggy. I really do.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry C’est bon, I understand. Sometimes nicknames sound bad, but they are actually a good thing.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy The math teacher wants to start a Piggy prize for whoever likes math the best.  (Ils rient.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Et bien, félicitations. Congratulations on being the reading Piggy. Qu’est-ce qu’on dit quand on reçoit un compliment?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Merci!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry C’est parfait, off to class now.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Madame?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Oui?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Merci de m’avoir demandé. Thanks for checking into it.  Je comprends mieux maintenant.   It isn’t nice for us to call her Giraffe, but we didn’t give her that nickname. C’est elle qui s’est donnée le surnom de Giraffe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Susan n’aime pas du tout son surnom,  elle me l’a dit. Pourquoi m’aurait-elle menti? Pourquoi inventer tout cela?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Don’t know.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Comment on dit on français?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Justement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry C’est cela. En français on dit « justement. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Piggy court rejoindre Sara. Mme Perry retourne au champ de soccer.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 21&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Sur le champs de soccer, Susan vient vers Mme Perry.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Madame, can we have the soccer ball?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Bien sûr, Susan. Qui est votre arbitre?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Nous n’en avons pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry You need a referee now.  Tu sais bien qu’il faut un arbitre maintenant, il y a trop de chicanes autrement.  You just fight without a referee.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Who can be referee?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne I know one. Sara connaît bien les règles du jeu. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Exactly. And here she comes with her whistle and her jersey.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Je la vois, avec son gilet noir et blanc!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 22&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Sara entre sur le champ de soccer.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tous  Bravo, Sara. We can play now.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Vous pouvez avoir le ballon. (Elle lance le ballon à Susan.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Come on, Giraffe, au jeu, let’s play.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Perry Attention! Son nom est Susan, I don’t want to hear Giraffe again.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Oui, Madame. (Les enfants commencent à jouer. Sara anticipe bien le jeu. Quand elle siffle, tout le monde arrête.  Tout à coup Susan et Piggy commencent à se quereller.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Off-side, Piggy.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Was not, Jeanne était en avance sur moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Hors-jeu, Piggy.  Donne-moi le ballon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Non, je te dis que Jeanne était déjà en avance……..&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan Give me the ball, Piggy, or I’ll….(Jeanne siffle. Elle accourt, prend le ballon de PIggy, le donne à Susan, la déplace de deux ou trois mètres, et lui fait signe de reprendre le jeu. Tout le monde la regarde sans rien dire, et puis elle met son sifflet dans sa bouche et siffle la remise au jeu. Susan lance le ballon, et comme le peloton de joueurs s’esquive) Wow, elle n’a même pas dit un mot.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy You’re right, she didn’t even have to say anything.  (Ils regardent le jeu un instant de plus.) Let’s play…Susan.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan Oui, jouons…(Elle donne une tape amicale sur l’épaule de Piggy.) Let’s go. (Les enfants jouent, puis Susan va trouver Sara dans un coin du terrain.  Les enfants continuent a jouer, tandis que Sara continue à observer, siffler, et diriger la partie par des gestes.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 23&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Sara, Susan en marge de la partie.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Tu m’as accordé le ballon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Bien sûr, Piggy était en faute.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Yes, but yesterday I tried to get you thrown out of the game.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Oui, et le jour d’avant, tu m’as bien fait mal avec ton coup de pied.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  So why didn’t you pay me back?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Si on faisait toujours çà, on finirait par ne jamais jouer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Mais non, tu auras pu me faire payer pour ce que je t’ai fait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  You hurt me more with your texts than when you kicked me.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Really?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara   Really.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  I’m..I’m sorry.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Ce que tu me disais, tous les noms dont tu me traitais, le pensais-tu vraiment?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  No, no I didn’t believe what I said was true.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Alors, pourquoi?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan Toi, tu portais des robes et çà ne te dérangeait pas. Tu parlais avec un accent, et çà ne te dérangeait pas. Moi, j’hais tellement être grande, ça me dérange tout le temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Mais c’est beau d’être grande.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Penses-tu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Yes, it’s great to be tall like you. You should be proud of yourself. C’est très important d’être satisfaite de soi-même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  I don’t know how.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Et bien, commence avec moi. I forgive you. I won’t penalize you because it’s not fair. Et toi, va jouer de ton mieux maintenant, mais quand quelqu’un fera un but, félicites-le.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  OK. But what if I forget and yell? Call someone names?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Tu viens après et tu dis : I’m sorry. Et tu montres que tu as l’esprit sportif.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  C’est tout? That’s all it takes to show sportsmanship?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  C’est tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Susan se lève et retourne au jeu.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 24&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Sara, Susan, les autres écoliers)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier Ha, ha, Sara, tu ne peux même pas jouer avec nous.  Tu es juste arbitre. Tu parles drôle, tu ne seras pas bonne arbitre. Va-t-en. (Il regarde Susan pour recevoir son approbation.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier Go away, Sara, we don’t want you to play with us, you’re just a referee.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier Go, go, go (tous se mettent à répéter) Go, go, go….&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier Non, nous avons besoin d’elle pour pouvoir jouer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier C’est vrai, Madame Perry will take back the soccer bal if she goes…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier Stay, Sara.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier Reste avec nous Sara, nous avons besoin de toi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier I saw what Giraffe was doing and I didn’t like it, but I didn’t know what to do. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier Je l’ai vu, moi aussi, faire, et ce n’était pas bien, ce n’était pas juste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  Je ne savais pas… I didn’t think anyone even noticed…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier No, we all did. (les autres enfants) Nous avons tous vu, we all saw.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier I didn’t know what to do. What could we do?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 25&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Piggy et Jeanne approchent.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy   You say : Stop, that is not nice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Ou bien : Je vais le dire au principal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan Or you can say : do you like that nickname? What do you want me to call you?  (Tous se retournent pour regarder Susan.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier What matters is that we stick together, right?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier Ensemble nous pouvons empêcher les autres d’exclure Sara.  Together we can keep Sara with us.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier Je voudrais jouer avec Sara même si elle n’était pas arbitre. Elle court très vite et elle connaît bien les règles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier You’re right, she is fast, and she does know the rules.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier Well, I saw it, and I didn’t do anything because I was worried that Susan would start picking on me.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un écolier Moi aussi, je voyais ce qui est arrivé à Sara, et je ne voulais pas que cela m’arrive.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara La solution est toujours la même : il faut apprendre à vivre ensemble, just like we need to learn to be on teams together. Everyone has to be part of it for us to be able to play. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Everyone has to be on the team for us to be able to play.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara I run really fast, but Susan here is really tall. So she’s better at basketball than I am. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Why are you being nice to me?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara  I dunno.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Susan, why did you hit Sara? Pouquoi as-tu fait touçà, des coups, des courriels?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan I was all made inside because everyone called me Giraffe. I was just doing what I saw people do in video games. I kicked her, and then I couldn’t believe the blood.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Çà, je comprends ça.  Ma mère me dit souvent que l’internet est plein de choses qui ne sont pas vraies.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Well, of course those things aren’t real. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Dans les jeux, on tire sur quelqu’un et il tombe sans saigner.  If your mom or dad hunts, they’ll tell you animals bleed when they are shot.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Ok, OK, I get it.  Let’s just play.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Seulement, maintenant, tout le monde joue, tout le monde est inclus. We are better if everyone is on the team, OK? And we are all against bullying from now on.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan C’est çà.  Nous sommes tous contre l’intimidation partout, à l’école, sur Facebook, avec les cellulaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeanne Boy, I never heard you say so much in French before.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Yeah, I hate it. Mais pour vous tous, ensemble, je fais un effort. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sara Ensemble tout est possible. Everything becomes possible when you work together.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Susan  Sara, fais la mise au jeu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy  Just a minute, there is something I want to say.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 26 &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Piggy en avant-scène, seul illuminé avec les autres au fond, dans la noirceur.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Piggy I remember her like it was yesterday. Sara Ibrahim-Brex.  Every time she said her name, everyone said: “What?”  When I met her, she were in eighth grade.  Elle était toujours un peu différente.  Elle était du Liban, elle est venu ici avec sa famille parce qu’il y avait la guerre au là-bas. She spoke French, like me, but spoke it a little funny.  Elle s’habillait bien, mais toujours un peu différente des autres.  Je me souviens d’elle comme si c’était hier.  Sara Ibrahim-Brex.  Chaque fois qu’elle disait son nom, tout le monde disait: “Quoi?” Quand je l’ai rencontré, on était en huitième année.  She was from Lebanon, she had moved here with her family because there was war in Lebanon.  Elle parlait français, mais elle le parlait un peu drôle.  She was dressed nice, but, you know, a little bit different.  What I remember most is that it made me nervous talking to her. Moi aussi, j’étais mal à l’aise de lui parler.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scène 27&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Tous avancent lentement pour entourer Piggy.) &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Piggy Tout le monde l’évitait, personne ne l’invitait, personne ne voulait l’avoir dans son équipe.  Tout le monde adorait le soccer.  Soccer was the biggest thing going. But nobody wanted her. I have never forgotten what happened to her. (Simultaneously) Parce qu’elle est devenue arbitre, très bonne bonne arbitre. Et ensuite, quand je suis revenue à l’école, tout le monde était son amie, parce que tout le monde voulait jouer. Je n’ai jamais oublié ce qui lui est arrive. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tous Nous n’oublierons pas. We won’t forget. Nous n’oublierons pas.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Piggy relance le ballon, et les écoliers se mettent à jouer.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rideau&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3910526089042195027-7195808996491505429?l=paquetteresearch.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/feeds/7195808996491505429/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3910526089042195027&amp;postID=7195808996491505429' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/7195808996491505429'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/7195808996491505429'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/2011/11/new-play-unforgettable.html' title='A New Play: Unforgettable'/><author><name>Laure Paquette, PhD</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04656679095781855378</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='26' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_fWf7ntlM_zE/SbPj9SZvRUI/AAAAAAAAAAQ/spvdQpJNpxA/S220/Paquette,+Laure.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3910526089042195027.post-5473895470788797025</id><published>2010-11-18T14:56:00.000-08:00</published><updated>2010-11-18T14:57:21.619-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='official languages act'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='analysis'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='bilinguilism'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='future'/><title type='text'>Gardiens du temple</title><content type='html'>Gardiens du temple :&lt;br /&gt;Le rôle de la fonction publique pour l’avenir des langues officielles&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Laure Paquette&lt;br /&gt;Université Lakehead&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sommaire &lt;br /&gt;Les grands courants&lt;br /&gt;• La classe moyenne s’effrite&lt;br /&gt;• Le gouvernement diminue en importance économique&lt;br /&gt;• Les communications et l’Internet accélèrent les changements linguistiques et la chute vers l’anglais&lt;br /&gt;• La perte des avantages conférés par la rectitude politique&lt;br /&gt;Les recommandations :&lt;br /&gt;• Penser non seulement à ce qui peut être gagné, mais aussi à ce qui risquerait d’être perdu&lt;br /&gt;• Élargir or rétrécir son champ d’action avec plus de flexibilité&lt;br /&gt;• Travailler sans annoncer sa stratégie&lt;br /&gt;• Fonctionner, non pas à l’encontre des courants macroscopiques indiqués ci-dessus, mais dans leur foulée&lt;br /&gt;Les points névralgiques :&lt;br /&gt;• Passer de la réaction à l’action, c’est-à-dire&lt;br /&gt;o des plaintes à la consultation&lt;br /&gt;o de l’encouragement à la vérification &lt;br /&gt;• Changer vos critères d’auto-évaluation &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Introduction&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand on a appris autour de moi que je préparais un papier sur le bilinguisme pour le 40ième anniversaire de la loi sur les langues officielles, on m’a tout de suite demandé si le bilinguisme existait vraiment, si c’était de la part du gouvernement fédéral, si on pouvait vraiment s’attendre à ce que l’on parle anglais à Alma, ou français à Red Deer. La ville où j’habite, malgré le fait qu’elle soit universitaire, ne compte que 4% de francophones, et puisque mon conjoint est italophone, je dois compter sur Radio-Canada pour entendre parler français chaque jour. Voilà une part des réalités sur le bilinguisme dans mon milieu de vie, Thunder Bay, Ontario.&lt;br /&gt;J’ai interprété l’invitation du Commissariat de façon assez large. Je me donne maintenant le mandat d’effectuer une analyse stratégique sur le rôle de la fonction publique dans l’avenir des langues officielles dans une perspective à moyen terme, c’est-à-dire d’environ quinze ans.  Je me propose donc de diviser ce mandat en trois parties: primo, l’identification des courants de changement macroscopique que je perçois; secundo, les recommandations qu’il m’est possible de faire suite à l’analyse stratégique des rapports annuels du Commissariat de 2005, 2006, 2007, et 2008, ainsi que la loi elle-même, le mandat de la Commission et son plan de relance; et tertio,  l’identification de points névralgiques sur lesquels il faudrait miser.  Lorsque je parle d’analyse stratégique, j’entends me servir non pas de la stratégie telle qu’elle est comprise en général, mais bien de la stratégie des sans-pouvoir, que j’expliquerai ci-dessous.  J’ai de plus cherché aussi à m’adresser à un lectorat de profanes, plutôt que de celui de spécialistes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Première partie : les courants macroscopiques&lt;br /&gt;Depuis une vingtaine d’années j’effectue plusieurs fois par semaine des analyses stratégiques sur la conjoncture politique.  L’identification des courants macroscopiques provient de l’accumulation de ces fréquentes analyses.  J’en ai constaté quatre: &lt;br /&gt;1. La classe moyenne s’effrite&lt;br /&gt;2. Le gouvernement diminue en importance économique&lt;br /&gt;3. Les communications et l’Internet accélèrent les changements linguistiques et la chute vers l’anglais &lt;br /&gt;4. La perte des avantages conférés par la rectitude politique&lt;br /&gt;Chaque courant mérite des commentaires supplémentaires.&lt;br /&gt;1. La classe moyenne s’effrite&lt;br /&gt;Les pressions économiques sur les familles sont telles que, en général, la classe moyenne s’effrite lentement, mais à longue échéance. C’est bien loin d’être une observation originale.  Dans la reprise économique qui suit la grande crise bancaire de 2008, les économistes remarquent que la catégorie d’emplois qui augmente en nombre est celle qui exige une solide formation postsecondaire, ou encore ceux qui exigent une main d’œuvre sans scolarisation secondaire.  Ce sont les emplois à scolarisation intermédiaire, par contre, ont reculé.  C’est dire que les pressions qui s’accumulent guident les choix de bien des gens. Et, pour ceux qui réussissent à s’accrocher à la classe moyenne, l’importance des avantages qu’ils cherchent avant tout à donner à leurs enfants est d’autant plus grande. Bien qu’en région les possibilités soient limitées, on va chercher à offrir l’immersion dans une langue ou l’autre à ses enfants, motivé par de simples questions économiques. Ce genre de pression souligne aussi qu’il y aura une population moindre qui pourra se permettre le temps et les énergies nécessaires pour défendre ou développer les droits linguistiques. En plus, cela signale aussi le rétrécissement de l’assiette fiscale, ce qui ne pourra faire autrement que de renforcer le second courant, que j’aborde ci-dessous.&lt;br /&gt;2. Le gouvernement diminue en importance économique&lt;br /&gt;Contre d’autres priorités, comme le développement économique, les soins de santé ou les questions environnementales, il n’est pas difficile de comprendre que la question des langues officielles passera en seconde place dans la volonté politique. La compression des services me paraît donc fort probable, sinon inévitable, si l’on accepte la réalité du premier courant. &lt;br /&gt;3. Les communications électroniques et l’Internet accélèrent les changements linguistiques et la chute vers l’anglais&lt;br /&gt;Les anthropologues s’accordent pour dire que les langues évoluent. On n’a pas besoin d’être spécialiste, par contre, pour remarquer que la langue anglaise devenait la langue internationale de premier recours, et cela, même avant la venue de l’Internet : nous le devons tous à la Pax britannica et à la Pax americana.  Ces dernières années, l’anglais émigre partout sur le dos du vocabulaire technique ou spécialisé, l’anglais étant devenu la langue des sciences aussi.  Aujourd’hui, l’anglais domine dans l’usage de l’Internet, quoique le chinois croisse en flèche, et ne fait qu’accélérer l’évolution déjà existante. L’Internet offre maintenant des outils de traduction. Ces outils demandent à être affiné,  mais ils produisent tout de même des traductions instantanées et gratuites, et ils font l’objet der cherche commerciales intense. Leur disponibilité peut affecter la motivation pour l’apprentissage d’autres langues, y compris, bien sûr, le français dans le contexte canadien. &lt;br /&gt;4. La perte des avantages conférés par la rectitude politique&lt;br /&gt;Il est possible, et même probable, que des pressions s’exercent pour faire connaître et apprendre les langues autochtones au Canada.  Dans la région où j’habite, par exemple, le conseil d’administration de l’hôpital régional compte une ancienne autochtone, mais ne compte pas de francophone. L’évolution de la rectitude politique accordera à d’autres communautés ethniques les privilèges qu’elle conférait il y a quinze ou vingt ans à la francophonie.  Que ces privilèges soient partagés ou tout simplement transférés, la volonté politique sera tout de même affectée dans ses priorités. Et si ce scénario se réalise, il faudra bien admettre qu’il n’y aura sûrement pas plus de ressources pour élargir les programmes, services et politiques matière des langues officielles au niveau fédéral.&lt;br /&gt;Gardiens du temple &lt;br /&gt;L’effet cumulatif des ces courants fournit le titre de ce papier -- les fonctionnaires et le commissariat deviendront les gardiens du temple, peut-être les seuls qui y resteront puisque les communautés linguistiques seront moins actives qu’avant.  Les moyens dont disposera la fonction publique seront ceux qui existent déjà, et les budgets seront les mêmes, ou en légère diminution. Il s’ensuit que la grande question pour la fonction publique sera la suivante : comment appliquer les moyens pour en maximiser l’efficacité.  &lt;br /&gt;Deuxième partie : les recommandations&lt;br /&gt;Ci-dessous, j’entends proposer à la fonction publique quelques principes selon lesquels elle pourra avoir un effet supérieur sur les questions  de bilinguisme.  Ces recommandations proviennent d’une analyse fondée sur la stratégie des sans-avoir, plutôt que les formes plus répandues de planification stratégique, qui sont fondées, elle, sur la stratégie des puissants. La stratégie des sans-avoir est la stratégie employée depuis des millénaires par ceux qui n’ont ni avoir, ni pouvoir – les vaincus, les perdants, les démunis.  Elle se distingue de la stratégie des puissants par l’emploi de certains principes, qui donneront lieu aux recommandations faites à la fonction publique. Ces quatre principes sont les suivants :&lt;br /&gt;• Penser non seulement à ce qui peut être gagné, mais aussi à ce qui risquerait d’être perdu&lt;br /&gt;• Élargir or rétrécir son champ d’action avec plus de flexibilité&lt;br /&gt;• Travailler sans annoncer sa stratégie&lt;br /&gt;• Fonctionner, non pas à l’encontre des courants macroscopiques indiqués ci-haut, mais dans leur foulée&lt;br /&gt;1. Penser non seulement à ce qui peut être gagné, mais aussi à ce qui risquerait d’être perdu &lt;br /&gt;Cela veut dire que, au cours de la planification ou la réflexion sur l’action que doit effectuer un fonctionnaire, il faut tenir compte de ce qu’il y a à conserver ou à protéger. Si l’on parle de bilinguisme, les acquis de ces quarante premières années doivent être protéger. Il ne s’agit pas simplement de ce qu’il faut chercher à accomplir. Évidemment il ne faut pas non plus abandonner les objectifs. Cela veut tout simplement dire qu’il faut protéger l’arrière-plan en même qu’avancer, et avancer avec autant de prudence que de courage.&lt;br /&gt;2. Élargir or rétrécir son champ d’action avec plus de flexibilité&lt;br /&gt;Lorsqu’un stratège des sans-avoir parle de niveau d’action, il parle comme si la réalité était faite comme des bols de cuisine de couleurs et de grandeurs différentes que l’on conserve dans une armoire, les plus petits dans les plus grands. Les meilleurs stratèges font cela facilement. Un stratège connaît toujours son champ d’action, mais il faut parfois l’élargir ou le rétrécir.  Par exemple, le maire d’une ville doit tenir compte, lorsqu’il planifie son travail, sa ville.  Mais selon le projet, il peut avoir besoin de tenir compte plus en détail d’un quartier particulier.  Par contre,  au moins une fois par année, il doit tenir compte de l’émission du budget provincial. Ce maire élargit ou rétrécit son champ d’action plusieurs fois par année.&lt;br /&gt;À la fonction publique fédérale, on parle souvent de palier de gouvernement, et il est sûr qu’un changement de palier constitue un élargissement ou un rétrécissement du champ d’action. Mais il existe aussi des changements du champ d’action qui sont moins marqués, et qui peuvent être très aidants. Il est toujours souhaitable de tenir compte d’un champ d’action élargi dans n’importe quelle planification. Mais dans le cas qui nous occupe, un cas de stratégie des sans-avoir, il faut presque toujours travailler avec un champ d’action plus élargi que celui qui est le plus immédiat. Il est important, par exemple, de tenir compte des courants macroscopiques. Mais si, par exemple, vous travaillez à établir des services dans le sud-ouest ontarien, il faut tenir compte de l’entière province. Il également possible que le champ d’action comprenne d’importantes circonstances dans un domaine autre que celui du bilinguisme, du contexte économique, par exemple. Cette flexibilité, qui est toujours de mise, prend des couleurs essentielles pour n’importe quel sans-avoir.&lt;br /&gt;3. Travailler sans annoncer sa stratégie&lt;br /&gt;Parce que la fonction publique est imputable, certaines exigences particulières s’appliquent à elle. Malgré cela, il est possible de travailler avec une stratégie sans la révéler, même s’il est inévitable de révéler les tactiques spécifiques. Il ne faut pas oublier qu’une stratégie peut être ponctuelle, c’est-à-dire d’un champ d’action très restreint.  Elle peut se limiter, par exemple à un seul administrateur, par exemple, ou d’une seule direction. Dans l’enseignement universitaire, par exemple, il est possible d’arborer une stratégie pour un cours complet, mais aussi d’employer une stratégie pour régler un problème particulier avec un seul étudiant.&lt;br /&gt;4. Fonctionner, non pas à l’encontre, mais dans la foulée des courants macroscopiques&lt;br /&gt;Il vaut beaucoup mieux exploiter les courants dont il a été question en premier lieu que d’aller à l’encontre de ceux-ci. Étant donné les tendances économiques du marché du travail et de l’assiette fiscale du gouvernement fédéral, par exemple, il est possible d’exploiter les avantages que confèrent le bilinguisme aux individus au niveau socio-économique pour vendre celui-ci, plutôt que d’essayer d’aller à l’encontre de telles circonstances. &lt;br /&gt;Si l’on veut harmoniser toutes les recommandations expliquées jusqu’ici, il est possible de les rassembler en employant une idée-clé. Une idée-clé, en stratégie des sans-avoir, est une image au cœur même de l’action stratégique. C’est l’une des raisons pour lesquelles je suggère une image dans le titre même de ce papier : « Gardiens du temple ». L’emploi d’une idée-clé est plus exigeant au niveau de l’analyse, mais si j’en fais mention, c’est qu’il y a déjà parmi les fonctionnaires des gens qui s’en servent déjà, sans nécessairement connaître le vocabulaire spécialisé. Ces gens sont des stratèges naturels et ils forment un atout important  pour n’importe quelle stratégie, mais encore plus pour les langues officielles. Cela étant dit, il faut par-dessus tout choisir où concentrer ses efforts et mettre ses énergies. Et pour cela, il faut identifier les points névralgiques.&lt;br /&gt;Troisième partie : les points névralgiques&lt;br /&gt;Une stratégie est composée d’actions individuelles, qui peuvent connaître un plus ou moins grand succès selon les circonstances, et qui doivent continuellement s’adapter. C’est ce qui s’appelle dans le language spéialisé une tactique. De temps à autre, il y a une tactique qui prend une importance supérieure, parce qu’il faut à tout prix qu’elle réussisse, parce que son échec entretenait l’échec de la stratégie au complet. Ces tactiques sont des points névralgiques.  Quand on est sans-avoir, où que l’on agit en stratège sans-avoir, il vaut mieux s’assurer de la réussite à chaque point en appliquant plusieurs tactiques pour chaque et tenir en réserve plusieurs autres tactiques. &lt;br /&gt;Mais pour accomplir cela, il faut bien commencer par identifier les points névralgiques. Il revient à chaque fonctionnaire de les identifier dans son milieu. La méthode est simple et s’illustre facilement. Comme chacun sait, un fonctionnaire traite de plusieurs dossiers à la fois, mais ces dossiers n’ont pas tous la même importance. De la même manière, un projet se jalonne de plusieurs  étapes, mais ces étapes n’ont pas toutes la même importance. C’est la même chose pour une stratégie : on peut identifier une série d’objectifs à atteindre pour que les efforts soient couronnés de succès, mais cette série d’objectifs n’ont pas tous la même importance. Il s’agit d’identifier ceux qui, s’ils ne sont pas atteints, mènent immédiatement à l’échec. Par exemple, le Commissaire aux langues officielles, Gordon Fraser, mentionnait les Jeux Olympiques 2010 dans son dernier rapport. Il s’agit là pour le Commissariat d’un point névralgique.  &lt;br /&gt;Il est possible pour un observateur ferré d’identifier certains points névralgiques de l’extérieur, mais on ne peut pas faire l’économie d’une analyse menée par les fonctionnaires eux-mêmes. Sous toutes réserves, donc, il est possible d’en identifier deux, qui correspondent à l’expérience générale des stratèges sans-avoir. Les deux points névralgiques sont :&lt;br /&gt;• Passer de la réaction à l’action, c’est-à-dire&lt;br /&gt;o des plaintes à la consultation&lt;br /&gt;o de l’encouragement à la vérification &lt;br /&gt;Changer vos critères d’auto-évaluation&lt;br /&gt;(1)  Les fonctionnaires doivent passer de la réaction  à action, de l’encouragement à la vérification.&lt;br /&gt;La Loi sur les langues officielles a été promulguée il y a maintenant plus de quarante ans.  Les travaux de mise en fonction sont faits. Selon la présente analyse, les demandes et plaintes externes devraient diminuer.  Il y a lieu de féliciter le Commissariat sur les nombreux acquis de ces dernières décennies, et du changement de la perspective canadienne sur les questions linguistiques. Cela étant dit, l’analyse stratégique met en lumière le fait qu’il faudra désormais fonder la planification plus sur des consultations proactives des populations concernées que sur les plaintes et les demandes expresses et non-sollicitées. Cela implique qu’il faudrait avoir un processus plus actif de vérification des acquis. &lt;br /&gt;(2)  Les fonctionnaires doivent changer les critères selon lesquels ils s’évaluent eux-mêmes&lt;br /&gt;Sans battre la retraite, les fonctionnaires actifs en matières régies par la Loi sur les langues officielles doivent adapter leurs critères d’évaluation à une situation de maintien, plutôt que d’expansion. Ces critères restent à identifier par les spécialistes de la question. Je me limite ici à proposer, dans le but d’activer les discussions, un critère extrême: celui de déclarer les objectifs atteints lorsqu’il sera possible, dans la fonction publique fédérale, de faire carrière autant comme unilingue francophone que comme unilingue anglophone, et ce, n’importe où au pays.&lt;br /&gt;Conclusion&lt;br /&gt;Il ne nous reste maintenant qu’à énumérer les constatations les plus importantes déjà faites.  Les grands courants macroscopiques sont les suivants :&lt;br /&gt;1. La classe moyenne s’effrite.&lt;br /&gt;2. Le gouvernement diminue en importance économique.&lt;br /&gt;3. Les communications et l’Internet accélèrent les changements linguistiques et la chute vers l’anglais.&lt;br /&gt;4. La perte des avantages conférés par la rectitude politique.&lt;br /&gt;Il en découle que le rôle qui revient aux fonctionnaires sera celui d’être gardiens du temple.  Qui plus est, ce papier recommande à la fonction publique de : &lt;br /&gt;• penser non seulement à ce qu’elle pourrait encore acquérir pour le bilinguisme mais aussi pour ce qu’elle risque de perdre;&lt;br /&gt;• changer de niveau d’action avec plus de flexibilité;&lt;br /&gt;• travailler sans annoncer sa stratégie;&lt;br /&gt;• fonctionner dans la foulée des forces sociales plutôt que de les contrecarrer.&lt;br /&gt;Les points névralgiques où il faut se concentrer sont les suivants: &lt;br /&gt;• Passer de la réaction à l’action, c’est-à-dire&lt;br /&gt;o des plaintes à la consultation;&lt;br /&gt;o de l’encouragement a la vérification;&lt;br /&gt;• Changer les critères d’auto-évaluation.&lt;br /&gt;Ces mesures s’enchaînent bien avec la notion de mesures positives promues dans le premier rapport du commissaire Fraser en 2006-7. Leur importance va aller en s’accentuant, à mesure que les changements escomptés vont se développer. &lt;br /&gt;Au début, j’ai parlé des réalités du bilinguisme à Thunder Bay;  je conclus sur le même sujet.  Malgré le fait que la ville s’est déclarée unilingue anglophone, il y a maintenant plus de quinze ans, les conseils scolaires continuent d’offrir l’immersion aux écoliers.  On manque de places, que les parents s’arrachent.  Ils parlent avec évidente frustration du fait qu’ils ne peuvent pas les aider en parlant français à la maison et cela, dans une ville qui ne compte pas plus de 4% de francophones. Voilà un exemple des grands acquis de la Loi sur les langues officielles, qui est célèbre à l’étranger, et la fonction publique peut s’en féliciter.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3910526089042195027-5473895470788797025?l=paquetteresearch.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/feeds/5473895470788797025/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3910526089042195027&amp;postID=5473895470788797025' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/5473895470788797025'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/5473895470788797025'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/2010/11/gardiens-du-temple.html' title='Gardiens du temple'/><author><name>Laure Paquette, PhD</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04656679095781855378</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='26' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_fWf7ntlM_zE/SbPj9SZvRUI/AAAAAAAAAAQ/spvdQpJNpxA/S220/Paquette,+Laure.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3910526089042195027.post-1287058565543262206</id><published>2010-09-18T18:58:00.000-07:00</published><updated>2010-09-18T19:00:21.957-07:00</updated><title type='text'>Gardiens du Temple: Fonction Publique et Bilinguisme au Canada</title><content type='html'>Here is the link to video on demand from CPAC, where I gave a talk of the above title. In French, starting at minute 50 or so. Lighting does nothing for me, and no one told me I was being taped, so my many irksome mannerisms will be highly in evidence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;http://www.cpac.ca/forms/index.asp?dsp=template&amp;act=view3&amp;pagetype=vod&amp;lang=e&amp;clipID=3113&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3910526089042195027-1287058565543262206?l=paquetteresearch.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/feeds/1287058565543262206/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3910526089042195027&amp;postID=1287058565543262206' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/1287058565543262206'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3910526089042195027/posts/default/1287058565543262206'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://paquetteresearch.blogspot.com/2010/09/gardiens-du-temple-fonction-publique-et.html' title='Gardiens du Temple: Fonction Publique et Bilinguisme au Canada'/><author><name>Laure Paquette, PhD</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04656679095781855378</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='26' height='32' src='http://2.bp.blogspot.com/_fWf7ntlM_zE/SbPj9SZvRUI/AAAAAAAAAAQ/spvdQpJNpxA/S220/Paquette,+Laure.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3910526089042195027.post-6522395951513407875</id><published>2010-08-17T13:18:00.000-07:00</published><updated>2010-08-17T13:20:41.786-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Terrorist/Insurgent Thinking and Joint Special Operational Planning Doctrine and Procedures'/><title type='text'>Terrorist/Insurgent Thinking and Joint Special Operational Planning Doctrine and Procedures</title><content type='html'>Here is my latest monograph: &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Terrorist/Insurgent Thinking and Joint Special Operational Planning Doctrine and Procedures&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Prof. Laure Paquette, Ph.D.&lt;br /&gt;Lakehead University&lt;br /&gt;ASSOCIATE FELLOW, JSOU &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;FOREWORD&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;In this insightful essay contrasting terrorist-insurgent thinking and current US Joint planning doctrine and practices, the author reminds the profession that war is between two or more belligerents and that as Clausewitz admonished us, the first and most important thing is to understand is the kind of war that you are fighting.  From this, all other things must flow. In order to understand the kind of war, it is essential to not only understand your adversary’s purpose but to understand his thinking and how it differs from yours.  Only through understanding his thinking can you grasp his likely objectives, the concepts and tactics he will use to obtain them, and effectively plan to counter his operations and defeat him.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;This monograph examines the characteristics of terrorist-insurgent thinking and  US Joint planning doctrine and practices and concludes that the existing US planning framework is inadequate for the terrorist-insurgent threat and challenges the reader to expand his own planning paradigm to more fully encompass the implications of terrorist-insurgent  thinking in the design and planning of US operations.  Why this mismatch occurs and how the terrorist-insurgent operates outside our cognitive frame of reference for fighting in theaters of war, theaters of operations, areas of operations are two important questions addressed. Equally important is the question of what are the implications of this for our own doctrine and practices?  Focusing on two of the most significant characteristics of terrorist-insurgent thinking, the author answers these questions and identifies the obstacles that stand in the way of the necessary adjustments to our conventional paradigms.  In the process she again validates Clausewitz by demonstrating that in war the enemy exerts as much influence on us as we do on him, and we must find a way to counter this influence in order to be successful.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1. INTRODUCTION&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;“I’m an advocate of learning to be an insurgent.”  &lt;br /&gt;    Gen. Russell Howard&lt;br /&gt;The United States has been deeply committed to a “war on terror” since the World Towers attack on 9/11.  Yet, despite extraordinary efforts, commitment of astounding resources, and the loss of countless lives, the war goes on.  Some argue that it is not really a war, but such an argument is spurious and more wishful thinking than factual.  We are long past arguments over whether it is a war.  The facts are clear to the reasonably- minded.  If a group of people or actors—political opportunists, even if disguised in religious quotes—declares war on you, “war” exists whether you want to admit it or not.  A conflict exists whatever the definition may be. If law enforcement cannot deal with the level of organized violence, it is war whether you call it that or not.  If you commit one of the world’s largest and most proficient militaries to combat, it is war.  It would be much more productive to debate what kind of war we are involved in and how we should fight it.  Military power cannot alleviate the underlying social maladies that motivate many people to support terrorism and insurgency, but it can, in theory, create security conditions in which social remedies can be applied.  Yet, even this appears to have eluded the US for too long.  Despite the best efforts of a great military machine, terrorists and/or insurgents continue to retain a high level of strategic initiative—how is this possible?  What is needed is a new idea—or more properly stated, what is needed is an old idea renewed.  Most military professionals recognize Sun Tzu’s “If you know both yourself and your enemy, you can win a hundred battles without a single loss.”  Few know what it implies for the war on terror.  The existing US planning framework fails to account for the uniqueness of terrorist-insurgent thinking in the design and planning of US operations.  Why this mismatch occurs and how the terrorist-insurgent operates within the seams of our cognitive frame of reference of fighting in theaters of war, theaters of operations, and areas of operations are half of a prolonged story of terrorist warfare.  The second half of this story and its conclusion will be written by how well it is possible to understand the characteristics of terrorist/insurgent thinking and use that knowledge to change approaches to strategy, planning, and tactics.&lt;br /&gt;The paper that follows has six parts.  The first discusses the characteristics of terrorist or insurgent thinking.  The second discusses in some detail the characteristics that are the most important to operational planning and procedures.  The third part discusses the implications for planning doctrine. The fourth part discusses the implications for planning procedures. The exploration will apply primarily to limited contingency operations or crisis response, or multi purpose operations influenced by fluid and changing situations.  &lt;br /&gt;The fifth part discusses the implications for training. And the sixth and final part discusses the obstacles to the changes necessary. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;2. CHARACTERISTICS OF TERRORIST- INSURGENT THINKING&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;As mentioned at the close of the introduction, this paper begins with a discussion of the characteristics of terrorist or insurgent thinking.  The sections to follow will discuss in more detail the themes already announced: the characteristics that are the most important to operational planning and procedures; the implications for planning doctrine; the implications for planning procedures; the implications for training; and the obstacles to the changes necessary.&lt;br /&gt;In the nearly ten years following 9/11, the research and literature on the terrorist-insurgent has grown exponentially.  The 21st century terrorist-insurgent phenomenon has been studied from the perspectives of numerous disciplines leading to various categorizations, models, and conclusions.  This wealth of information has informed US military planning doctrine and procedures in multiple ways, but any changes have been US centric and based on countering terrorist-insurgent actions, not founded in knowing how these adversaries think.  Consequently, the US military response has been largely reactive and attempts have tended to be proactive slightly off target.  In explaining US shortcomings some have suggested omnipresence or genius on the part of these global irreconcilables, or blamed chance.  Few of the conjectures of why this occurs are convincing and many fail to even make this obvious observation.  Nonetheless these studies, when synthesized, begin to give us a good appreciation for the characteristics of terrorist thinking and reveal that the terrorist-insurgent mindset—their way of thinking—naturally misaligns with US cultural assumptions and doctrinal preferences.  The terrorist-insurgent’s success and longevity is more likely a case of the terrorist following his natural mental precepts with audacity; it exploits the cognitive dissonance in our planning doctrine and procedures and the reality created terrorists on the ground.  In other words, it requires the US to align these with the demands of the war it is fighting—the one the terrorist-insurgent has brought to the door step.  All of this starts with understanding the characteristics of his thinking.&lt;br /&gt;The research fits into four broad categories: game theory; empirical analyses, like historical or policy case studies; the study of particular issue, like martyr contracts or women suicide bombers; and the application of frameworks which were developed for other uses, but are now being tried out on terrorism and counterterrorism.   In this last category, therefore, one finds social network analysis, collective action analysis, and some counterinsurgency techniques. Each makes a significant contribution, but fails to realign completely American thinking.&lt;br /&gt;Game theory&lt;br /&gt;Game theory is a branch of applied mathematics that attempts to capture behavior in strategic situations, in which an individual's success in making choices depends on the choices of others. To follow it requires at least college level calculus. While initially developed to analyze competitions in which one individual does better at another's expense (zero sum games), it has expanded to include a wide range of situations, in particular war bargaining. However significant in the academic literature, this theory is of little interest for our purposes, since the number of users with enough (and fresh enough) mathematical background to transpose its contributions to their own problems is likely to be very small.  Nor is it likely that SOF will have the time to learn enough calculus to use it in the field or before an operation. &lt;br /&gt;Empirical Analyses&lt;br /&gt;There is a range of studies in this category, and they have been very popular with academics in the US.  In general, these studies are based on the analysis of experience and evidence.  Usually, they test hypotheses and theories against observations in the real world.  To become recognized, empirical studies must meet very specific criteria, which results in the exclusion of much that is considered true by practitioners. &lt;br /&gt; Some studies lead to policy advice, like telling liberal democratic governments what to do and what not to do about internment without trial, coercive interrogative techniques, and the use of live ammunition during protests.  In general, governments are advised to stay the course for the long term, but they are rarely advised on how to maintain public support for that policy, for example.  Empirical studies relevant to terrorism or insurgency occur by definition after the fact. They also tend to allow little in the way of generalizing learning from one situation to the next, which limits their usefulness.&lt;br /&gt;Some studies wonder about or conclude that US allies in the war on terror behave like what we call here weak-side strategists.  That is to say, allies might rush headlong into action, ignoring the consequences of domestic opinion failing to support government moves, in a number of European liberal democracies one could name. Or the allies might ignore the unintended consequences of their own actions, such as the possibility of violent opposition to the government commitments, or the provocation of internal terrorist threats, such as may be a consideration in Saudi Arabia.  These studies provide some support for the research presented here.&lt;br /&gt;Other well-known themes in the scholarly literature are less supportive, principally the rational choice theorists.    Rational choice theory provides no opportunity for the intuitive decision-making so crucial to the art of strategy, for example. Nor does rational-choice theory take into account non-rational beliefs of patriotism or non-rational acts of self-sacrifice, for example, observable among US troops. Nor does it take into account political or religious extremism, which are observable in many parts of the world.&lt;br /&gt;Finally there are areas of active research that are not directly relevant to the question of understanding and countering terrorist or insurgents, for example the literature that researches why liberal democracies are resistant to coercion as a means of constraining or provoking action by the government.  &lt;br /&gt;Special Issue Studies&lt;br /&gt;In this category of research, there are a large number of detailed discussions of very specific, very circumscribed questions regarding insurgency or terrorism, and there is usually no pattern or overarching theme among them. One such example is Alimi’s study of collective action.  Another is the study of women as suicide bombers. One article looks at terrorism in a positive light now forgotten, with it being a bulwark against tyranny.  It nonetheless makes an interesting distinction between terrorism and insurgency, the fundamental difference being that terrorism emanates from the underground, where insurgency, with activities like looting or protesting, happens publicly. Kilcullen applies approaches to counterinsurgency to the global war on terror.  Also preceding the present work are articles that generalize from experiments with college students to military applications.  Although there are significant differences in the choice, the amount of information used, the decision strategy employed and the effect of exogenous conditions on decision strategy and choice in international relations, those differences are quantitative rather than qualitative. &lt;br /&gt;The most useful part of this collection of odds and ends, lies in the discussion of the role of uncertainty, and the various levels of uncertainty, in counterterrorism. Considered here is “the small, secretive nature of terrorist plots and the indeterminate nature of the target,” a circumstance to which a weak-side strategy would make a significant contribution.   &lt;br /&gt;Existing Frameworks&lt;br /&gt;These studies include perspectives such as social network analysis or psychological theories, which were created to study phenomena other than terrorism or insurgency, but have been brought to bear on it. For example, the social action perspective is a precedent for the present paper, to the extent that it applies an existing approach to terrorism. The expansion of thinking called for above certain is in sympathy with Tilly and some of the military literature, who argue that an epistemological expansion is necessary.  Moreover, it is no great leap for the social network analysis, which has already been used in studies of crime, criminal intelligence, and criminal networks, to applications in counterterrorism.  &lt;br /&gt;There are a number of such frameworks, grouped here by discipline for the sake of convenience. These disciplines include psychology, ethology, anthropology and other social sciences, cognitive theory, and the study of biological factors. &lt;br /&gt;Psychology has considered the issues surrounding terrorism at considerable length.  In this area of research, psychoanalytical theory is the most widely recognized theory that addresses the roots of all forms of violence. Freud viewed aggression more generally as an innate and instinctual human trait, which most should outgrow in the normal course of human development. Ethology, a different area of psychology, has been alternately defined as the scientific study of animal behavior, especially as it occurs in a natural environment and as the study of human ethos, and its formation. For ethologists, aggression arises from a very basic biological need - a “fighting instinct” that has had adaptive value as humans have evolved. &lt;br /&gt;However, in non-psychological areas of research, such as anthropology and other social scientists, research has found significant differences both in the nature and level of aggression in different cultures.  Here, experimental research has demonstrated that aggression can be environmentally manipulated; both findings that argue against a universal human instinct. Another theory is that of frustration aggression.  The basic premise is that aggression is always produced by frustration, and that frustration always produces aggression. However, research has shown that frustration does not inevitably lead to aggression. Social learning holds that behavior (e.g., aggression) is learned not only through one’s direct experience, but also through observation of how such contingencies occur in one’s environment. &lt;br /&gt;Cognitive theory holds that people interact with their environment based on how they perceive and interpret it. Perceptions of intent affect aggression. Moreover, there are internal and external factors that can affect one’s perceptions of provocation or intent. Biological factors affecting aggression are also an important element in a comprehensive biopsychosocial understanding of behavior. Biological studies are rarely conducted on terrorists. Researchers have also tried to apply statistical models to explain violence and to identify its predictors. This line of inquiry has yielded some positive findings on risk factors for violent behavior. Literally hundreds of studies in psychology, criminology, sociology, and other behavioral sciences have yielded significant risk factors for violence. Unfortunately, they are unlikely to be useful predictors. Although terrorism is a type of violence, risk factors tend to operate differently at different ages, in different groups, and for different – specific - types of violent behavior.  &lt;br /&gt; Having reviewed the literature in political science, we can now turn to the professional military literature.&lt;br /&gt;Military Literature &lt;br /&gt;The review of military literature is striking for the compatibility with the processes and ideas outlined in later sections of this paper. It also illustrates how important the formalization of these ideas actually is. In the military literature, there have been several new conceptual frameworks that try to help solve problems in operational art.  Most share some of the objectives and techniques outlined below. They also consider the issues of complexity, unpredictability, and lack of information. An excellent example of this is Yarger’s review of strategic theory, including its premises.  He seeks to improve the concept of strategy by proposing some characteristics of weak-side strategy. Yarger also identifies common traps into which strategists fall. &lt;br /&gt;The military literature also includes a wide range of fictional and actual case studies, such as E.D. Swinton’s Defense of Duffer’s Drift.  There are also proposals for applying operational design more systemically, but these explore specific questions rather than identifying the steps in a process. Dugan’s monograph on strategic intuition, for example, explores the non-rational but nonetheless significant contribution made to planning and carrying out strategy that is made by what he and Johnston call strategic intuition, what Clausewitz called coup d’oeil, what Klein called analogical thinking, and what is called here and in extensive previous research the core idea.  “Patton was a striking example of strategic intuition by applying examples from history through coup d’oeil.”  Moreover, without core idea, it is bound to fail. Finally, the US Army has proposed a seven-step military decision-making model.  &lt;br /&gt;Taylor and Horgan’s research examines the process of terrorist thinking.  They identify some problems, like the bridging with assumption in the absence of sound empirical knowledge.  Terrorists share some of the characteristics of ordinary people.  There is usually a context which facilitates the transition to terrorism, and the act of terrorism brings the terrorist some benefit, if only in his own mind, and terrorism can operate at an individual and/or political level.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; The profiling of terrorist leaders is one of the richer veins of military literature. Taking the research discussed above into account, it is possible to develop a profile of a terrorist leader which includes an impressive number of characteristics.  They are:&lt;br /&gt;► Often educated to university level, often in subjects that have terrorist applications (science, business);&lt;br /&gt;► Often organized planners, with some military training/experience;&lt;br /&gt;► Usually the brains behind operations or targeting and having the most detailed knowledge of the workings and intentions;&lt;br /&gt;► Often appearing to be law-abiding, in order to remain under the radar;&lt;br /&gt;► Often charismatic, being able to convince and manipulate people, and being able to conceptualize and articulate an idea into a mission;&lt;br /&gt;► Truly convinced of the cause;&lt;br /&gt;► Possibly involved in personal risk-taking but usually keeps a certain distance to avoid capture and prosecution and maintain plausible deniability; &lt;br /&gt;► Always thinking about what the strong are about to do; &lt;br /&gt;► Holistic;&lt;br /&gt;► Playing a waiting game;  &lt;br /&gt;► Creative; &lt;br /&gt;► Looking at the big picture; &lt;br /&gt;► Constantly scanning his environment for possible threats and for possible opportunities;&lt;br /&gt;► Specifically designing each action to suit his strategy; &lt;br /&gt;► Constantly forecasting for all events and all other actors, and investing in the development of even unlikely scenarios;&lt;br /&gt;► Going to assume s/he will lose any direct confrontation; &lt;br /&gt;► Engaging their own passions or passionate feelings; and&lt;br /&gt;► Thinking like a weak-side strategist all the time, not just when there is a problem.&lt;br /&gt;While all of these characteristics are significant, it is not practical to try and take all of them into account during operational planning doctrine and procedure. For those purses, there are two characteristics which matter most. The next section discusses those two characteristics.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;3. LEVELS OF WAR AND TACTICS: ON THE OTHER SIDE OF THE LOOKING GLASS&lt;br /&gt;The previous section of this discussed the research literature on terrorism and insurgency in order to identify the characteristics of terrorist or insurgent thinking.  The present section looks in more detail at the characteristics that are the most important to operational planning and procedures. The sections that follow this one will consider, in turn, the implications for planning doctrine, procedures, and training, as well as the obstacles to the changes necessary.&lt;br /&gt;The main differences in the planning of operations by terrorists or insurgents, compared to the operational planning doctrine and procedures in the US military are the following.  First, when insurgents or terrorists discuss the level of the operation, they use many more levels than the three used by the US forces, and each of those levels is, so to speak, thinner.  The most important implication of this characteristic for planning is that terrorists or insurgents change levels of operation quickly and easily.  The US forces usually confine themselves to one level when planning.  Second, the range of tactics used is broader. In many ways it is a disadvantage that insurgents and terrorists do not have the more specialized or technologically sophisticated tactics available to the US forces.  On the other hand, they change their tactics more quickly, and they use tactics which would not be allowed by the rules and laws of war. Rules and laws of war do not concern them. The range of tactics they will consider will therefore be broader. &lt;br /&gt; There are a number of historical examples of these two characteristics in action. The Taliban behavior after its military defeat in Afghanistan, for example, illustrates the change in level of operations. After its government fell, the Taliban changed its methods, and changed them again after the arrival of the NATO troops. In Pakistan, the Jaish-e-Mohammed (JEM or Army of Mohammed) is an Islamic extremist group formed in early 2000.  It collected funds through donation requests in magazines and pamphlets. This understandably drew the attention of the government, and forced withdrawal of funds from bank account in anticipation of asset seizures. (They invested them in legal businesses such as commodity trading, real estate, and production of consumer goods!)  In Sri Lanka, the Tamil Tigers eventually developed their own newspaper, press and propaganda section, in addition to a political wing, a research and development wing, and an intelligence wing. Al Qaeda’s Kalid Shaikh Mohommad introduced the principle of losing and learning doctrine: if an al Qaeda operation fails or suffers losses, it is not considered a strategic loss if the group learns, improves, and vows not to repeat its mistake.   &lt;br /&gt; An example of the broader range of of tactics, most importantly tactics prohibited by the rules and laws of war, can also be found in the Taliban. The Taliban in Afghanistan were trading opium, at one point in 2005 moving their trade from Helmand to Nimroz when they realized that province was more weakly policed.  The Taliban methods came to include assassinations, kidnappings, insurgency tactics, suicide bombings, and improvised explosive devices.  Among the occurrences for each of these are: &lt;br /&gt;► For assassinations—the death of Vice-President Haji Abdul Qadir in July 2002; attempts on President Hamid Karzai in September 2002, on a vice-presidential candidate in 2004, and on the former governor of Badakhshan in October 2007&lt;br /&gt;► For kidnappings—of groups of foreigners in both July 2007 and October 2007&lt;br /&gt;► For insurgency tactics, the recruitment and training on the Pakistan border and the repeated ambush of soldiers&lt;br /&gt;► For suicide bombings—there were sixty-four between January 2005 and August 2006&lt;br /&gt;► For improvised explosive devices—against U.S. and NATO troops, and against Afghan military and civilian vehicles, with the number steadily increasing  &lt;br /&gt;The Taliban also quickly developed a symbiotic relationship with the opium traders, in order to finance these and other operations.  &lt;br /&gt;The Taliban also exploited Afghanistan’s easily corruptible officials and the insecurity of the population.  They banned opium while in power, but quickly turned to it to finance their operations.  &lt;br /&gt;There are also examples of broader tactics in other terrorist movements. ETA (Euzkadi Ta Askatasuna), the Basque separatist group founded in 1959, finances its activities through kidnappings, robberies, and extortion. Its political tactics, so to speak, are limited to bombings and assassinations of Spanish Government officials. Similarly, the Salafist Group for Call and Combat, is a splinter faction which gained popular support in Algeria through its pledge to avoid civilian attacks inside Algeria – as opposed to the rest of the group who was willing to sacrifice civilians. Later, however, they did attack civilians.  Other observers have noted the breadth of tactics: “Today’s international terrorist groups function not as tightly structured hierarchies, but rather as shadowy networks that, when necessary, strike ad hoc tactical alliances, bridging religious and ideological schisms.”  &lt;br /&gt; So these characteristics are found in a number of hostile groups. The next section begins the exploration of the implications for operational planning doctrine. &lt;br /&gt; As mentioned in the introduction, this will be done by analyzing the major doctrinal and planning documents. These are: &lt;br /&gt;► JP1, Doctrine for the Armed Forces of the United States&lt;br /&gt;► JP 3-0 Joint Operations&lt;br /&gt;► JP 3-05, Doctrine of Joint Special Operations&lt;br /&gt;► JP 5, Joint Operation Planning&lt;br /&gt;► JP3-05.1 and .2, Joint Tactics, Techniques and Procedures for Joint Special Operations Task Force Operations&lt;br /&gt;► JP 3-05.5 Joint Special Operations Targeting and Mission Planning Procedures.&lt;br /&gt;It will be necessary to examine in another section the implications for operational planning procedures. Only then will it be possible to consider what obstacles exist to learning from terrorist/insurgent thinking.  &lt;br /&gt;4. IMPLICATIONS FOR PLANNING DOCTRINE &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;This paper has already identified characteristics of terrorist or insurgent thinking that are to be analyzed in more detail.  The following section discussed in more detail the two characteristics that are the most important to operational planning and procedures.  The present section discusses the implications for planning doctrine of these two characteristics, and does so by analyzing the major doctrinal and planning documents. These are: &lt;br /&gt;► JP1, Doctrine for the Armed Forces of the United States&lt;br /&gt;► JP 3-0 Joint Operations&lt;br /&gt;► JP 3-05, Doctrine of Joint Special Operations&lt;br /&gt;► JP 5, Joint Operation Planning&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Each of these major documents will discussed in turn. The sections to follow this one will discuss the implications for planning procedures and for training, as well as well as the obstacles to the changes necessary.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;JP 1, the Doctrine for the Armed Forces of the United States&lt;br /&gt;JP 1, the Doctrine for the Armed Forces of the United States is, naturally, a document whose ideas are presented in broad strokes.  Opportunities for analysis are similarly broad. The first great opportunity for taking into account terrorist or insurgent thinking arises from the emphasis on unity of action to be found in the above publication. &lt;br /&gt;JP-1 recognizes the need for the maximum unity of action.  Maximum unity of action, in turn, requires maximum inter-operability of the various components of the forces.  This maximum inter-ope
